‹ L'anesthésie régionale (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · OCTAVE DOIN ET FILS, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

OCTAVE DOIN ET FILS, ÉDITEURS

8, PLACE DE l’ODÉON, 8

PRÉFACE

La narcose offre un danger immédiat, presque nul; les morts opératoires sont d’une si grande rareté, surtout avec l’éther, qu’elles ne doivent pas entrer en ligne de compte pour le choix d’un anesthésique.

Plus fréquents sont les accidents consécutifs, résultats de l’action toxique du chloroforme sur le foie, le rein, etc... Le plus souvent ces accidents sont bénins parce que l’opéré est résistant; mais si ce dernier est affaibli, si l’opération est grave, si les organes antitoxiques et éliminateurs de l’économie sont insuffisants, la mort peut survenir pendant les heures ou les jours qui suivent l’opération. Le chirurgien accuse le schock, l’infection, l’hémorragie; interprétations en partie exactes, mais à coup sûr exagérées; ces causes invoquées ne suffiraient pas à elles seules pour provoquer la terminaison fatale, la narcose y a contribué pour une part d’importance variable.

PRÉFACE

Ces accidents plaident déjà en faveur de l’anesthésie localisée, mais le bénéfice de l’anesthésie locale, et surtout régionale, va plus loin. II est prouvé que le schock est dû à l’altération des centres nerveux, altération qui est la conséquence d’un trouble dû à ce que des troncs nerveux ont été irrités ou coupés au niveau du foyer opératoire. L’opéré souffre pendant l’intervention, bien qu’il ne conserve ancun souvenir de cette douleur. Pour cette raison, l’Américain Crile a conseillé d’injecter une solution anesthésiante dans les troncs nerveux du territoire opéré; cette anesthésie tronculaire produit la section physiologique du nerf et supprime toute relation avec le centre nerveux pendant l’opération; il en résulte la suppression du schock.

Nous n’insisterons pas sur quelques avantages moins importants : plus grande commodité pour le chirurgien et l’opéré dans certaines interventions (thorax, bouche, tête, etc...); satisfaction du malade de ne point être endormi, etc...; ce sont des arguments de moindre valeur.

Quelques chirurgiens objecteront que l’anesthésie régionale donne, parfois, une anesthésie incomplète, qu’elle fait perdre du temps, et qu’elle nécessite de la part du chirurgien une nouvelle éducation. Les anesthésies mauvaises tiennent presque toujours à l’inhabileté de l’opérateur qui n’est point encore suffisamment entraîné. Une véritable éducation est indispensable. Pendant la période de tâtonnements, il est facile de faire l’anesthésie mixte; en cas de douleur, on donnera

PRÉFACE

un peu de chloroforme pour compléter l’anesthésie. Les échecs seront de plus en plus rares.

L’anesthésie régionale est l’anesthésie de l’avenir, pour les trois quarts des cas au moins; si nous ne voulons pas être retardataires, nous devons nous plier à cette méthode nouvelle, sans nous arrêter à ses petits inconvénients.

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