ACTE DEUXIÈME
KARL, refusant.
Pardon, mon père; mais vous avez à me parler : je veux vous écouter debout.
LE COMTE
Je n’ai que peu de choses à te dire, Karl ; c’est mon cœur qui le le dira, que ce soit le tien qui les écoule!... Tu as semblé, parfois, douter de mon amour pour toi? Tu te trompais, Karl, et ton erreur était pour moi une peine profonde... Mais, comprends-moi : j’ai été, comme toi, jeune et ardent; j’ai fait, comme toi, des folies... (a part.) et plus encore que des folies, mon Dieu! (Haut.) Je craignais pour toi les entraînements de la jeunesse; car, une fois sur une... certaine pente, qui peut savoir... (Avec un frémissement.) où 1*011 s’arrêtera?... (se remettant.) Je résolus donc de t’arracher atout prix à ces entraînements ; mais, pour arriver à mon but, je fus trop sévère, peut-être... Je viens donc te dire aujourd’hui : Karl, j’ai résolu de t’accorder autant de liberté que lu voudras en avoir; mais reviens habiter avec nous!... Ne laisse pas ta sœur grandir loin de la protection qui doit bientôt, peut-être, remplacer la mienne; ne laisse pas ton père vieillir davantage sans toi.
KARL, attendri.
Ali ! mon père ! vous ne me demandez que ce que je désire le plus... Ce soir même, je dormirai sous votre toit, et, demain, je vous servirai à la table de famille... Mais... si vous le permettez, mon père, un mot encore.
LE COMTE
Parle, mon enfant.
KARL
Vous nous aimez, Marguerite et moi, je le vois bien, je le sens mieux encore, et rien n’est profond comme notre amour pour vous, si ce n’est notre vénération ; eh bien, il semble que notre amour ne suffise pas à votre cœur : malgré la répulsion éprouvée par ma sœur et... par moi, vous persistez à recevoir, et depuis longtemps, un homme que vous ne pouvez aimer : le baron de Lambecli. lih bien, promet toz-moi, mon père, que je ne le retrouverai- plus auprès de vous...
LE COMTE
Ksl-ce une condition à votre retour, Karl? (silence de Karl.) Votre silence dit-il que c’est là votre condition? Je n’en fais pas, moi, monsieur, je ne veux pas que l’on m’en fasse !
KARL
Non, non 1... Ne traduisez pas ainsi mon désir, ma prière!... Mais... cet homme vous a demandé la main de ma sœur; il se vante de l’avoir obtenue; eh bien... dites-moi que ce bruit e.-T menteur; promettez-moi que M. de Lambecli ne sera jamais l’époux' de Marguerite.
LE COMTE, abattu.
Je ne puis promettre cela.
l’ange de minuit.
KARL
Vous ne pouvez?... Ah! je vous en prie, mon père, réfléchissez!... Songez au sort de Marguerite, et ne dites pas qu’elle sera la femme de cet homme ! Allons, faites-moi cette promesse, mon bon, mon bien-aimé père !...
LE COMTE, de même.
Karl, je ne puis.
KARL, avec force.
Je ne puis, moi, assister à l’immolation de Marguerite!... Je ne puis voir cela et rester impassible!... Non, non, je ne le verrai pas!
LE COMTE
C’est donc une condition, cette fois?
KARL
Eh bien, oui, mon père! Je puis sacrifier mes répulsions, mais non le bonheur de ma sœur ; et, si un tel mariage se fait, ce bonheur est perdu. Encore une fois, mon père, je vous en conjure, au nom du bonheur de vos deux enfants! car l’un ne peut être malheureux sans que l’autre en soulfre, abandonnez l’idée de ce mariage!../
Impossible!...
KARL
Alors, ne me demandez pas d’être, par ma présence, complice d’un sacrifice odieux !
LE COMTE
Pas un mot de plus, monsieur ! Vous en êtes à l’injure. Voulez-vous ou non revenir vivre auprès de moi ?
KARL
Voulez-vous, mon père, laisser Marguerite libre de sa main ?
LE COMTE
Pas de conditions, vous dis-je ! Il faut que ce mariage se fasse. Résiguez-vous-y donc comme moi.
KARL
A mou tour, mon père, de vous dire : Impossible !
’ LE COMTE
11 Suffit... AdieU !... (U sort très-agité.)
KARL , suppliant.
Mon père!... (Tombant assis.) O mon Dieu ! mon Dieu!