SCÈNE X
Les mêmes, LE COMTE DE STRAMBERG, puis KARL.
MARGUERITE, au comte.
Monsieur le comte, M. Kœrner voulait partir demain. Ce que j’ai dû lui dire pour l’en empêcher fait de moj sa femme devant Dieu. Dites-lui vous-même que... (Remarquant le trouble et la pâleur du comte.) .Mais, mon père, vos traits sont boulever- . sés. (silence.) Oli I mon Dieu!... cette espérance que vous aviez...
LE COMTE
Cette espérance, ma tille. « je ne l’ai plus. Croyant bien connaître M. de Lambech, je voulais lui offrir ma fortune... tout entière, à la condition qu’il me rendît ma parole... M.de Lambech a gardé ma parole, et il refuse ma fortune.
MARGUERITE
Oserait-il dire qu’il m’aime ? (Le comte incline la tête. — Atcc indignation.) 11 ment, il ment, mon père !
LE COMTE, avec des sanglots.
O ma pauvre enfant ! ma pauvre enfant 1
ARY, étonné.
Vous pleurez, monsieur le comte, et c’est vous qui...
LE COMTE, accablé.
Oui, c’est moi qui dis à Marguerite : 11 faut que tu épouses le baron de Lambech. (Karl paraît au fond.)
MARGUERITE, appuyant.
Maintenant, mon père?... maintenant que j’ai dit à M. Kœrner que je l’aimais?... C’est impossible !
LE COMTE, courbant la tète.
11 le faut !
MARGUERITE, avec résolution, quoique avec respect.
Pardon, monsieur le comte : avant de connaître A ry, j’étais prête à vous obéir, et puis j’en serais morte, sans même vous demander compte des causes de ma mort ! Je suis prête encore à faire votre volonté ; mais... maintenant, après mes tiançailles avec le docteur Kœrner, si je dois mourir encore, ah !... mon père... je peux bien vous demander au moins.., pourquoi?
ARY, s’inclinant.
Pardon, monsieur le comte! Mais... si le mariage que vous voulez imposer à mademoiselle de Stramberg peut abréger sa vie, c’est un devoir, il me semble, de vous demander, moi aussi... pourquoi?
KARL, s'avançant alors.
Mon père, je vous aime et je vous révère... mais... vous allez exposer la vie de ma sœur !... Pourquoi, mon père ?
l’ange de minuit.
Pourquoi I... Je voulais le cacher toujours... mais Dieu ne permet pas que de certains secrets descendent dans la tombe avec de certains coupables!... 11 faut qu’ils éclatent tôt ou tard, c’est le châtiment.
KARL, bas, au comte.
Où donc y a-t-il un coupable ici?
LE COMTE, aussi à demi-voix, courbant la tête.
Devant vous.
ARY, allant pour se retirer.
Monsieur le comte 1
LE COMTE
Non, restez, je le veux! Vous, Karl, reconduisez votre sœur... (a voix basse.) C’est assez pour moi de rougir devant vous!...
KARL
Taisez- vous, mon père, taisez-vous!
MARGUERITE, inquiète.
Qu’y a-t-il donc?
LE COMTE, avec effort.
Tu le sauras... plus tard!... Veux-tu m’embrasser, Marguerite?
MARGUERITE, se jetant dans ses bras et l’embrassant.
Mon père!...
LE COMTE
Merci... Va, va ! (Karl reconduit Marguerite.)