‹ L'ange de minuit drame en six actesChapitre 20 sur 116 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les mêmes, ARY KŒRNER.

ARY, à part, en entrant.

Rien! et pas d’espoir J Malheur 1... (Apercevant les précédents personnages.) Messieurs!...

RANSPACH, s’avançant et saluant.

Monsieur le docteur Kœrner, nous vous attendons.

ARY

Et qui me vaut tant d’honneur, messieurs?

RANSPACH

Vous allez le savoir... Mais, pardon, docteur, je n’ai peutêtre pas l’honneur d’être personnellement connu de vous?

ARY

. Si fait, monsieur, je vous ai vu entrer un soir, au bal, dans une maison où j’allais soigner un domestique. Je sortais connue vous entriez, et j’ai entendu annoncer le docteur Ranspach. Oh! je vous connais bien... je connais aussi monsieur Beckmann, que voilât...

BECKMANN

Votre grand-oncle, mon ami!

ARY, appuyant.

Monsieur Beckmann. (sc tournant vers le baron.) Il n’y a que monsieur... que je ne connais pas.

LE BARON, s'inclinant légèremeut.

Le baron Fritz de Lambecll... (Mouvement prononcé d’Ary, qui regarde attentivement le baron; cclui-ci reprend :) Vous connaissez ail moins mon nom... je le vois; j’en suis ravi. 11 se trouve, monsieur, que nous avons chacun une requête à vous adresser ou un marché à vous proposer, je ne sais pas bien comment dire; je ne sais pas non plus qui parlera le premier.

RANSPACH

Vous, monsieur le baron : à tout seigneur tout honneur.

LE BARON

Oui, c’est ce que je pensais 1... Comme c’est fort simple ce que j’ai à dire, ce sera fort court. D’abord, monsieur,

je suis riche ; entre autres droits que celte vertu-là me donne, j’use et j’abuse de ceux-ci : je suis irritable, violent, emporté, querelleur, ferrailleur, et, pour ne vous cacher rien, j’aime à détruire. Il en résulte ceci : au dedans, je bats mes gens assez facilement, et assez fréquemment je leur casse un bras, une jambe ou les reins; an dehors, j’ai des querelles et des duels... le cheval qui me porte ou la voiture que je conduis renversent pas mal de piétons, et mon pistolet et mon épée compromettent pas mal d’existences, (s'arrêtant.) Hein? vous disiez?...

Rien, monsieur, rien!

LE BARON, reprenant.

Pourtant, il ne me convient pas d’embarrasser inutilement ma vie. En cette situation, j’ai résolu d’attacher un médecin à ma maison, ça m’amusera... et j’ai jeté les yeux sur vous. Pour mon compte, je ne crois guère à la science, ou plutôt je n’en ai pas besoin : il me suffit do me savoir très-froid, trèsdur, très-implacable pour être sûr que je vivrai très-vieux ; mais tout le monde n’u pas mes avantages... Je voudrais donc que vous puissiez vous charger... (Appuyant.) à mon gré... (Nouveau mouvement d’Ary.) Plaît-il ? Vous dites?...

ARY, se ilomptaut eucore.

Rien, monsieur... Oh ! je ne trouve pas môme un mot!

LE BARON, reprenant.

Que vous puissiez vous charger, à mon gré, du... comment dirai-je?.. du raccommodage, du... renloîlage des gens un peu troués, cassés ou ébréchés par moi, au dedans ou au dehors. Si vous acceptez, je me fais d’abord un plaisir de payer vos dettes... (Montrant l'afiichc.) Celles du bureau des taxes pour commencer, puis je vous donne trois mille florins par an... (.'est honorable, cela!... (Ary va pour parler; mais on voit que l'émotion lui êle la voir. Il sc détourne, va s’asseoir sur un coin de la table, en tournant le dos au public, et porte sou mouchoir' à scs yeux; cependant Ranspach dit au baron :)

RANSPACH

Ainsi, monsieur le baron, vous me changez... vous m’abandonnez ?

LE BARON

Vous en avez abandonné bien d’autres, vous! (a Ary.) Eh bien, vous ne répondez pas?...

RANSPACH

Qu’il ne réponde pas avant de m’avoir entendu, moi; le voulez-vous, jeune homme?

ARY, qui s’est remis, se retournant.

Je vous écoute, monsieur.

RANSPACn.

Monsieur, je monte en ce moment, dans le quartier des Marchands, une grande maison de droguerie et de pharma-

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