‹ L'Anesthésie ChirurgicaleChapitre 5 sur 21 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

Dix ans se passèrent, pendant lesquels le magnétisme, définitivement banni de toute discussion savante ou même sérieuse, paraissait complètement oublié, lorsque, en 1841, James Braid, de Manchester, plaça la question sur un terrain réellement scientifique, en découvrant l’hypnotisme (1). Il prouva qu'il n’existe aucun fluide magnétique, que tous les phénomènes, qui marquent l’état de sommeil provoqué, sont de source purement subjective; en somme, tout dépend du sujet. Lui seul est actif, «l’hypnotiseur étant, en quelque sorte, l’accoucheur de ces prodiges (2). Ce sont là des points encore admis aujourd’hui; aussi, les mots de braidisme, suggestion braidique, sont restés dans la science pour consacrer cette nouvelle doctrine.

Un observateur aussi savant que Braïd ne pouvait manquer de constater la possibilité de provoquer des suggestions, et de signaler l’insensibilité au premier rang des phénomènes qui se produisent pendant le sommeil provoqué. Mais c’est à un de ses brillants élèves, le docteur Philipps, que revient l’honneur d’avoir, le premier, donné une théorie de ce dernier fait.

Voici comment l’auteur expose sa théorie: une activité gé-

(1) Braid, Neurypnologie. Traité du sommeil nerveux où hypnotisme, 1842. (2) Gullerc, loc. cit., p. 67.

At es

nérale et suffisamment intense de la pensée est nécessaire à la diffusion régulière de la force nerveuse dans les nerfs de la sensibilité ; si cette activité cesse, leur innervation est supprimée et ils perdent leur aptitude à conduire, vers le cerveau, le impressions du dehors. On sait, en effet, que les idiots sont plus ou moins anesthésiques (1); de là découle que pour déterminer l’insensibilité, il suffit de suspendre l'exercice de la pensée. Or, on peut, sinon suspendre celle-ci, au moins la réduire à un minimum, en la soumettant à l’excitation exclusive d’une sensation simple, homogène et continue (2).

De nouvelles applications de l’hypnotisme à l’anesthésie chirurgicale suivirent la publication du traité de Braïd. Trois ans après sa fameuse découverte de l’hypnotisme, de grandes opérations furent pratiquées à la faveur de l’insensibilité hypnotique.

En 1845, les docteurs Fanton et Toswel, de Londres, pratiquèrent l’amputation de deux cuisses;

En 1845, amputation d’un bras par le docteur Joly, à Londres.

En 1845 et 1846, amputation d’une jambe ; extirpation de glandes, deux fois, sans douleur, par le docteur Loysel, de Cherbourg.

En 1847, enlèvement d’une tumeur de la mâchoire par le docteur Ribaud, et Kiaro, dentiste à Poitiers.

Nous regrettons beaucoup de n’avoir pu trouver, dans les publications de l’époque, les observations détaillées de ces opérations d’une si grande importance. Elles eurent lieu, d’aiileurs, presque toutes en Angleterre, sauf une ou deux, et n’eurent pas, si nous en croyons les journaux du temps,

(1) Philipps, Electro-dynamisme vital, 1855.

(2) Bernheim, loc. cit., p. 124.

SAN RAE le don de soulever de nouvelles discussions, au moins en France. C’est à peine si, comme pour lamputation du sein par Cloquet, leur souvenir fut rappelé plusieurs années après, vers 1859.

A cette époque seulement, et sous l'inspiration d'Azam, de Bordeaux, une communication fut faite à l’Académie de médecine, qui donna lieu à de longs et importants débats, : auxquels sont restés attachés les noms de Broca, Verneuil, Richet, Follin, Depaul, Demarquay, Giraud-Teulon. Il faut que l'anesthésie hypnotique présente les caractères d’un procédé réellement scientifique, pour que les plus grands chirurgiens ne refusent pas de l'étudier.

Aussi, nous arrêterons-nous plus longtemps sur cette période, de beaucoup la plus importante dans l'histoire de l'application de l'hypnotisme à la chirurgie.

Au mois de juin 1858, Azam, appelé auprès d’une jeune fille du peuple atteinte d'aliénation mentale, s'aperçut qu'elle présentait des phénomènes de catalepsie, d’anesthésie, d'hyperesthésie. Il résolut aussitôt d'étudier ces manifestations, avec d'autant plus d'attention, qu’il n'avait jamais eu l’occasion d'observer aucune des nombreuses et intéressantes particularités appartenant au sommeil hypnotique. Pans la même maison une jeune fille, bien portante, de tempérament très nerveux, put être endormie au moyen d’un objet brillant. Elle aussi présentait. des phénomènes bien accusés de catalepsie et d'anesthésie. Tous les moyens usités en pareil cas: pincements violents, ammoniaque sous le nez et barbes de plume dans les narines, châtouillements de la plante des pieds, transpersion d’un pli de la peau par des aiguilles, pigère subite dans les épaules, démontrèrent que l’insensibilité était complète. Ces expériences furent continuées sur d'autres personnes.

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