ACTE DEUXIÈME
fallu parler, être aimable avec les femmes, et je n’aurais pu déguster rien. J’ai refusé. Tu comprends que...
AGAR
11 faut que je me taise?
BECKMANN
Oui.
AGAR
Je ne pourrais pas, monsieur ; j’aime mieux m’en aller.
BECKMANN
Eli bien, c’est ça, va-t’en. (Agar SC dispose à s’éloigner; Beckmann s’installe voluptueusement.)
BECKMANN, mettant sa serviette.
Ah! qu’on est bien ainsi 1... Seul ! tout seul ! (il se frotte les mains avec satisfaction. Luti entre bruyamment ; il est très-dcbraillé, et semble quelque peu animé.)
LUTZ, criant.
Eli ! Krapht !... Agar!... holà !
BECKMANN , à part.
Quelqu’un !... Ah! quelle contrariété !...
AGAR, qui avait disparu, revenant.
Voilà!... (a part.) Ah! notre bonne pratique, monsieur Lutz ! Si j’avais su...
LUTZ
Bonjour, ma jolie fille!... J’ai une faim à tout manger!...
(il veut ^embrasser.)
AGAR, se dégageant.
Mes couleurs n’en sont pas.
LUTZ
Alors, sers-moi vite autre chose.
AGAR, sans bouger.
Impossible, monsieur, votre crédit a été enterré aujourd’hui.
LUTZ
Tu plaisantes : je n’ai pas reçu de billet de faire part.
AGAR
J’étais chargée de vous le remettre, monsieur ; le voici.
(Elle lui donne une note.)
LUTZ, qui a jeté les yeux dessus.
Qu’est-ce que c’est?... (a part.) Ma note I (Haut.) Quarantehuit llorins ! et mon crédit est mort pour cela ! 11 était donc poitrinaire !
AGAR
Je ne sais pas, monsieur; tout ce que je puis vous dire, c’est que maître Krapht trouve que vous lui devez...
LUTZ, criant.
Assez !
AGAR
Oui, monsieur, que vous lui devez assez !
l’ange de minuit.
LUTZ
Maître Kraplit est un drôle que je ferai mourir sous le bâton... (s’approchant de Beckmann.) Comprenez-vous une semblable impertinence, monsieur?... me refuser un crédit illimité ?... à moi, maître Lutz, le plus grand compositeur inédit de l’Allemagne, le petit-cousin du comte de Stramberg?...
BECKMANN, à part.
Maître Lutz!... ce panier percé, ce pilier de cabarets, dont m’a parlé souvent le comte, avec la rougeur sur le front! Je vais souper ailleurs, (il va se lever. Lut* l’arrête.)
LUTZ
Qu’est-ce, monsieur?... Est-ce donc moi qui vous chasse?
BECKMANN, embarrassé.
Excuscz-moi, monsieur; mais une indisposition subite...
LUTZ, provoquant.
Vous n’avez pourtant point la mine d’un homme indisposé ! Ne serait-ce pas plutôt que ma présence vous déplaît? Vous désiriez peut-être vous trouver seul ?. . Peut-être souhaiteriez-vous que je me retirasse?
BECKMANN, de mauvaise grâce.
Monsieur... cet endroit est public... et j’aurais mauvaise grâce à...
LUTZ
À la bonne heure! et je vois bien que j’ai affaire à un galant homme, nous devons donc nous entendre; et parijieu!... (Regardant cc que l’on a servi à Beckmann.) Voici qui pi’OUYe qu’il }'
a véritablement de la sympathie entre nous.
BECKMANN
Comment cela?
LUTZ
Oh! c’est vraiment étrange! Vous avez justement commandé là ce que je me proposais de commander pour moi-même.
BECKMANN, de mauvaise humeur. ,
Extrêmement flatté, je vous jure!... ,
lutz.
C’est à croire que vous connaissez mes goûts, et que vous m’attendiez.
BECKMANN
Il n’en est rien pourtant. :
LUTZ
11 n’importe! et je n’en suis pas moins ravi de cette rencontre... car j’aime à manger en compagnie, (a Agar.) Un couvert ! (il s’asseoit.)
BECKMANN, à part.
Comment! il s’attable?
AC. AB, à elle-même, sortant en riant.
Et lui qui voulait être seul'. Ah ! c’est bien fait!
LUTZ, servant.
Un peu de ce brochet? 11 me parait excellent.