‹ L'Anesthésie ChirurgicaleChapitre 17 sur 21 · PRET DE · texte numérisé non relu

PRET DE

parle de sa dent, il vante notre dextérité qui dépasse pour lui toutes les bornes.

Dans l'observation III du livre de M. le professeur Bernheim (p. 270), nous trouvons un fait analogue.

€ Un jour, dit M. Bernheim, mon chef de clinique extrait »à X.... cinq racines dentaires, torturant les alvéoles avec le »davier et le pied de biche; cela dure bien 20 minutes ; jelui affirme, avant l'opération, qu’il ne ressentirait rien et qu'il »rirait. Il ne manifeste aucune souftrance pendant l'opération »et crache son sang en riant. J'ajoute qu'il n’était nullement »analgésique dans son état normal. »

Réflexions des auteurs. — I] s’agit d’une anesthésie dentaire, provoquée par la suggestion à terme.

Ces quelques faits viennent prouver une fois de plus que l’anesthésie par suggestion, qu’elle se produise pendant ou après le sommeil, qu’elle ait lieu chez de grands hystériques ou non, n’est pas un vain mot.

Observation XIX (inédite).

(Communiquée par M. le professeur Fontan).

Aneslhésie par suggestion post-hypnotique ayant rendu possible i'examen laryngoscopique.

M"° J..., 30 ans, atteinte d’une laryngite, ne peut supporter l’examen laryngoscopique: spasmes et nausées vraiment insupportables. Les moyens ordinaires employés plusieurs fois (bromure de potassium, cocaïne) ne réussissent guère, et je ne puis faire un examen complet et prolongé. Je finis par conseiller l’hypnotisme. Cette dame, nullement hystérique, y consent avec peine et s'endort difficilement. Je commande de se laisser examiner après le réveil, sans au-

en He cune appréhension. « Vous ne redouterez plus l'application du miroir, dis-je, et vous ne ferez aucun mouvement qui puisse me gèner, car vous avez perdu la sensibilité de la gorge. Cette sensibilité reviendra naturellement après l'examen fini, mais vous n’en conserverez aucun souvenir désagréable. »

Au réveil, M»° J... hésite quelque peu à reprendre lattitude voulue ; elle doute de l’action de la suggestion. Cependant elle consent à se prêter à un nouvel examen. L’application du miroir n’est pas perçue; le calme est parfait, les mouvements de l’isthme et des cordes vocales s’exécutent à mon ordre, sans que la patiente éprouve la moindre difficulté à soutenir l'exploration. L'affaire faite, elle témoigne de sa surprise extrème et se rend bien compte que toute la région bucco-pharyngienne est anesthésiée. Sur mon affirmation réitérée, la sensibilité reparaît dans toute cette région.

Observation XX.

Anesthésie chirurgicale par suggestion post-hypnotique par M, le professeur A. Pitres. (1).

La malade est une hystérique de mon service, qui est faci-

lement hypnotisable et suggestible. Elle est, à l’état habituel, hémianesthésique du côté droit ; le côté gauche de son corps a conservé sa sensibilité normale. Or, sur sa cuisse gauche, un petit phlegmon s’est développé à la suite d’une injection de morphine. L'évolution de ce phiegmon n’a rien présenté

de particulier. La peau est ronge, violacée, chaude, et aucen-

tre des parties indurées onsent un manifestement de la fluctuation. Toute la région enflammée est d'une sensibilité ex-

{lExtraite du N° 3 de la Revue de l'hypnotisme.

re

ENT" quise; elle est le siège, depuis la nuit précédente, d'élancements douloureux très aigus; on ne peut la toucher sans arracher des cris et des larmes à la malade, qui refuse absolument de laisser ouvrir son abcès.

L'occasion m'a paru bonne pour essayer la puissance de la suggestion. J’ai placé la malade dans lesommeil hypnotique, puis je lui ai intimé l’ordre de laisser ouvrir son abcès sans protester, et dene plus sentir, après qu'elle sera éveillée, aucune espèce de douleur au niveau de la cuisse gauche, même quand on enfoncera le bistouri dans la peau. Si la suggestion n’est pas une supercherie habilement exploitée par les malades, nous pourrons ouvrir tranquillement l’abcès de notre hystérique, en évacuer le contenu, en presser les bords, sans être gênés par des cris et des mouvements de défense, puisque la douleur sera totalement supprimée.

La malade étant endormie par fixation du regard, on lui donne la suggestion convenue, puis on la réveille. M. A. Boursier prend un bistouri, incise lentement et couche par couche la peau qui recouvre le phlegmon. L'incision donne issue à la valeur d’un verre à Bordeaux de pus épais, crémeux, de coloration rougeâtre. Les bords de la plaie sontcomprimés fortement pour évacuer, en totalité, le contenu de labcès. Pendant tout ce temps, la malade regarde en souriant l’opérateur; elle ne pousse pas un cri; elle est seulement fort étonnée qu’on puisse ouvrir un abcès de ce volume et dont elle a tant souffert auparavant, sans qu’elle éprouve aucune espèce de douleur.

LR OT

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