‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 17 sur 116 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

RANSPACH

Mou cher client, je vous offre le bonjour!

BECKMANN

Bonjour, docteur l

LE BARON

Singulière rencontre , messieurs , trois hommes comme nous, nobles, .(il se montre.) riches, (il montre Beckmaun.) OU... (il regarde Ranspach.)

Célèbres.

RANSPACH, simplement.

LE BARON

Célèbres, si vous voulez, chez un pauvre diable que d’habitude nous ne saluons même pas !

RANSPACH, se récriant.

Ahl permettez... c'est mon confrère.

BECKMANN

C’est mon parent.

LF. BARON.

Un parent qui ne vous émeut guère, généreux Beckmaun, car il n’est pas riche : un confrère que vous devez détester, savant Ranspach! car on dit qu’il a du talent... ce que je crois vrai, quoi qu’on dise.

RANSPACÏÏ.

Ceux qui sont voués au soulagement de l'humanité ont les oreilles fermées à la raillerie.

LE BARON

Pardon, mais nous devons être pressés; ne parlons pas de vos oreilles, ce serait trop long.

RANSPACH

Plait-il ?

BECKMANN

Puisque nous nous rencontrons, docteur, que pensez-vous de la santé de votre noble client, le comte de Stramberg ?

Le comte se porte à merveille ; pourtant, vous apprendriez demain qu’il est très-malade, qu’il ne faudrait pas vous en étonner. (D'un ton doctoral.) Dans l’organisme, voyez-vous, les principes vitaux sont perpétuellement en lutte avec les principes morbides qui se dégagent incessamment du jeu même des fonctions de l’appareil humain. Lu sorte qu’à travers des influences... contradictoires, mais incontestables, un principe essentiellement vital peut fléchir à tout moment sous l’action d’un principe fatalement morbide, et voilà pourquoi...

LE BARON

Votre fille est muette. (Mouvement de Ranspach.) Pas vous !

RANSPACH, poursuivant.

Voilà pourquoi M. le comte de Stramberg, d’une constitution très-robuste, est toujours en danger.

IG

LE BARON

Lecomte en danger?..

RANSPACH

Hélas ! oui.

Toujours ?

RANSPACH

Toujours.

LE BARON

Mais non.

RANSPACH

Mais si...

LE BARON

11 faut le guérir, alors !

RANSPACH

Et comment?

LE BARON

Quillez-le. (Ranspach va

pour lui répondre, y renonce et lui tourne le

dos.)

BECKMANN

Diable ! diable !

RANSPACH

Vous vous intéressez donc bien à la santé du comle, monsieur Beckmann ?

Eli! mais... oui, un peu...

LE BARON

Dites « beaucoup, » monsieuf Beckmann, dites « beau- coup; » et je veux expliquer pourquoi, docteur; cela vous apprendra quels grands intérêts vous tenez dans vos mains, et accroîtra votre importance. J’ai eu un père, moi, docteur, vous ne lui donniez pas vos soins ; je l’ai perdu cependant.

11 est mort, je crois, au sortir d’une joyeuse orgie. Ah ! c’est que mon père était un gentilhomme qui menait la vie à grandes guides, et, ma foi, un jour il a versé!... Ses deux plus ardents compagnons de plaisir étaient le comte de Stramberg et M. Beckmann ; car ce sombre comte a été trèsgai, et ce bon Beckmann-ci a été très-beau. Comme tout change ! Or, ligurez-vous, docteur, qu’à eux trois...

BECKMANN

Mais, monsieur le baron, il est inutile de dire...

LE BARON

Pardon, mon cher!... si ça m’amuse, rien n’est plus utile. Figurez-vous donc, docteur, qu’à eux trois ils avaient imaginé une manière de contrat (très-bien fait, ma foi) par lequel le premier mourant laissait aux deux autres une somme considérable à partager... mais, aux termes du même contrat, celui des deux autres qui mourrait ensuite devait laisser s i part au survivant. Qu’arrive-t-il aujourd’hui? c’est que

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