APPRÉCIATION
Il est temps d'apprécier, à l’aide des faits que nousrapportons, les avantages que l’on peut retirer de la méthode suggestive pour la réalisation de l’anesthésie chirurgicale.
Ce qui frappe, tout d’abord, dans ces faits nouveaux, c’est qu’il n’en est aucun qui ait trait à wne grande opération. Seules, les tentatives faites pendant les accouchements se rapprochent, à cause de l’intensité et de la durée des souffrances, de ce qu'on est convenu d’appeler les grandes opérations. Encore ces manœuvres n’entraînent-elles pas le plus souvent l'emploi du chloroforme. Les douleurs de l’enfantement ne sont pasle fait du chirurgien; il ne dépend pas dela parturiente d’y échapper, et elle les subit d’ordinaire au milieu d’un état de fatigue nerveuse extrême qui se traduit par une grande tendance au sommeil naturel. Qui ne voit que ces conditions sont des plus favorables à l'hypnose, c’està-dire à la passivité qui la rend possible, tandis que la perspective d’une grande opération acceptée de propos délibéré, par un malade qui pourrait l’ajourner, laisse dans son esprit, même énergique et résolu, une préoccupation inconciliable le plus souvent avec les manœuvres de l’hypnotisme. Toutes les fois qu’une idée préconçue de ce genre empêche le succès de l’hypnose, on à l'habitude de dire que le sujet est autosuggestionné.
Dé là provient, sans doute, ce résultat des pratiques suggestives, à savoir qu’elles peuvent peu de chose de plus au
PHP sujet de l’anesthésie chirurgicale, que les anciens procédés d'hypnotisme. Et cela paraît tellement démontré à des médecins très versés dans cette question, que l’on voit les plus résolus d’entre eux, et ceux qui ont le plus obtenu par la thérapeutique suggestive, n’aborder une grande opération que le chloroforme à la main. Telle est, du moins, la conduite et la conviction de M. le professeur Fontan.
Ainsi, nous devons déclarer que, pour le moment, la suggestion hypnotique ne peut être regardée comme une méthode d’anesthésie générale applicable à tous les sujets et dans tous les cas. Mais quand il s’agit d'opérations moindres, elle devientune méthode généralement suffisante et qui n’a contre elleque les petites difficultés de la pratique : préjugés du patient, état d'inquiétude, lenteur d'obtention du sommeil, etc. Sil’hypnose est obtenue, l’anesthésie chirurgicale sera alors facile à réaliser et l'opération s’accomplira le plus souvent sans incident.
On peut voir, dans la plupart de nos observations, que les sujets n'étaient ni hystériques, ni entraînés; que l’opération a été chez eux presque une surprise, mais une surprise consentie à l’avance.
Le seul fait de ce consentement établit qu’il y a suggestion, alors même qu'il n’est pas formulé de commandement direct pendant le sommeil. Mais il est excellent de renforcer l’hypnotisme par la suggestion et d'opérer sous cette double influence.
Dans un autre groupe de faits, on remarquera qu’on s’est servi du procédé le plus récent: suggestion post-hypnotique. C’est après le réveil, l'hypnose n’ayant servi qu’à faire accepter la suggestion, que le sujet, insensibilisé par le commandement, supporte laction opératoire sans en sentir la douleur. (Observ. XVIT, XVIII, XIX et XX). Ce serait là le résultat le plus beau, s’il pouvait être atteint sûrement. Mais il est, au contraire, difficilement réalisable, beaucoup de su-
jets très hypnotisables, d’ailleurs, ne conservant point après l'hypnose simple, une impression suffisante de la suggestion. Nous pensons que le bénéfice de cette méthode, purement suggestive, sera toujours, à peu près, le triste privilège des grands hypnotiques.
Dans quelques cas, l’hypnotisme qui n'avait pu être pratiqué avant l’opération, parce qu’on pensait pouvoir se passer d’anesthésie, a été mis en œuvre pendant ou après l’acte opératoire. (Observ. XXI et fait de Bouyer). C’est là un adjuvant auquel le chirurgien aura souvent recours, s’il est habile à saisir dans les manifestations, même de la douleur que subit le patient, des indices d’hystérie ou seulement d’un tempérament très nerveux.
Toutes les fois qu’au cours d’une petite opération : fistule à l’anus, phlegmon, etc., une crise nerveuse viendra apporter quelque gêne ou compliquer les suites, une hypnotisation instantanée, suivie de suggestion, coupera court à tous ces désagréments.
Enfin, il nous reste à dire un mot de la combinaison du chloroforme avec la suggestion.
M. Pozzi a fait tout récemment une expérience qui lui a permis de formuler, à ce sujet, des propositions très nettes, surtout en ce qui a trait aux hystériques.
« 1° On peut accélérer la choroformisation, en supprimant la période d’excitation et en faisant passer le sujet du sommeil hypnotique aa sommeil chloroformique. Tous les chirurgiens ont vu des patients s'endormir brusquement après l’aspiration de quelques bouffées de chloroforme, alors que, certainement, celui-ci n’avait pas eu le temps de faire son effet. On s’est à présent rendu compte de ce fait. C’est le sommeil hypnotique qui se produit avant le sommeil chloroformique.
»2° On peut produire l’insensibilité par l’hypnotisme seul,
— Pie sans chloroforme; mais l'insensibilité obtenue ainsi est le plus souvent unilatérale et ne peut servir que pour une opération portant surun membre; elle est rarement générale ou alors très incomplète.
»3° Enfin, il existe un troisième mode d’emploi de lhypnotisme qui met en œuvre plusieurs propriétés de cet état, et peut être très utile...
»I1 consiste surtout à modifier, par suggestion, les sensations du patient et à lui éviter les angoisses de l'opération, dont on supprime ainsi même le souvenir.
» L'expérience de M. Pozzi a été faite sur une femme hystérique, qui à subi une opération (râclage de la muqueuse utérine pour métrorrhagies rebelles) pendant le sommeil hypnotique. L'opération, suggestion comprise, a duré 20 minutes. Le réveil fut facile. |
> La malade n'avait aucun souvenir de l’opération ni de ses douleurs; on fut obligé de lui montrer son pansement pour le lui faire admettre (1).»
M. Fontan a réalisé aussi cette combinaison dans un cas où il voulait. non pas l’anesthésie chirurgicale, mais bien le sommeil hypnotique. Il s'agissait d’une jeune hystérique, atteinte de contracture d’un bras et de délire et qui refusait toute espèce de soins. Après plusieurs séances infructueuses, on allait renoncer à l'hypnotiser, quand on eut l’idée d’employer le chloroforme à titre d’adjuvant. A peine le cornet à. chloroforme, très légèrement imprégné du liquide anesthésique, fut-il placé sous les narines de la jeune révoltée, que, dès la première inspiration, elle tomba dans un sommeil profond avec anesthésie absolue et résolution. La contracture qui datait de deux ans fut aussitôt supprimée par suggestion.
Une manœuvre semblable peut être utilisée chez les hystériques. Mais en outre, chez le sujet sain, la suggestion a la plus grande part dans l'obtention d’un sommeil chlorofor-
(!} Gazeîte medicale de Paris. Avril 1887.
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es ASS mique plus ou moins rapide et plus ou moins calme. Les chirurgiens qui excitent leur malade, l’effraient, le taquinent par des interpellations inutiles, le laissent énerver par le bourdonnement des assistants inattentifs, ont toujours à compter avec de longues périodes d’excitation. Ceux qui imposent dès le début le calme au patient et le silence à l’auditoire, qui affirment simplement que le sommeil va venir de suite, sans peine, sans spasme, Sans agitation, l’obtiennent ainsi.
Nous avons souvent entendu M. Fontan affirmer que, dans ce cas, c’est la suggestion qui ajoute son élément de calme et de domination à l’action de l’anesthésique.
FO