ACTE PREMIER
cie; je vais mettre près de cent mille florins, ma foi, dans cette affaire...
ARY
Pardon, monsieur; mais je ne vois pas ce que je puis avoir de commun avec votre maison de drogueries.
RANSPACH.'
Vous allez bien le voir. 11 me serait impossible de gérer moi-même ma maison, mon immense maison, et, voulant mettre à sa tète une personne à la fois savante et laborieuse... j’ai pensé...
ARY
Vous avez pensé?...
RANSPACH
Eb, parbleu 1 j’ai pensé à vous!
-ARY, après on mouvement réprimé.
Ah! merci, merci, monsieur Ranspach!
HANSPACH, aux autres.
11 ne prend pas mal la chose I
LE BARON, montrant Beckmaim qui dort.
Le sommeil de l’innocence I
RANSPACH
Il digère, (a Ary.) En retour, je vous garantis une existence honnête pour vous et pour votre mère ; surtout si elle s’oc- . cupc delà boutique. Je l’ai examinée, votre mère... elle y sera fort bien. 11 va sans dire (Montrant l'affiche.) que je payerai vos taxes arriérées... Oui, vous serez chez moi logé, nourri...
ARY
Et blanchi ?
RANSPACH
Et blanchi... Et, à la fin de l’année, vous pourrez mettre quelque chose de côté... Et, voyez-vous, mon garçon, cela vous vaudra mieux que de courir constamment après un malade et après un florin : le malade, on l’attrape quelquefois... mais le florin, on ne l’attrape jamais... Ah! à propos de malades... moi qui allais oublier...
ARY
Quoi donc, monsieur?
RANSPACH
Un point essentiel, une condition sine qua non , mon garçon : c’est que vous ne discuterez jamais la composition des drogues que je vous ferai faire, et, surtout, que vous vous engagerez formellement à ne plus jamais vous occuper de médecine. Oh! plus jamais! Je ne fais pas d’autres conditions!
LE BARON, à Ary.
Eh bien, qu’en dites-vous?
ARY, riant.
Ah! ah! ah! je dis... ali! ah! ali! je dis que ma vie ne suffira jamais, messieurs, à m’acquitter envers vous ; mais
l’ange de "minuit.
M Beckmann, (Appuyant.) mon onde ! il n’a encore rien dit. Que peut-il Lien m’offrir, mon oncle?
BECKMANN
Moi, mon enfant, je vieillis, et ça m’ennuie. Le docteur Ranspach est mon médecin ; mais il ne sait plus m'éviter une seule indigestion, et ça m’attriste. Je veux donc que tu viennes tout bonnement vivre avec moi, pour pouvoir me soigner tendrement, consciencieusement, passionnément, jour et nuit!... Tu seras aussi mon secrétaire. Si j’ai à rimer un bouquet à Chloris, les jours où je me porterai bien, c’est toi que cela regardera; mais, avant tout, ta grande affaire, ce sera mon appétit, ma santé, ma longévité. Tu ne vivras plus que pour ton oncle, par ton oncle ! Eh ! eh ! eh !
ARY, avec une ironie contenue.
Pardon, mon oncle... Et ma mère? Ce bon M. Ranspach y avait pensé, lui!
BECKMANN
Ta mère! ta mère!...
ARY
C’est qu’elle vieillit aussi, ma mère... et qu’elle a besoin aussi de mes soins...
Ça ne me regarde pas, moi, cela ! Ta mère ! ta mère, tu lui laisseras cette maison-ci, à ta mère!... J’empêche la vente tout exprès; mais les soins que tu lui donnerais, à ta mère, tu ne me les donnerais pas, à moi ! Et je n’entends pas de cette oreille-là!... Maintenant, écoute : c’est ton plus cher . intérêt de me bien soigner et de me faire vivre très-longtemps... Plus je mourrai vieux, plus je te laisserai d’argent! Comprends-tu?... Tu es savant ou tu ne l’es pas... Si tu l’es, tu dois me faire aller jusqu’à cent ans; je m’y prêterai... et, ma foi, si tu fais cela, je te laisse tout ï... Entends-tu? Tout!
(A ce . moment, Ary, qui avait pris la canue de Beckmann et la tournait machinalement en écoutant, la brise entre ses mains.) Hein! Quoi dotlC?
ARY, d’une voix tremblante.
Rien! (Courant ouvrir la porte du fond.) Allez-VOUS-Cll, tous !
LE BARON
Remarquez, monsieur, que vous ne nous avez pas répondu...
ARY
Je vous réponds : allez-vous-en !
• RANSPACH
Mais, jeune homme...
ARY, se contenant à peine, mettant l'affiche eu morceaux tout en parlant.
* Je suis chez moi, messieurs, je ne veux pas en abuser, non... je... je suis calme, d’ailleurs, et, comme j’ai à travailler, je vous prie de me laisser seul... Allez-vous-en !
LE BARON
Vous ètesj dur pour ces messieurs l (8e retournant vers Ranspach