CHAPITRE PREMIER
Historique
MauriAC, JULLIEN, BAUMLER admeltaient l'existence d'une anémie syphilitique, en se basant surtout sur des considérations cliniques et théoriques. LANCEREAUX, en se basant sur ce fait que Le sang transmet la syphilis, se demanda s’il n’était pas lui-même un des premiers milieux infectés et dénaturés. Grassi, Riconp, VircHow, OVERBECK, Zaiss ont remarqué jadis que les individus en puissance de syphilis perdent la coloration normale du teint, maigrissent de quelques livres el présentent les autres symptômes d’une dénutrition générale accompagnée d'anémie. La corrélation existant entre l’évolution de la syphilis et celle d’un état comparable à la chlorose avait aussi frappé MonxnereT, HarDy et Bazin.
Si, pendant de nombreuses années, l’altération du sang fut soupconnée ou affirmée, aucune preuve directe n’en fut donnée.
En 1840, Grassi, à la demande de Rrcorp, entreprit l’étude des transformations subies par le milieu sanguin au cours de l'infection syphilitique. Chez les sujets qu'il examina, il constata que l’albumine du plasma élait augmentée alors que les globules rouges, la fibrine et l’eau du milieu analysé restaient en proportion normale. Dans ces
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recherches, il employa la méthode des pesées, mais ses procédés étaient bien inférieurs aux résultats que donnèrent des méthodes nouvelles d'examen du sang. Nous voulons parler de l'hématimétrie et de l’hémochromométrie telles que l’inaugurèrent Marassez, HAYEM, PoraIx. Le premier auteur qui étudia la question d’une façon précise fut Marassez. Nous apprenons dans son cours inédit de 1886 au Collège de France et en consultant le travail de WizsoucHewiren qu'il constata en 1872, par les procédés hématimétriques dont il est l’auteur, l'existence d’une hypoglobulie des plus netteschez trois nourrices du service de Parror, que leurs nourrissons avaient infectées. Marassez avait noté dès cette époque la concordance existant entre les manifestations générales de la syphilis et la marche de l’anémie concomitante.
En 1874, sous l'inspiration de Marassez, WiLBOUCHEwiTcx qui du reste cita les observations précédentes, établit l'existence d’une diminution du nombre des globules rouges, d'un accroissement du nombre des leucocytes se produisant en même temps que les manifestations de la période primaire de la syphilis. Depuis lors, les travaux se sont mullipliés. Ils concordent à certains points de vue, c’est-à-dire sur l'existence d’une diminution de la quantité d'hémoglobine, du nombre des globules rouges et, à la majorité de ces recherches, on admet l'existence d’une leucocytose concomilante. Il n’est guère qu'un auteur qui nie l'existence de l’anémie syphilitique, c’est Caspary. Or, vient-on à lire le résultat des propres observalions de cet auteur, on peut parfaitement se rendre compte qu'il existe réellement une diminution du nombre des globules rouges accompagnantles manifestalions de la
sers
syphilis el une augmentation parallèle à la rétrocession des symptômes morbides. Ainsi, en lisant attentivement les observations et les numéralions de Caspary, on trouve une augmentation du pourcentage hématimétrique de 11 pour 100 en moyenne au cours de la convalescence.
Voici en résumé comment peuvent être groupés les résultats des recherches d’un très grand nombre d’auteurs.
HémocaroMoMÉTRiE. — Pour Haye, les variations concernant la quantité de l’'hémoglobine sont peu marquées. Nous ferons remarquer que les recherches de cet auteur n'ont concerné que des cas de syphilis très légère. Gar- LIARD, de son côté, a constaté que l'hypochromie est inconstante, mais ses observations sont très peu nombreuses et Les variations de l’état du sang n’ont pas été suivies très longtemps. D'autre part, il existe un état hypochromique indiscutable provoqué par la syphilis, pour Leravs, Horrer, GRÆBER, STOUKOVENKOFF, ZELENEFF, ANTZ, BiE- GANSKY, JAWEIN, Jusrus, Reiss, FisiscHezLa, Gocozr, Neu- MAN et KonRiep, HyezmMANN, Bossi.
Citons quelques-uns des chiffres signalés par les auteurs qui ont éludié les modifications du sang au cours des périodes primaire et secondaire. La quantité d'hémoglobine peut diminuer de 30 pour 100 d’après Brecansky (de 25 à 55 pour 100 chez l'homme, de 12 à 40 pour 100 chez la femme). Elle peut diminuer de 20 à 35 pour 100 ou 45 pour 100 d’après Neuman et KonniEp, de 20 pour 100 d’après ANTz.
Modifications concernant les hématies. — HÉMarIMÉTRIE. — Le nombre des hématies diminue pour Marassez, Wizsoucaewircu, Horrer, LAACHE, SORENSEN, REYNERT, Keves, Scauccowsky, Bossi, Semmora, Lerzius, GRÆBER,
Mann et Hizzer, HAYEM, ANTZ, STOUKOVENKOFF, ZELENEFF, Neumax et Kowmep, Reiss, Gocou, FisiscHELLA, HJELMANN, BarrTuézemy, CoLoMBini et SiMongL11, JAWEIN, BOTKINE, Grassi, CuFFER, ROBIN. = D'après tous ces auteurs, l'oligocythémie peut être intense, moyenne ou très peu marquée. Mais, en général, . le taux hémochromométrique est encore moins élevé que le taux hématimétrique, ce qui présente une grande importance, comme nous le montrerons, pour classer les formes de l’anémie syphilitique. | Taizre. — La taille des globules rouges peut subir des variations. Ainsi AnTz a noté la possibilité de l’apparition des globules géants à la période d’état de l’anémie, alors que la microcytie prédomine plutôt à la période de déclin. FisiscneLLa a constaté l'apparition de poussées fugaces d'hématies de {rès petite taille pendant la roséole, contrastant avec la présence d’hématies géantes. Pour cel auteur, les hématies naines seraient très nombreuses pendant les éruptions papulo-pustuleuses de la maladie. CocorarTion. — Les globules rouges sont souvent plus pâles chez les syphilitiques que chez les individus sains. Les observations de Currer FERRARI, sont très démons-
tratives à cet égard. :
Forme. — Les globules rouges peuvent prendre des formes bizarres, en poires, en larmes; ils peuvent présenter l'état crénelé. Enfin la poïkilocytose a été reconnue par ANTZ, ZELENEFF.
RÉsisrance. — La diminution de résistance des hématies a été constatée par Vrraur, Jusrus, VaLer10. Les expériences concernant la fragilité de ces éléments sont peu
nombreuses, comme le fail justement remarquer UrceLay
dans sa thèse. Si elles sont peu nombreuses, elles n’en sont pas moins probantes. Nous citerons les expériences de Murri.
Murri, ayant pris du sang de la veine médiane chez des syphilitiques à la période secondaire, exposa ce sang à la chaleur ou au froid après coagulation, en prenant comme témoins des individus bien portants dont le sang était soumis aux mêmes conditions d'expérience.
Le sérum des individus bien portants était toujours transparent à une température de + 20° ou + 30°. Chez les svphilitiques, dans 26 cas, le sérum examiné à cette température étail transparent; dans 7 cas il offrait fune coloration rouge légère. Dans d’autres expériences faites dans les mêmes conditions, sur 21 cas,le sérum fut trouvé transparent seulement 6 fois et laqué 15 fois.
De plus, dans d’autres expériences chez des syphilitiques, le sang ayant été mis à la température de la glace fondante, sur 21 cas, le sérum fut trouvé laqué 21 fois ; il renfermait de l’hémoglobine libre.
La conclusion de ces recherches est que les globules rouges des syphilitiques offrent un état de fragilité marquée vis-à-vis du froid.
Leucocytes. — Dès 1869, Vircrow notait la coexistence de la leucocytose et de la polyadénopathie de la période secondaire.
Celle-ci était caractérisée par une prédominance remarquable des mononucléaires.
Existe-t-il véritablement une augmentation du nombre des leucocytes provoquée par l'infection syphilitique el marchant parallèlement aux manifestations de cette maladie? Non, d'après Haven, JAweIN, Rapoëzr. En réalité, de
TARN PA nombreux travaux démontrent péremptoirement l’augmentalion du nombre des leucocytes au cours des manifestations syphilitiqueset prouvent que cette leucocytose appartientessentiellement à l’affection en question et qu’elle n’est pas en rapport avec des infections surajoutées. Les recherches de Reiss, RiLLE, BIEGANSKY, STOUKOVENKOFF, Neumax, Anrz, Lerzius le démontrent surabondamment. Tout récemment enfin, dans son travail si important, ZeLenerr a apporté des preuves qui lèvent tous les doutes.
Dans 20 cas où les malades subirent durant plusieurs semaines des examens journaliers du sang, l’hyperleucocytose fut constatée, pendant toute la durée de l’observation chez 17 de ses malades. Cette leucocytose était en général la première et la dernière des modifications que les examens répétés du sang permettaient de constater. Cette leucocylose n’atteignait point des chiffres considérables. Le nombre des cellules blanches du sang s'élevait rarement au-dessus de 15 à 18000 par millimètre cube. Mais cette réaction n’en a pas moins une importance considérable, à cause de la précocité de son apparilion, de sa fixité et de sa durée. Les tableaux dressés par ZELENErF donnent la preuve irréfutable du fait que nous avançons. On peut suivre, en les parcourant, l’augmentation graduelle du nombre des leucocytes se produisant en deux ou trois semaines et pouvant persister des mois entiers, car l’auteur en question a examiné journellement cerlains de ses malades pendant plus de deux mois.
Il existe donc une leucocytose indiscutablement liée à l'évolution du processus syphilitique ; mais il est important de savoir quelle est Ja qualité de cette leucocytose. Ici le désaccord semble complet.
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