ACTE TROISIEME
notre maison!... Oh! mais il ne sera pas dit... (Avec une agitation qui augmente peu à peu.) Non, non, je ne peux pas... je ne dois pas permettre !... Misérable !...
LE BARON, froidement.
Ah ! si vous commencez ainsi, comment donc finirez-vous?
LE COMTE, les dents serrées.
Poursuis donc ton œuvre, maudit! (Le baron salue.) Empoisonne mes derniers moments t... Déshonore mon agonie!... Du moins, tu n’obtiendras pas de moi que. . que... (La voix lui manque ; il tombe épuisé dans un fauteuil.)
MARGUERITE, qui suivait avec effroi tous leurs mouvements, s'élançant vers le
comte.
Mon père!... Ah! mon Dieu!... (au baron.) Je ne sais ce qui se passe entre vous, mais je devine... Votre présence le tue !
LE BARON
Ah! mademoiselle!... pouvez-vous croire?... Moi, le fils du meilleur ami de M. le comte, je pourrais... (au comte.) Car... vous étiez... (Avec intention.) vous étiez le meilleur ami de mon père, n’est-ce pas, monsieur de Stramberg ? Vous ne le quittiez presque jamais!... (D’un ton incisif et menaçant.) Vous étiez même avec lui le jour de l’horrible catastrophe qui me fit orphelin !... (aux premiers mots du baron, le comte a redressé la tête; aux derniers, il se relève comme mû par un ressort, et saisit convulsivement son bras. — Avec intérêt.) Ah ! les couleurs vous sont revenues!... Ce moment de faiblesse est passé, n’est-il pas vrai?... Figurez-vous, monsieur le comte, que mademoiselle Marguerite attribuait votre quasi évanouissement à ma fâcheuse influence... Dites-lui bien, je vous prie, qu’il n’en est rien... dites-lui bien, surtout, que vous êtes prêt à sceller, par de nouveaux liens, l’amitié qui nous unit déjà.
LE COMTE, bas.
Jamais!... Jamais, vous dis-je! Je ne ferai pas le malheur de ma fille !...
LE BARON, après avoir regardé le comte, à Marguerite.
Pour en revenir donc à cette sombre histoire de la fin de M. de Lamhech, figurez-vous, mademoiselle, que ce fut dans une fête masquée que mon père tomba frappé... comme par un coup de foudre... M. le comte doit se la rappeler, cette fête; il y fit sensation dans un certain costume... infernal !.. Oui... oui... Toute cette nuit-là, mademoiselle, votre respectable père s’appela le capitaine Satan... et l’on dit qu’il
i 'oua bien son rôle!... Vraiment... tout cela fut étrange!... lais une chose plus étrange encore, c’est que... (Pesant sur chaque mot sans quitter le comte des yeux.) quelque temps après, le hasard faisait tomber entre mes mains certaine lettre qui jetait sur les épisodes de bal masqué une lumière qui... Ali ! parbleu! mademoiselle, cette lettre, je l’ai justement sur moi... il faut que je VOUS la lise... (U lira une lettre de sa poche et se met en devoir de la déplier. Le comte qui, pendant tout ce qui précédé,
l’ange DE MINCIT.
a paru lutter contre d'horribles angoisses, sc penche tout à coup b l’oreille du baron, en sc cramponnant au bras de son fauteuil pour ne point tomber.)
LE COMTE, bas, avec effroi.
Taisez-vous!... laisez-vous !...
LE BARON, haut-.
Plus tard?... Soit, monsieur le comte!
LE COMTE, à part.
Oh ! je n'ai pas le courage de rougir devant elle...
MARGUERITE, à part.
OU! nton Dieu! mon Dieul... qu’y a-t-il donc?
LE BARON, sablant.
Je vais, monsieur le comte, selon votre désir, liàter l’arrivce de votre notaire...
LE COMTE, d’une vois brisée.
Allez donc, monsieur, allez!... (il tombe accablé dans un fauteuil.)
MARGUERITE, à part.
Allons, tout espoir est perdu pour moi!...
LE BARON, à Marguerite.
A bientôt, mademoiselle, pardonnez-moi mon bonheur!... (au comte.) Au revoir, capitaine Satan!... (u sort.)
LE COMTE, à part.
Oh! Marguerite!... ma pauvre Marguerite!...
MARGUERITE, s'élançant.
Mon père, vous souffrez?.,.
LE COMTE
Oh ! oui, je souffre bien !... Donne-moi ton bras... je veux rentrer... Ah! je le sens, c’est lini ! bien fini!...
MARGUERITE
Mon père!... Oh! Ary ! Ary ! venez vite !...
LE COMTE, à part.
Oh! c’est hier que j’aurais dû mourir!... (ils sortent à droite.)