‹ L'Anesthésie ChirurgicaleChapitre 12 sur 21 · DEUXIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME GROUPE

Anesthésie par hypnotisme et suggestion.

Observation VIIL (1).

Communiquée par M. Thomas, médecin en chef.

Accouchement laborieux. — Rétrécissement du bassin. — Suppression des douleurs de la contraction utérine pendant le sommeil provoqué. — Suggestion d’un rh ythme régulier dans les contractions et de l’anesthésie pendant l’application du forceps,

Gonservalion des douleurs terminales du dégagement de la tête

Me Or..., 39 ans, laitière, à la tête d’un très important commerce au faubourg du Mourillon (Toulon). Neuvième grossesse ; deux enfants seulement sont vivants. Deux ont péri, me dit-on, par suite de procidence du cordon. Les autres ont dû succomber pendant le travail, rendu dystocique par un rétrécissement oblique ovalaire du détroit supérieur qui a exigé mon intervention actuelle non couronnée de succès d’ailleurs, quant à la vie de l'enfant

Au moment où je suis appelé, la femme souffre extrêmement. Elle est en travail depuis 8 heures. La tête est fortement engagée et occupe même une partie de l’excavation ; le col utérin est franchiet, par suite, la version qui eût été peutêtre utile est impossible. Les contractions utérines paraissent agissantes; elles sont irrégulières et des plus douloureuses, elles portent sur la région lombaire. Estimant que ces contractions suffiront pour expulser la tête, je m'occupe de les régulariser et de les rendre, s’il se peut, indolores. Je presse donc un peu les globes. oculaires à travers les paupières abaissées, et je persuade à M°° O0... qu’elle va dormir. Au bout de deux minutes, l’effet est obtenu; au grand ébahisse-

(1) Extraite de l'ouvrage de MM. Fontan et Ségard.

Gers

ment de la très vieille et fort expérimentée sage-femme qui l’assiste, Mme O0... dort profondément. Je profite de ce sommeil provoqué, pour commander énergiquement à la patiente: 1° le sommeil, dont «elle ne sortira qu'au moment où la tête sera tout à fait au passage »; 2° l'absence de douleurs jusqu’à ce moment très précis; 3° les contractions qui auront lieu toutes les quatre minutes et régulièrement.

Je ne réveille pas M° O.., qui dort paisiblement. Les contractions ont lieu suivant le rhythme indiqué et avec une très grande énergie; un petit gémissement les accompagne à peine sans que le facies indique la souffrance. Le toucher, fréquemment pratiqué, montre une progression trop lente de la tête, laquelle ne fait pas sa rotation. Il faut intervenir maintenant. Je procède à l'application du forceps. L'introduction des branches s'exécute sans difficultés, la femme ne se réveillant pas. La traction est particulièrement pénible, le forceps agissant ici comme instrument de réduction et comme moyen d’extraction. La tête descend complètement et apparaît à la vulve; elle va bientôt être dégagée. En ce moment, Mre O0... se réveille ; elle demande-ce qui se passe ; on le lui explique; elle souffre et crie pendant deux minutes nécessaires au parfait dégagement de la tête.

L'enfant est venu mort, nécessairement; le placenta a été quelque peu enchâtonné et la délivrance a été faite avec la main dans l'utérus.

Observation IX (inédite).

Nous devons celle Observalion et les Observations X. XV. XVI à l’obligeance de notre ancien collègue et ami. M. le D' Pascal.

Extraction de molaire rendue indolore par suggestion hypnotique.

R...,gabier à bord de l’Amiral- Duperré ; homme vigoureux. Nullement névropathe: se présente à la visite accusant des

TER Es

douleurs excessivement vives au niveau d’une grosse molaire supérieure droite. Trou de carie à ce niveau. Trois nuits sans sommeil. Réclame lextraction. Je propose à R.. de l’endormir: il accepte. Je le fais asseoir devant moi; je l’engage à me regarder fixement pendant que je fais des passes magnétiques sur les deux côtés de la tête. Au bout de quelques instants, les paupières tremblent. J'exerce au moyen de deux doigts un certain degré de pression sur les deux globes oculaires. R.. se laisse aller, profondément hynoptisé. Je suggère à ce moment l’insensibilité. Un infirmier soutient la tête pendant qu'un aide maintient la bouche ouverte, je glisse la clef de Garengeot, je la mets en place; je pratique l’extraction sans qu’un seul cri ait été poussé. Je réveille R... en lui soufflant sur les yeux. Il m'avoue n’avoir rien senti.

M. le D' Pascal se souvient parfaitement qu'il a pratiqué, pendant son embarquement sur l’Amiral-Duperré, quatre autres extractions de molaires chez des matelots, c'est-àdire des sujets jeunes, rompus à la fatigue, nullement nerveux en général, de décembre 1884 à février 1885.

Comme dans le ca: précédent, le sommeil fut obtenu au moyen de la fixation du regard et de passes magnétiques sur la tête et les yeux, et la suggestion fut faite. Deux fois l’insensibilité fut complète et l'extraction pratiquée, sans qu’on seul eri ou un soupir ait été poussé. Les deux autres fois, les patients poussèrent un gémissement, comme on le voit chez les chloroformisés, et qui, partant, ne prouve rien contre l’anesthésie. Du reste, au réveil, ils assurèrent, aussi bien que ceux qui n'avaient pas Crié, n’avoir rien senti

Observation X (inédite).

Communiquée par M. le D" Pascal.

Désarliculalion de phalanges pendant le sommeil hypnotique.— Mars 1885.

M... enfant de 9 ans, à Saint-Jean-du-Var, s'amusant avec des camarades à faire basculer des tonneaux, a l'index gauche pris sous le tranchant du fond de lun d'eux, la main étant en pronation. Il en est résulté:uneplaiecontuse, mâchée, au niveau de l'articulation de la deuxième et de la troisième phalange. Cette plaie est irrégulière, très oblique, l’articulation est largement ouverte. Les deux dernières phalanges pendent, soutenues par un lambean palmaire. Je me décide à achever la désarticulation. M... qui n’a cesser de pousser des cris, s'y refuse. Je lui propose de l'endormir. Par fixation du regard : sommeil absolu. Je suggère l’insensibilité. Je désarticule en faisant un lambeau palmaire. L'opération a duré deux à trois minutes, plus le temps nécessaire au pansement. Je réveille l'enfant, qui m'assure n'avoir rien senti.

Observation X1 (inédite).

Nous devons cette observation à l'obligeance de M. le Dr Burot, qui a bien voulu nous la communiquer.

Vaginisme intense.— Exploration au spéculum possible dans l'état hypnotique seulement.

Elisa F..., femme de la campagne, grande hystérique, présente, entre autres phénomènes, un vaginisme des plus

RNA LUEUR

marqués. Le médecin de sa localité à essayé, à plusieurs reprises, d'introduire le spéculum pour constater létat du vagin et du col, mais il n’a réussi qu’à déterminer de violentes crises d’hystérie.

Cette malade étant venue me trouver, je décidai de la traiter par la suggestion hypnotique. Elle était déjà améliorée par ailleurs, quand je me suis hasardé à passer l’instrument. Je ne pus réussir à l’état de veille. Dès que je présentais le spéculum à la vulve, la contraction augmentait. La malade fut endormie dans ce but. Je suggérai l’insensibilité. L’introduction fut possible. Pendant toute la durée de l’opération, elle resta endormie; de temps à autre, elle proférait quelques plaintes, mais, à son réveil, elle n’eut aucune conscience d’avoir souffert. Plusieurs fois l'introduction du spéculum fut pratiquée, tant pour constater l’état des organes que pour placer des tampons; le résultat fut toujours identique. Il est bon d’ajounter que le vaginisme a fini par céder complètement.

Réflexions.— Cette courte observation démontre que le sommeil hypnotique, aidé de la suggestion, est d’une grande utilité dans les cas de vaginisme si rebelle à tout traitement médicamenteux. Elle indique de plus que c’est le moyen le plus simple, le plus inoffensif pour permettre l’exploration du col utérin, quand il est impossible de franchir une vulve contracturée.

Nous avons dit que chez des personnes nerveuses lhypnotisme est souvent difficile à se réaliser, précisément parce que le patient s'attend à une opération. Cette préoccupation crée, chez les meilleurs sujets, un état mental souvent inconeiliable avec la passivité nécessaire à une bonne hypnose. Voici un fait de ce genre:

Observation XI1 (inédite).

(Communiquée par M. le professeur Fontan).

Tentative d’auesthésie par hypnolisme et suggestion — Insuccès.

Raimond, jeune engagé volontaire, âgé de 17 ans, se présente à l'hôpital Saint-Mandrier, le 10 juillet 1887, pour un phimosis congénital qu'il veut faire opérer. Il est très pusillanime, et déclare qu'il nese laissera opérer qu'avec du chloroforme. Je lui démontre aussitôt qu'il n'est pas besoin du ehloroforme pour dormir; je le fais assister à l'hypnotisation

d'un voisin, que je traite parla méthode suggestive pour une

incontinencee d'arine, et effectivement, R.…., s'endort avec la plus grande facilité et atteint le 2°° degré: réponses monosyllabiques, hyperexeitabilité neuro-musculaire, anesthésie générale provoquée par suggestion.

Sùr alors de réussir chez lui, je le réveille et lui promets de l'opérer sans douleur très prochainement. Le lendemain 11. je renouvelle l'expérience: même succès. Pour rendre la démonstration plus complète, je traverse le prépuce avec une grande aiguille, en affirmant qu'il est aussi insensible dans cette région que dans toute autre. R..., en effet, ne sent rien. J'aurais dù opérer incontinent; mais je n’avais aucun instrument sous la main, et je renvoie d’un jour encore. Le 12,

ET ete R... sait que je vais l’opérer. Il est impossible d'obtenir l'hypnose. c

Les jours suivants, je l'endors de nouveau à plusieurs reprises pour l’entrainer et être sûr d'obtenir, par une bonne suggestion, une anesthésie suffisante.

Le 16, R... est endormi comme de coutume et l’insensibilité étant complète, j'en veux profiter pour l'opérer sans l'avoir prévenu. Mais un mouvement, un mot prononcé à demi-voix mettent son espriten éveil, et R.. se soulève en s’écriant : «Vous allez m’opérer, je ne veux pas!»

Je veux le rendormir, mais j'échoue. Je le domine cependant et exécute, pour en finir, cette rapide et petite opération sans autre incident. Mais R... a senti la douleur.

Ainsi ce garçon, qui est très hypnotisable et très suggestible, et qui avait l’esprit tenu en éveil par sa grande pusillanimité, se laissait percer le prépuce avec une aiguille sans s’en douter, tant qu’on le faisait dans un but expérimental. Mais, dès l'instant qu’on entrait en opération vraie, les pratiques hypnotiques et suggestives n’ont plus eu de prises sur Jui.

M. le professeur Fontan pense qu'il en est très souvent ainsi, et que c’est là le plus grand obstacle à ia généralisation de cette méthode d’anesthésie chirurgicale.

Observation XITI (inédite).

Anesthésie par hypn:tisme et suggestion. — Jucision d’un adéno-phlegmon.

(Communiquée par M. le professeur Fontan).

M9 P.., 24 ans, repasseuse, ayant de fréquents accès de petite hystérie.

Cette personne est atteinte depuis quelques jours d’un

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