L’AMOUR, KARL
KARL, qui ne l’a pas quitté des yeux, s’approchant.
Tu ne m’as rien dit, à moi, voix de l’Amour?
L\A.NGE de minuit.
L AMOUR, souriant.
Eli bien, si tu le veux, nous feuilleterons ensemble le livre de la vie.
KARL
Ce livre, tu ne crains pas qu'il t’ennuie?
l’amour.
Non... D’abord, s’il m’ennuie, je le fermerai. (Aprè3 un temps.) Dis moi, tuas beaucoup aimé, n’est-ce pas?
KARL
C’est-à-dire beaucoup souffert; j’ai cru ressentir l’Amour qui tue... je vis cependant.
l’amour, riaut.
Encore une fois les hommes ne meurent pas d’amour.
KARL
11 faut bien le croire ! car, ayant pris la vie en haine, j’ai cherché la mort dans les duels, dans les excès de la vie, partout...
l’amour.
Enfant !
KARL
Et jamais la mort n’a voulu de moi. (s'arrêtant.) Eu veux-tu, toi, Amour?...
l’amour.
Tu souffres donc toujours?...
KARL
Non ! car j’ai un ami qui m’a soutenu, qui m’a renouvelé. 11 a fait de moi un savant comme lui, pas si grand, pourtant, non! Voilà un homme'. On l’appelle le docteur lvœruer; le connais-tu?
l’amour.
Beaucoup!
KARL, changeant de ton.
Oh! pardon, madame!... Est-ce qu’il vous aime?
l’amour.
Lui? 11 m’a en horreur!
KARL. '
Eh bien, tant mieux!... Ce n’est donc point parce que je suis malheureux que je veux me donner à toi, c’est parce que tu es belle, parce que tes bras blancs donnent l’idée et le désir d’un repos plein (le volupté, parce que... (il va lui prendre le bras, il s’arrête en la voyant se détourner.) A pi’opos, madame, eteS-VOUS
bien sûre de m’écouter? Ab! vous êtes bien la femme la plus originale du monde.
L’AMOUR, souriant.
Oui... comme femme, je ne crois pas que tu en rencontres deux comme moi! (Elle sc détourne encore; la valse est alors trèsanimée. — Des groupes passent au fond en tournoyant.)
KARL
Tu regardes celte foule joyeuse; spectacle charmant qu’un