‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 100 sur 116 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

(Au lever du rideau, la neige tombe à gros flocons; dans un pli du terrain, blanc comme un linceul, on aperçoit une forme noire accroupie. On entend un bruit de voiture qui sc rapproche.)

LE BARON DE LAMBECH, LE DOCTEUR RANSPACH, et MAITRE LUTZ, arrivent par la droite.

(ils ont encore leur costume de l’acte précédent. Seul, le docteur Ranspach a mis, par-dessus le sien, un long manteau dont il se couvre de son mieux.)

LE BARON, regardant autour de lui.

Ah! nous sommes les premiers!... Fasse le sort que les premiers ne soient point les derniers ici, comme dans l’Écriture !

RANSPACH

Comment cela, monsieur le baron ?

LUTZ

Vous ne comprenez donc rien, docteur? M. le baron veut dire que s’il restait le dernier, c’est que le sort des armes lui aurait été fatal...

LE BARON

Parfaitement défini, maitre Lutz... et... ce « sort des armes » me plaît fort! J’eusse préféré, peut-être, « le Dieu des combats. «(Montrant Ranspach.) à cause d’Apollon; mais, enfin!... (a Ranspach qui grelotte.) On dirait que vous avez froid, docteur ?

RANSPACH

Moi... je suis transi!...

LE BARON

Faiblesse de caractère, mon cher! un esprit fort se dit : « Je ne veux pas avoir froid! » et cela vous réchauffe un homme!... Ainsi, moi, par exemple...

RANSPACH

Vous, vous... vous êtes le diable !

Voyez comme vous êtes peu logique, docteur!... Car, enfin, si je suis le diable, comme il fait très-chaud chez moi, je dois être plus frileux que vous !

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