SCÈNE XI
ARY, puis CATHERINE.
. ARY, seul.
11 a dit que j’étais un mauvais iils, il l’a dit!... C’est peutêtre vrai! J’ai pent-être sacrifié ma mère à mou orgueil?... (s’écriaut.) Ma mère!... Où es-lu, ma mère?... 11 y a trop longtemps que je ne t’ai vue, que je ne t’ai embrassée! Oh! ces hommes!... ces hommes!... On «lirait qu’ils ont corrompu l’atmosphère de ma maison !... De l’air!... de l’air!... (il ouvre la fenêtre du fond.) La Voilà, ma mere... (Elle parait; il tombe dans ses bras.) Ah! c’est toi... c’est toi... tu ne sais pas comme j’avais besoin de te voir!...'
l’ange de minuit.
CATHERINE, l'embrassant.
Je le sais par moi, mon pauvre enfant ! Loin de toi, mon cœur ne bat pas !... Dis-moi, as-tu vu ces hommes qui t’attendaient?
ARY, redevenant sombre.
Oui, oui, je les ai vus...
CATHERINE
Que t’ont-ils dit? M. Deckmann, que le voulait-il?
ARY
Ce qu’il voulait?... Tu sauras tout, ma mère, tu entendras ma confession, je suis peut-être, un mauvais fils!...
CATHERINE, radieuse.
Toi?... Je ne veux rien entendre rquoi que tu aies fait, c’est beau, c’est bien, je t’absous !
ARY
Mais, ma mère...
CATHERINE
Tu vois bien que j’ai deviné. On t’a proposé des choses honteuses, tu as refusé, tu as bien fait, lu es mon lils, je suis lière de toi; embrasse-moi !
ARY
Oh! mère!... (courte pause.) Mais qu’ai-je donc, moi? Que signiüe cet éblouissement, ce vertige?
CATHERINE, inquiète.
Ary I
ARY, à part.
Ah! je comprends...
CATHERINE
Mais, cher enfant, c’est le besoin..,
ARY, vivement.
Non, non; je t’assure que non, ma mère.
CATHERINE
Mais je t’assure que si, moi; la journée s’avance, et tu as oublié de déjeuner, lit la folle mère qui t’a laissé repartir sans te demander l’argent de la provision. C’est beau, une mère qui songe au déjeuner des passants, et qui oublie celui de son lils!... Mais je vais me dépêcher d’aller chercher tout ce qu’il faut... (sc préparant.) Car il n’y a rien ici, d’abord... que ces fleurs.
ARY, à part.
Quel supplice! comment lui avouer?...
CATHERINE
La! me voilà prête... Donne-moi seulement un florin, cela suflira pour la journée.
ARY, babutiaut.
Un... un... florin? Tu crois que ce sera... assez?
CATHERINE, qui le regardait.
Ali! mon Dieu!... Ary... lu u’as pas d’argent?