SCÈNE III
Les mêmes, KARL.
KARL, serrant Marguerite contre soÆ cœur.
Tiens, pleure ainsi, le père ne t’entendra pas.
MARGUERITE, le caressaut.
Quel bonheur !... Où étais-tu donc, méchant?
KARL, honteux.
Un peu partout; mais, que veux-tu? je souffrais tant de la dernière rupture entre mon père et moi, que je m’étais jeté, tête baissée, dans le3 distractions les plus folles! J’avais voulu oublier; mais je n’oubliais rien, ni personne... Enfin, me voilà, chère Marguerite! Embrasse-moi encore; permets à mes lèvres de sécher tes doux yeux, et conduis-moi auprès de notre père.
MARGUERITE
Tout à l’heure, Karl.
KARL
Il repose peut-être? J’attendrai! j’attendrai! Pauvre père! C’est un grand bonheur, peut-être, qu’on ait pu mettre la main sur moi, aujourd’hui qu’il est temps encore de le sauver!...
MARGUERITE
Que veux-tu dire?
l’ange de minuit.
. Je veux dire, chère Marguerite, que, si sa maladie est devenue rapidement grave, c’est sans doute parce qu'il a eu affaire à... un âne...
RUTTER, vivement.
Il sort d’ici.
MARGUERITE
Mais enfin, quel est ton projet?
KARL
C’est d’amener ici, au plus vite, un médecin moins illustre, mais plus habile, à mes yeux le plus habile de tous.
MARGUERITE, vivement.
M. Ary Kœmer?
KARL
Oui.
MARGUERITE
Oh ! tu as raison, Karl, d’avoir foi en lui ! C’est un grand médecin, j’en suis sûre... Il suffit de le voir pour...
KARL
Tu l’as donc vu?... Quand l’as-tu vu?
MARGUERITE
Il y a deux mois, à l’auberge de Krapbt.
KARL
Ah!
Il m’a fait pleurer... il semblait si malheureux!... Il y avait tant de douleur dans sa gaieté, tant de tristesse dans son sourire !
KARL
Tu as remarqué tout cela?
MARGUERITE
Oui; mais, dame! c’est ta faute. Tu me disais toujours : « Oh! si tu le voyais, mon ami Aryl... » Eh bien, il était là, et... je l’ai regardé !
KARL
Marguerite, tu vas aimer Ary Kœrner !
MARGUERITE
Karl!... Oh! vois-tu, si mon père m’ordonnait encore, à cette heure, d’appartenir au baron de Lambecb, j’en mourrais !
KARL
Hein!... Mais je ne veux pas que tu meures, moi, ma douce Marguerite, et notre père non plus, ne le voudra pas. La maladie qui Ta frappé ainsi tout à coup, au moment où ce mariage allait s’accomplir, aura été un avertissement pour lui.
MARGUERITE
Hélas! je n’ose l’espérer... Ce baron de I.ambech a pris un tel empire sur notre père !...