SCÈNE IX
ARY, MARGUERITE
ARY, à part, avec une agitation fiévreuse.
Elle!... elle encore!... elle toujours!... Ainsi donc, à tout instant je tremblerai de voir le fantôme' se dresser devant moi!... et à cette existence de damné, j’oserais vouloir lier une vie angélique comme celle de... Non, non, c’est impossible ! Quand le baron de Lâmbech lui-même se laisserait toucher, elle ne se laissera pas fléchir, elle!... Oh ! ma raison se trouble... je deviendrai fou!...
MARGUERITE, à part
U ne me dit rien... il croit tout perdu, et je n’ose lui dire mon espoir!... S’il ne se réalisait pas?
ARY, à lui-même.
Allons, du courage !... Chère Marguerite, je dois te dire adieu I
MARGUERITE, timidement.
C’est joli, n’est-ce pas, monsieur Kœrner, ces voix qui mènent la danse ?
ARY, d'une voix tremblante.
Oui, la valse, les voix en chœur, l’amour, les longues résignations, tout cela devrait naître dans notre Allemagne!...
MARGUERITE, apres un temps.
Ary, vous êtes triste !
Oui, Marguerite, je suis triste, et mon âme est brisée 1... Car il me faut partir, m’éloigner de vous!
MARGUERITE
Partir?... vous, partir?... (Avec douleur.) Oh! l’ingrat!...
ARY, avec passion.
Marguerite!... Marguerite, croyez-moi... il n’y a... il n’y aura jamais dans mon cœur que deux femmes : ma mère et vous ! Vous resterez les deux pôles de ma vie... vous deux qui êtes pour moi toute la femme, toute la vertu, tout l’amour !...