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PREMIÈRE PÉRIODE

La première tentative opératoire qui ait été faite à la faveur du sommeil magnétique — nous ne pouvons pas encore dire hypnotique — est bien ancienne et nous ramène aux premières années de ce siècle. À ce moment Mesmer, sen-

‘tant son crédit déchoir, était allé jouir dans la retraite d’une opulente fortune. De brillants disciples, parmi lesquels nous <iterons surtoutle Marquis de Puységur,l’abbéFaria, Deleuze, Petetin, du Potet, Foissac, imprimèrent au magnétisme animal un nouvel essor.

Entre leurs mains, la question subit d'importantes modi-

ANS PRO fications. On n'entend plus parler du fameux baquet. « Le ridicule appareil des Mesmeristes, le baquet, les chaînes, »les baguettes magnétiques disparaissent comme un bric-à- »brac encombrant et démodé (1).» De Puységur, magnétisant par des manœuvres variées, par attouchements, par une baguette de verre, est mis sur la voie du somnambulisme magnétique qu’il a le mérite de découvrir.

Petetin signale le premier des symptômes cataleptiformes.

Un ancien élève de l’école polytechnique, le D' Alexandre Bertrand, inaugure un cours publie des plus brillants et entreprend, en 1823, une série d’expériences qui lui permettent d’annoncer que le sommeil provoqué s'accompagne d'inertie morale, d’oubli au réveil, d’exaltation de l’imagination et d’insensibilité. C’est, croyons-nous, la première fois que dans les ouvrages des disciples de Mesmer se trouve indiqué ce phénomène, qui prendra dans la suite une si grande importance.

De nouvelles expériences sont réclamées. Elles ont lieu à l’'Hôtel-Dieu et à la Salpêtrière. Cette fois elles démontrent, d’une façon incontestable, la réalité du sommeil magnétique et de l’anesthésie qui l'accompagne.

« Chez Catherine Samson, somnambulisée par du Potet,on »put constater non seulement l’anesthésie, mais encore l’ab- »sence de perception pour toute excitation sensorielle pro- »duite par d’autres que le magnétiseur (2).»

Plus hardi que les autres, Récamier, recherchant une conviction plus assurée, applique plusieurs moxas sans que les patients endormis donnent le moindre signe de douleur.

Mais il faut arriver en 1829 pour trouver la mention de la

(1) Cullere, Magnétisme et hypnotisme, 1887.

(?) Cullere, loc. cil., p. 60.

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première grande opération pratiquée pendant le sommeil magnétique. Il s'agissait (1) d’une femme de 60 ans environ, très pusillänime et très nerveuse, atteinte d'un cancer ulcéré du sein gauche, avec des ganglions axillaires très notablement engorgés. Cloquet, auquel elle est adressée par Chapelain, trouve la maladie trop avancée pour entreprendre une opération ; Chapelain revient le lendemain et lui annonce qu'il rend à volonté la malade insensible par le magnétisme. Il n’a pas de peine à en convaincre Cloquet, qui se décide dès lors à pratiquer l'opération pendant ce sommeil artificiel. La malade est endormie. L’insensibilité paraît complète. Des aiguilles sont enfoncées dans la peau sans la moindre douleur. Une grande incision est pratiquée. Aucune impression douloureuse n’est ressentie. On prolonge l’incision jusqu’à l’aisselle, dont on dissèque les ganglions sans qu'aucun mouvement ait témoigné la moindre souffrance.

« On eût dit que l'opération était pratiquée sur un cadavre.»

À la fin, la malade est prise d’éclats de rires et de mouvements nerveux pendant qu’on éponge la plaie.

On la réveille, on lui apprend que l’opération est terminée. A cette nouvelle, cris, larmes, agitation. Après quelques passes magnétiques, tout rentre dans l’ordre (2).

Cette opération fut loin d’avoir le retentissement que méritent les évènements qui marquent dans l’histoire d’une science. Elle n'eut qu'un tort, celui d’avoir été entreprise, quoique avec le plus grand succès, à un moment où le magnétisme animal était tombé dans un tel discrédit, que les savants, les médecins, les gens sérieux aftectaient de n’en parler qu'avec le plus profond dédain. A trois reprises différentes, des Commissions furent nommées par l’Académie

{1) Société de chirurgie, 14 décembre 1839.

(2 Société de chirurgie, loc. cül.

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pour examiner cette question. Les rapports, qui exécutaient sommairement les magnétiseurs et représentaient le magnétisme comme une théorie charlatanesque, indigne de passionnerles sociétés savantes, étaient sûrs de réunir tous les suffrages. Et lorsque, après six ans de recherches patientes, Husson fut chargé de présenter un rapport au nom d’une Commission nommée par l’Académie de médecine, celle-ci n’osa le laisser imprimer, parce que les conclusions en étaient favorables. Mais aussi c'était la première fois qu’un savant impartial osait écrire que, «comme moyen thérapeutique», le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales (1).

L'Académie, surprise, préféra lui laisser la responsabilité de ses opinions. «L’honnêteté du rapporteur défiait tout soupçon: un certain renom de crédulité resta attaché à sa personne (2).»

Quelques années plus tard, l’Académie décide qu’elle ne répondra plus aux communications concernant le magnétisme. Du coup, celui-ci était classé comme la quadrature du cercle ou le mouvement perpétuel dans la catégorie des questions qui ne doivent hanter que les imaginations malades. On comprend facilement, dès lors, pourquoi Cloquet, soucieux de sa réputation, se résigna au silence qui accueillit sa communication; peut-être même s’estima-t-il heureux de n’avoir pas encouru, comme Husson, un renom de crédulité ou de charlatanisme.

Cette opération marque la fin des premiers essais d’application du sommeil magnétique à l’anesthésie chirurgicale.

On voit que cette première période a été signalée par la découverte de l’anesthésie liée au sommeil magnétique, par

(1) Rapports et discussions de l’Académie de médecine sur le magnétisme animal, (?) Bernheim, loc. cit., p. 116.

de nombreuses expériences qui, régulièrement condamnées __ par l’Académie de médecine, n’en mirent pas moins en relief __ cephénomène d’une si grande valeur, et enfin, par la première nr grande opération qui ait bénéficié de cette anesthésie. |

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