SCÈNE V
Les mêmes, LE COMTE.
LE COMTE, les yeux fixés sur le baron.
Qu’as-tu, mou enfant?
MARGUERITE, vivement.
Rien, rien, mon père! (a part.) OU ! je rougirais de le lui dire ! (Haut.) Mais en vous voyant debout, j’ai craint une imprudence, et...
LE COMTE
Oh ! mon enfant, là-bas comme ici mes souffrances sont les mêmes j et la voix de M. le baron était arrivée jusqu’à moi...
LE BARON, tranquillement.
Je parlais cependant le plus bas possible.
LE COMTE, qui s’est approché de lui, à voix basse.
Le père a entendu. A défaut de pitié, ne pourriez-vous, dit moins, avoir quelque respect de vous-même et des autres?
LE BARON, légèrement.
Eli! bon Dieu! mon cher comte, est-ce donc manquer de respect à mademoiselle de Strumberg que d’anticiper de quelques jours sur le moment heureux oit j’aurai le droit de lui parler de ma tendresse?
LE COMTE, avec irritation.
Eh ! monsieur...
LE BARON
Mademoiselle Marguerite n’esl-ello pas ma fiancée?
LE COMTE
Encore ?
LE BARON
Dame ! oui, tant qu’elle ne sera pas ma femme ! (lc comte jette un regard embarrassé sur Marguerite, qui sc tient un peu à l’écart.)
l’ange de minuit.
MARGUERITE] à part.
Mais... aucun homme ne parle ainsi à mou père!
LE BARON] continuant.
Et, d’ailleurs, savez-vous bien, monsieur le comte, que si l’un de nous a le droit de faire des reproches à l’autre, c’est moi et non pas vous. (Mouvement du comte.) Eh ! sans doute, car j’ai pu voir là, tout à l’heure encore , que vous n’aviez pas plaidé bien chaleureusement ma cause auprès de mademoiselle Marguerite, que vous avez daigné cependant accorder à mes prières. (Le comte interroge Marguerite du. regard.) Heureusement, j’ai autant de foi dans l’avenir que... (Appuyant.) dans votre parole ; certain, par conséquent, de me faire aimer un jour de mademoiselle Marguerite, je ne saurais renoncer au bonheur de lui appartenir. J’ajouterai, monsieur le comte, que certains pressentiments, (Avec une mélancolie railleuse.) m’ayant averti que ce bonheur serait peut-être pour moi de courte durée, je désire en hâter l’accomplissernerft.
LE COMTE
Que VOUlez-VOUS donc? (Marguerite, qui avait laissé tomber sa tète dans ses mains, la relève avec inquiétude.)
LE BARON
Je souhaite, monsieur le comte, que vous déclariez, ce soir même, au notaire mandé par vous, que, par votre ordre, et quoi qu’il arrive, (Appuyant.) quoi qu’il arrive, mademoiselle Marguerite sera la femme de M. le baron de Lambech. (Mouvement du comte.)
MARGUERITE, à part.
Mon Dieu !
LE COMTE, bas.
Dites plutôt, monsieur, que vous craignez que, dès demain, la mort m’ait délié de la promesse que vous m’avez arrachée. C’est cela, n’est-ce pas?
LE BARON, souriant.
C’est extraordihaire, on ne peut rien vous cacher!...
MARGUERITE, à part.
Que peuvent-ils se dire ?
LE BARON, bas.
Eh bien, vous daignerez, n’est-ce pas, satisfaire à mes désirs ?...
LE COMTE, lui désignant Marguerite.
Regardez-la donc, monsieur, et vous comprendrez que la satisfaction donnée à vos vœux serait aussi la mort donnée à mon enfant!
LE BARON, saluant.
Bien obligé!... (Ricanaut.) Ah! décidément, on ne ménage pas assez mon amour-propre dans votre famille, et... (Avec intention.) 11 faut que je tienne bien à y entrer!
LE COMTE, avec un mouvement contenu de fureur.
Monsieur l... Oh! tenez, vous êtes le mauvais génie de