‹ L'ange du bagneChapitre 13 sur 17 · EXPOSÉ · texte numérisé non relu

EXPOSÉ

Lequel a déclaré choisir pour résidence Vannes, département du Morbihan.

En foi de quoi le présent lui a été expédié pour lui servir et valoir ce que de raison, sous la condition qui lui a été notifiée lorsqu'il a été rerais aux autorités civiles, de se conformer aux dispositions du décret du 17 juillet 1806. — Article 5. Aucun forçat libéré, a moins d'une autorisation spéciale du Directeur généra] de la police, ne pourra fixer sa résidence dans les villes de Paris, Versailles, Fontainebleau et autres lieux où il existe des palais royaux , dans les ports où des bagne* sont établis, dans les places de guerre, ni à moins de trois rayriamètres de la frontière et des côtes, — Art. 10. Aucun forçat libéré ne pourra quiiter le lieu de sa résidence sans l'autorisation du préfet du département. — Art. 11. Sur toute la route à suivre par le forçat libéré, l'officier public du lieu auquel il sera tenu de se présenter, visera sa feuille et notera la somme qu'il aura remise au forçat libéré pour se rendre à la nouvelle couchée qu'il lui aura indiquée. — Art. 12. Arrivé à sa destination, le forçat libéré se présentera au commissaire de police ou au maire du lieu, qui lui délivrera son congé en échange de sa feuille de route.

Si le dénommé au présent congé enfreint les ordres qui s'y trouvent mentionnés, et s'il est rencontré hors de la route qui lui aura été tracée, il sera arrêté et poursuivi par qui de droit pour subir les peines qu'il aura encourues.

Fait à Brest le 15 du mois de mars mil huit cent cmquante-quatre .

Vu pur le contrôleur Vu par le commissaire

de la marine, général de la marine,

Renoudet. Monvél.

Pendant que l'abbé Pascal lisait cette triste feuille de route, Claude Amel attachait tristement ses yeux à terre.

— Suis-je libre! s'écria-t-il enfin; à qui pourrai-je cacher ma triste position ! Si l'ouvrage me manque à Vannes, si ma famille me repousse et que mes amis m'abandonnent, je suis donc condamné à mourir de faim dans le creux d'un fossé ? Ce passeport proclame mon infamie; le donner à lire est une honte qui chaque fois me brisera le cœur ! Les gens qui m'emploieront ne pourront se défendre d'un sentiment de terreur involontaire ; le préjugé ne cède pas, même dans les âmes bien trempées ; on n'est pas maître de l'espèce d'effroi qu'inspire un homme sortant du bagne. J'aurai à supporter mille humiliations ; le pain que je mangerai sera mendié et trempé de mes larmes ! Ah 1 monsieur l'abbé, vous qui avez tant fait pour les malheureux, ne pourriez-vous pas obtenir, qu'au lieu de ce passeport avilissant, on nous en donnât un semblable à ceux qui se délivrent à tous les voyageurs? Je sais que la sûreté de la société exige de grandes précautions, que nous devons* en raison de nos erreurs , être plus surveillés que les autres ; mais il y aurait moyen de prévenir le préfet du département où nous serions envoyés en résidence; l'at-

288 l'ange di bagne.

tention de l'autorité serait éveillée sur nous sans que nous puissions en souffrir si notre vie était sans reproche. Les ordres du préfet transmis secrètement aux agents de la gendarmerie nous feraient surveiller sans nous empêcher de gagner du pain, et les chefs d'atelier ignorant de quel triste asile nous sortons, nous emploieraient sans répugnance. Que dans une manufacture où travaille un libéré, on dérobe un objet, de suite la voi5 générale dira : — C'est le forçat ! — D'autres ouvriers, presque sûrs de l'impunité, se serviront du malheureux pour cacher leurs vols, persuadés que le misérable galérien sera seul soupçonné et recherché. J'ai maintenant quarante ans, monsieur Pascal, je suis bon menuisier, et je sais encore mon métier de corroyeur; mon père m'avait fait instruire avec soin, et quand j'aurai dépensé la masse que j'ai gagné au bagne, je me demande si je ne serai point obligé de rompre mon ban pour me faire réintégrer sous les verroux afin de manger et d'avoir un abri.

L'abbé Pascal demeurait soucieux et pensif.

— La question que vous soulevez est grave, Claude ; elle mérite d'appeler toute la sollicitude du gouvernement... Mais l'heure de ce nouveau progrès nï encore sonnée...

— On a supprimé la marque, monsieur; eh bien ! le passeport du libéré est en quelque sorte pire ! L'homme sur l'épaule de qui le fer avait gravé le T de L'infamie pouvait serrer ses haillons sur sa chair flétrie; mais nous, forcés de montrer à tous ce passeport de galcii* u,

nous n'avons pas la possibilité de conquérir la confiance; auparavant nous serons morts à la peine, ou , pour la seconde fois, nous aurons roulé dans la fange du vice.

— Vous n'avez plus de famille, Claude ?

— Non, monsieur.

— Aviez-vous des amis à Vannes?

— Personne.

— Pourquoi souhaitez-vous y aller?

— Je connais le pays ; il me semble que la terre m'aime si les hommes me repoussent.

— Vous avez raison, Claude, la terre purifie !

— Ah! monsieur l'abbé, il y a six mois, quand je sentais approcher le terme de ma délivrance, je n'étais plus forçat que de nom ; je me disais que les chaînes, les gardiens, les murailles me sembleraient bientôt un mauvais rêve. L'idée de coucher dans un lit, d'avoir des draps blancs et frais après avoir pendant quinze ans dormi tout habillé sur un banc , ayant seulement pour m'abriter une couverture insuffisante, me réjouissait le cœur! N'ayant plus de parents, je songeais à Bastien, mon camarade d'enfance ! Mon corps seul était encore aux galères, mon esprit était bien loin! Je revoyais la vieille église de Saint-Paterne, la Ravine, la mer qui lèche doucement le sable près de l'Armor. J'ai tant souffert depuis ma faute , tant gémi pendant ma captivité, j'ai tant réfléchi sur les causes fatales de l'entraînement qui me conduisit aux assises, qu£ j'ai résolu de vivre en honnête homme. Ces idées que votre parole a mûries ont opéré en moi une métamorphose complète !

l'a>ge di là!

J'ai compté les mois, les semaines, les jours 1 Aujourd'hui j'ai cru que le soleil ne se lèverait jamais ! J'ai dit adieu à Loïc, je sentais du regret en abandonnant mes pauvres compagnons de chaîne, et maintenant, monsieur, je tremble, je souffre et je m'affl . i i s libéré de la peine, mais cette peine m'oppresse encore! Je puis marcher, mais en courbant la tête; je n'ai plus ni fers ni manille, mais je dois me présenter à la police; je ne suis plus en prison, mais on m'impose une résidence !

— Si j'élais la loi, Claude, je ferais une exception en votre faveur; j'ai lu assez souvent dans votre âme pour connaître le fond de votre cœur. Vous vous repentez et je crois que vous ne dévierez plus du sentier de la probité ; mais pour un condamné qui se repent, combien sortent du bagne plus pervertis qu'en y entrant 1

— C'est vrai, répondit Claude.

— J'essaierai du moins de faire pour vous ce qui est humainement possible; je connais le curé de Saint-

i l vous lui porterez une lettre.

— - Tant de bonté, monsieur...

— Si, malgré son désir de m'oblige? et sa bicnveilinépuUable, le pauvre recteur ne pouvait conve-

nableuiei!' er, i evenez ici ; le mystère de mon

œuvre se dévoilera bientôt ; et, le premier, vous enlrc- • icliers où tOUl homme que le regret lave ulcs peut se relever devant tous.

— Maintenant, mon ami, avez-vous déjeuné?

— »Non, monsieur, mais...

L'abbé Pascal sonna.

— Martine, dit-il, servez.

Claude Amel avait les yeux remplis de larmes.

— Moi, monsieur, m'asseoir à votre table !

— Ne suïs-je pas votre meilleur ami?

— > Oui, monsieur, mais que suis-je?

• - Un malheureux! Et à la table de qui mangeait de préférence le Sauveur des hommes, Claude? Allai l-il au palais d Hérode, chercha-t-il l'amitié des grands et des riches? Non! il entrait sur sa route, dans la maison la plus humble, ou appelait de loin un homme de bonne volonté qui le regardait de loin avec une curiosité mêlée de crainte et de respect, et il disait à cet homme : — Descendez, Zachée, je souperai chez vous ! Sommesnous plus grands que le Christ, pauvre Claude ? Sa croix n'est-elle point le grand niveau humanitaire? Lorsque les hommes comprendront celte vérité, ils auront la science du pardon et celle de l'amour.

En ce moment Martine entra portant sur un plateau un pain un peu bis, une carafe et une tranche de gruyère.

L'abbé Pascal sourit.

— Martine, dit-il, j'ai oublié de vous dire qu'il fallait (uer le veau gras.

— Ah ! monsieur, dit Claude, permettez-moi de prendre part à ce repas, tel que vous avez coutume de ie faire servir... £i vous vous privez ainsi, ne sais-jep^s jù vont les économies de votre table ! On sait au ba [ue vous êtes riche, que vous a?ea une famille inilin.

292 i/am.l do isagne.

et que vous avez renoncé à tout pour vous dévoiler a nous autres forçats! Allez ! Dieu seul, monsieur l'abbé, vous paiera de tels sacrifices, mais il n'en est pas un de nous qui ne se ferait tuer pour vous défendre.

— Tous, non, mon ami !

— Il y avait un traître parmi les douze apôtres, monsieur ; mais encore parmi les mauvaises têtes de Brest, on dit que vous avez du sang-froid, et le courage comme la force physique imposent à ces hommes. Vous souvenez-vous du jour où entrant dans une salle au moment où Mâche-Fer luttait contre un surveillant, vous vous êtes placé entre eux en lui disant d'une voix calme : si vous devez frapper quelqu'un, donnez-moi la préférence, votre punition sera moins grande ! Le misérable demeura tout interdit, et depuis ce jour il tire son bonnet vert du plus loin qu'il vous aperçoit dans la salle. Avec les galériens, monsieur, la pitié, la douceur, la confiance font mille fois plus que les règlements, la chiourme et la double chaîne. On ne le comprend pas !

— Je le crois, dit l'abbé Pascal.

— Ce qui fait votre force, à vous autres prêtres, c'est le sacrifice que vous avez fait de votre vie. Si un misérable aveuglé par la colère vous assassine tandis que vous l'exhortez à la patience ou que vous tentez de détourner son bras criminel, vous recevez la récompense du martyre ! Ayant tout donné vous ne pouvez plus perdre 1 Et le sentiment de votre abnégation est le secret de votre empire !

— Claude, dit le nrêtre, si nous trouvions dans les

bagnes beaucoup de condamnés comme Loïc, Blcu-de- Ciel, vous et bien d'autres, la tâche serait trop facile et nous aurions déjà notre récompense en ce monde.

— Ah! monsieur, pouvez -vous me mettre sur le môme rang que Loïc et Bleu-de-Ciel?

— Que pensez-vous de lui, Claude?

— Il était victime d'une erreur, monsieur.

— D'une erreur, seulement?

— Entendons -nous, monsieur l'abbé; cette erreur, il aurait pu la dissiper; Aulaire subit volontairement un supplice de cinquante années, disions-nous..., le crime dont on l'accuse a été commis par un homme dont il sait le nom..., ce nom, il ne le dira jamais... Nous avons bien à Brest, un père qui expie le crime de son fils et se console d'être galérien en songeant que son enfant est libre.

— Je le connais, Claude, c'est le vieillard que l'on appelle Taciturne? Si les romanciers qui épuisent leur imagination à chercher des sujets de drames venaient les prendre réels et vivants dans l'enfer d'où vous sortez, quelles œuvres attendrissantes sortiraient de leurs plumes... Allons, vous avez fini, ami Claude; nous avons partagé le pain et le sel..., voici votre lettre pour le curé de Saint-Paterne, écrivez-moi dès que vous l 'aurai vu.

— Monsieur, dit le libéré en tirant une pièce d'or de sa poche, voulez-vous l'ajouter à la caisse des forçats:

— Que le Seigneur centuple votre aumône , Claude ! Le libéré gagna lentement la porte , l'ouvrit, se re-

tourna pour considérer encore la pâle figure de l'aumônier; puis, par un mouvement spontané, il ç

ni, tomba à genoux et porta à sefl lô?n a le sa robe noire.

— Que faites-vous, Claude? demanda l'abbé Pascal confus de cet humble témoignage de reconnaissance.

— Je fais ce qui valut à une pauvre femme la guérison du mal dont elle souffrait, dit Claude en se levant. Monsieur l'abbé, je n'ai qu'un souhait à faire : puissi Dieu garder longtemps ici l'Ange du bagne que je quitte en pleurant. Claude passa la main BUT 64* yeux et franchit le seuil bans oser se retourner.

Le? hôtes de Pemzek. — Les ehanson9 du sonneur. — La voix du conscrit. — Famille retrouvée. — Les joies du foyer. — L'Ange du bague.

Dans les deux chambres que madame Pascal avait cédées à Pemzek et à la blonde Tina, on entendait tout le jour le rouet des fileuses, les frais éclats de rire des enfants , la voix cassée de la Maudette qui leur recommandait d'être sages.

Le soir, quand rentrait le tailleur de pierres, il trouvait sur une table couverte d'une nappe blanche le potage au lard fumant , les choux étalés dans des beaux plats de faïence brune, le cidre écumeux dans les chopines vernisées et l'étain brillant des gobelets et des fourchettes luisait sous les rayons d'une petite lampe. L'ouvrier mangeait de bon appétit, caressait ses enfants, remettait à la ménagère la paie de la journée, puis, les coudes sur la table où berçant un des fils de Rose, il écoutait la voix douce de la femme du condamné qui lisait les beaux passages de la Bible et de l'Évangile. La femme pieuse et chrétienne s'arrêtait souvent sur un mot, sur une phrase, et Maudette, de l'âge de l'aïeule,

traduisait, commentait, expliquait le passage comme elle se souvenait de l'avoir entendu faire au curé des

Boisières.

Souvent, vers huit heures, quand le jour était tombé, une ritournelle de biniou se faisait entendre sou> la fenêtre, les huit enfants battaient des mains, ouvraient la porte toute grande, l'aîné prenait la lampe pour éclairer les pas alourdis du sonneur, et Tennaëc appuyé sur son penn-bas entrait dans la salle hospitalière.

- Pemzek, disait-il alors, et vous, Rose et Tina, vous me faites croire que je suis encore en plein Morbihan, à la ferme de Michel où l'on élevait Reine-des- Près, l'enfant de Madeleine que j'avais adoptée. Tina est blonde comme elle , Rose ressemble à une des maintes de l'église de Josselin, et je puis ici chanter mes guéri et mes sônes dans la belle langue du pays 1 Bénie soit l'hospitalité du Léonais.

— Savez-vous des nouvelles, Tennaec?

— De fameuses, un joli brick appareille demain, emmenant à son bord des matelots finis, qui plus d'une fois ont brûlé des cierges à Sainte-Anne... Je les connais bien, Jacques et Risque-Tout sont des Àrzonnaîa ! et Ivon le mousse sait toutes les chansons du pays. Ne nu. ilaient-ils pas m'engager sur leur navire pour jouer du biniou pendant la traversée... J'ai refusé, Reine serait trop triste ; sans cela, vrai ! naviguer avec des franc? matelots, ça m'eut été au cœur. Si voua voulez, Pemzek, quelque jour nous ferons un lin gabier de ce brun-ci à la mine éveillée.

— Oui, oui, père Tennaëc, je monterai sur un vrai bâtiment, et j'irai loin, très loin, partout et puis ailleurs encore; ensuite je reviendrai bien riche et tout le monde sera heureux.

— Tout le monde est heureux! dit Tina.

Un soupir étouffé de Rose lui fit comprendre son naïf égoïsme; elle se leva, serra la main de la femme du condamné et ajouta :

— Tout le monde sera heureux, Pierre, tu as raison !

— Oui, père Tennaëc, mais pour que ce soir nous soyons bien sages, dis-nous une histoire qui fasse peur. .. Une histoire à nous tenir éveillés dans nos bers.

— Non! non! dit Tina, ce soir il faut dormir.

— Père Tennaëc, dit la petite fille, si tu veux me dire un fjuerz, je te donnerai mon chapelet de fleurs de lait.

— Et moi je t'embrasserai sur les deux joues, dit Pierre. Oh ! Tennaëc, une histoire ! l'histoire de V homme qui ne mange pas!

Le vieux sonneur posa son biniou à côte de lui, s'appuya des deux mains sur son bâton et commença :

« Esprit saint! vous enflammez mon âme, je vais chanter un cantique aux Bretons; je dirai ce qui arriva dans le bas pays au dernier mois de septembre.

< Mon cœur se brise, mes membres se crispent, mes yeux s'écoulent en larmes, quand je pense combien est triste ce que je vais chanter! Vierge sainte! secourezmoi!

« Un jeune homme, héla*! vit tout son monde i rir de la contagioa, <'t il fut ainsi COD ! • une a toutes

à toutes sortes de mif «Comme il ('tait jeune, il n'osaitrien demande)

bonnes gens, par charité, lui portaient quelques m r- •iime il était jeune, d'autres vinrent le gronder : — Lève-toi de là et va travailler !

« Il souffrait mille injures , mais avec patience, car il avait confiance dans la Vierge bénie; il avait son image et celle de la Passion , ci U priait chaque jour :it elles.

« Un riche du pays, un homme du canton, entendit parler de e, voulut le voir et lui dit : — Viens

chez moi travailler. Et le pauvre malheureux répondit :

— Hélas! je n'ai point d'habits.

« — Oh ! certes, je sais travailler la terre ; mais, hélas ! dit le pauvre, je n'ai ni pelle ni pioche! 11 me faudrait quatre écuspourm'équiper... J'irai sûrement chez vous pour vous les rem

« Le riche, sur sa parole, lui compte quatre écu lui dit : — Mon ami, ne manque pas à ce que tu Bi mi-; el il ajouta : — Mon ami, viens travailler chez moi, quand lu amas pelle el pioche el que ton Corp

couvert,

<( Le pauvre alla chez lui. C'était bien loin! Ci il aimait à travailler; mais un jour tout le monde lut bien mu pris.

pal h' monde Qdail : — est resté

i me malheureux? 11> allèrent voir, et ils le trOUVO-

rent mort dans sa petite chambre, sur une poignée de paille.

« Un drap entourait son corps, comme s'il eut été préparé pour la fosse ! Le bruit de ce qui s'était passé courut bientôt ; le monde vint voir ; le riche vint ai: car il était du canton, il vint voir... 0 Dieu ! quel étonnement !

« Quand il sortit de la maison, il s'écria devant les gens qui étaient là : — Non I non ! jamais son âme n'entrera dans le paradis de Dieu avant qu'il m'ait rendu ce que je lui ai prêté... quatre écus !

« Ah ! quand il prononça ses terribles paroles, pourquoi la terre ne s'ouvrit-elle pas pour le dévorer, lui qui arrêtait le vol d'une âme, d'une âme qui allait dans la joie, qui allait être reçue par Jésus dans les cieux?

« La glorieuse Vierge Marie, en souveuir de sa fidélité, donne un délai au ti ... Elle permet à son serviteur de revenir un instant sur la terre pour travailler à la maison, afin de payer le barbare I

— Il va donc à la maison du riche et il est reçu. — De l'ouvrage ! de l'ouvrage ! On lui en donne, et il travaille aux champs comme trois des plus lui tf étonnante ! sans boire m manger.

« Quand l'heure du repas \enait, on avait beau le prier d'aller autres, il be relirait i i t là

il s'étendait, la bouche collée contre terre, peur souffrir ses tourments.

L'usurier vint, et il reste frappé de surprise ! A l'instant il va chez le recteur et lui dit : — J'ai un ou-

L'UNI du BAGNE.

mer qui travaille autant que trois, chose étonnante! sans boire ni n

« — Eh bien ! dit le recteur, continuez toujours, tout h l'heure j'irai voir! Quand le recteur arriva aux champ-, par la grâce de Dieu, il reconnut tout de suite qu< tait une Ame !

« — Je t'adjure, dit-il de me répondre, n'y a-t-il pas aujourd'hui huit jours que j'ai posé ton corps dans la terre? Que veux-tu? Que cherches-tu? Que faut-il pour te délivrer?

« — Je devais quatre écus au maître de cette maison ; j'ai pris le seul moyen que j'avais pour le payer. — Oh ! tu en auras huit au lieu de quatre, pauvre âme, et tu seras délivrée.

« — Bêlas ! je ne puis de moi-môme entrer dans la joie ; il faut que ce soit mon bon ange qui vienne me l'annoncer. Priez Dieu pour moi ; demain à la môme heure je vous rendrai vos prières dans le ciel !

« Le recteur vint avec l'argent pour tirer l'affligé de peine et de souffrance. — Moi, dit Ame, c'est moi qui l.s ai reçus de lui ; donnez, c'est moi qui les lui rendrai, puisque vous êtes si bon.

a Le riche allonge la main pour recevoir l'argent ; mais. tout à coup, il sent la peine, les tourments, la brûlure de la mort; son bras droit est consumé jusqu'à t'épaule.

« L'argent tombe de sa main a terre. — Adieu, monsieur le recteur, maintenant je vais à la joie, je prierai pour voua Jésus-Christ Nolre-Seiernpur.

« Quand un homme vous devra, et qu'il quittera la vie, au lieu de le maudire, priez-pour lui. Prions toujours et bénissons, et nous irons au repos, et nous irons louer Dieu dans la gloire de son saint Paradis. »

— Oh ! la belle histoire ! le beau guerz! s'écriaient en chœur les enfants qui assiégeaient les genoux du sonneur, tendaient les bras pour l'embrasser et grimpaient sur les barreaux de sa chaise.

— Ce n'est pas madame Pascal qui manquerait de remettre quatre écus au journalier qui ies lui devrait dit Pierre avec assurance.

— Dieu nous fera mesure pour mesure ! dit la Maudette. Un vieil homme opulent avait commis beaucoup, beaucoup de péchés. Il mourut, et les mauvais anges allaient l'emporter dans l'abîme, quand son défenseur jeta dans le plateau de la balance opposé à celui des crimes, une botte de paille... et voilà que la botte de paille pesait... pesait... et qu'elle emporta le poids des péchés de cet homme. Un soir un malheureux transi de froid lui avait demandé l'hospitalité, et il lui avait place dans un greniersurunpeu de paille ! Ce que vaut l'aumône, Dieul seul le sait !

— Pemzek, dit Rose, Dieu vous récompensera...

Mais les enfants, mis en train parl'/tistoirede l'hom qui ne mange pas, ne voulaient point encore dormir, cl Tennaec, à leur prière, tut oblige de prendre son biniou pour jouer Vhanhini gox. ïl lui sembla que de loin une voix alternait avec la cornemuse bretonne, il rc-

prit plus lentement et fit une longue pause après le second couplet.

— On répondit en langue celte, puis tout k :c-up le chanteur qui se rapprochait sensiblement de la fenêtre, commença :

La gamelle ne profite guère,

Je maigiissais de jour en jour,

En mardi', je restais en arrière,

M'arrètant à chaque détour:

Et puis j'pleurais, et j'm'répétais :

Qui t'aurait dit, Loïc, que tu mourrais.

Sans revoir ta bruyère

Et mon clocher à jour?

— Loïc ! Dieu du ciel! c'est Loïc! fit le tailleur de pierres en descendant l'escalier comme un ouragan. Loïc, est-ce vous, Léonais?

— Moi ! dit Loïc d'une voix joyeuse.

— Mais, est-ce que vous seriez?...

— Évadé !

— Ah ! dit Pemzek, vous aviez le mal du pays, et ce mal là on ne le guérit qu'à Saint-Pol.

— Libre, Pemzek, libre et gracié ! Ce n'est pas tout : vous ne dites rien à celui-là?

Un homme se tenait timidement en arrière, Pemzek le saisit par la main et l'entraîna en lace d'une boutique bien éclairée :

— Louis Hubin î

— Libre aussi ! %

Pemzek gravit les escaliers plus vite qu'il ne les ava descendus :

LETTRES DE CRACE. 303

— Tina ! Rose ! criait-il, Ô mon Dieu ! comment le leur di

— Loïc ? le conscrit Loïc ! disaient les enfants.

— Ils savent mon nom? demanda le soldat atlen-

~~ Vous leur avez sauvé la vie... répondit Tina. Vous ('tes notre frère, Loïc, Pemzek vous l'a dit déjà.

— Ce n'est pas tout, dit le tailleur de pierres... il faut que la fête soit complète... il y aura bien des heureux aujourd'hui... Allons, Rose, prenez vos enfants et remettez-les dans les bras de leur père.

— Hubin ! s'écria Rose, mon mari?

— Il se rendra digne d'une telle femme, répondit Louis en serrant contre son cœur la chère famille retrouvée.

- Le bon Dieu fait des miracles, dit Tina.

— Louis, fit Rose, voici notre mère, la Maudette.

— Je vous aimerai pour toute la tendresse que vous avec eue pour Rose, répondit Hubin.

— Bon, bon! mes enfants! N'allez-vous pas faire trouver la vie si douce à la vieille aveugle qu'elle ait çegret de mourir.

— Qu'est-il arrivé? demanda Rose impatiente.

— Bleu-de-Ciel est mort, répondit le conscrit en se découvrant.

— Mais avant de mourir il a demandé notre grâce... et comme on ne refuse rien aux saints, nous avons été graciés.

— Et nous reverrons Saint-Pol, dit Pemzek.

|Q| L'AME du ba

— Oui dit Loïc, nom La rerei

rchemin du clin

loi «lit, tnseitoi hit,

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revoir ta brilj •

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Oui, non- Les reverrons, ensemble! El ?ous, n ibin,

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— L'ab il a sud i

;.ms mon pays, on no me regarderait Pascal peol ce qu'il veut, on me co:i un pea de terre en A' emmène ma femme et

enfants, et nou ms colons là-bas et surtout

— L'idée esl bonne, dit Perazek. Quanl

là, il a en eille mère et il doit la consoler et

lier jusqu'à 1 1

— Mais m j'aijan , ilheur de la pei dre, n comptes sur moi, voilà deux

— Bien, dit Hubin, v< i toujours demes :

: 1' ibbé l'a-cal.

— .le l'espère bien ! dit l'aumônier en entrant.

i promptitude du cœur qui noua f.iit >i rite nous porter, 'in c n aimons.

L'ablx i culte le plus

— La paix soit avec vous ! dit-il d'une voix paternelle en posant les mains sur le front des enfants; oui, la paix soit avec vous, car vous avez bien souffert... Dieu fait la plaie pour la guérir ! il ne vous a point oubliés. Du

de votre malheur, Louis et Loïc, il vous a tendu une main secourable ! montrez-vous digne de sa bouté et de la générosité de ceux qui ont fa: . .. Les

fautes que vous aviez commises étaient le résultat d'une heure d'oubli, on vous les pardonne... nul n'est l pour vous. Ne croyez point que vous ne puissiez pas racheter le passé : toute une vie vous reste ! pauvres enfants, si vous le voulez, toute une vie de bonheur ! quand vous serez là-bas, en Algérie, Louis, et que vous, Loïc, vous serez au foyer de votre vieille mère, souvenez-vous de vos jours d'épreuve, et si la tentatit e mal faire s'emparait de votre cœur, luttez, combattez, triomphez pour tenir la parole que vous m'avez donnée de vivre honnêtement sous l'œil de Dieu. Enfin, si les choses de ce monde ne vous devenaient pas proprices, souvenezvous que l'abbé Pascal ne vous abandonnera jam

— Vous êtes l'ange du bagne ! dit Loïc en s'eniparanl de sa main qu'il baisa.

— Silence! lit le piètre avec humilité, l'ange du bagne, c'était le martyr que Dieu a appelé à lui.

— Bleu-de-Ciel ! dirent ensemble Loïc.

— Il laisse son immense fortune pour fonder un asile destiné à ses frères malheureux. Vous !■ même du fond de sa tombe, Aulairede llcdan vous prot-

Iléjouissez-vous en Dieu! aimez-vous en lui, nous allons dire en commun le pater des prisonniers.

Sa prière réunit ces âmes reconnaissantes, et l'abbé Pascal les quitta en leur répétant comme le Sauveur ;

— La paix soit avec vuusl •

LE COURONNEMENT DE i/OEUVRB.

Quatre voyageurs. ■— Retour de Claude. — Son rt'cit. - C. que sont devenus Loïc et Hubin. — Ce que disent les anges au ciel.

Vers la fin d'une belle journée d'octobre, quatre hommes exténués de fatigue se traînaient péniblement sur la route de Brest. Leurs vêtements usés, leurs chapeaux informes, leurs pieds nus, gonflés par une marche forcée etensanglantés par les pierres et les épines, prouvaient assez que le chemin avait été long, et grande la fatigue. Ces voyageurs ne se parlaient point ; ils craignaient de voir leurs forces épuisées avant d'avoir atteint le but. Arriver ! puis mourir... mais mourir là, protégés par un cœur dévoué à leurs misères, consolés par une voix qui connaissait plus que les paroles de la terre et semblait avoir appris le langage du ciel. Un moment brisés, n'en pouvant plus, ils s'assirent ou plutôt ils tombèrent sur un tas de cailloux qu'avaient cubés les cantonniers ; l'un d'eux lira de sa poche des débris de pain que leur avait jeté l'aumône, ils se les partagèrent, puis quand ce maigre repas leur eut rendu quelque vigueur, ils se remirent en marche.

Déni heures après, le marteau de la porte de l'abbé Pascal retombait presque sans bruit soulevé par une main affaiblie.

La vieille servante courut ouvrir.

Elle ne demanda point à son maître si elle devait introduire à cette heure des hommes que leur détresse, leurs visages amaigris, leurs yeux un peu hagards pouvaient rendre suspects; elle tourna le bouton de la porte du cabinet du prêtre et s'éloigna.

Les quatre hommes demeurèrent un moment immobiles sur le seuil.

Puis le plus âgé prit une résolution soudaine, et se plaçant sous le rayon clair de la lampe :

— Me reconnaissez-vous, monsieur l'abbé?

— Claude! mon pauvre Claude 1 répondit l'aumônier saisi de pitié.

Puis prenant la lampe et regardant tour à tour les trois hommes qui n'osaient avancer.

— Pierre Itouger, Antoine llussel, Jérôme Cointaud1 Il nous reconnaît ! il sait nos noms ! pensèrent les mal-

heureux el des larmes humectèrent leurs paupièi

— Pauvres, pauvres enfants ! répéta le piètre.

Il leur lit signe de s'asseoir, et accoudé sur sa table il les écouta.

— Monsieur l'abbé, dit Claude, quand je suis venu dire adieu je prévoyais ce qui est arrivé... ce qui arrive à tous à moins d'un miracle de la Providence. Je partais résolu a bien vivre, je vous l'avais promis, il (allait Taire honneur à ma parole. Quand j'arrivai

LE COURONNEMENT DE l'œITRE. 309

à Vannes, le curé de St-Paterne était mort; j'obtins d'aller à Paris; longtemps je cherchai inutilement de l'ouvrage, mais ayant pu rendre service à un brave garçon menuisier, il me fit entrer avec lui dans son atelier. Vous devinez quelle fut ma joie. En faveur de mon nouvel ami, on passa sur le manque de livret ; je travaillais pour trois, le patron me citait à- tous comme modèle. Sobre, exact et dévoué aux intérêts du maître, je crois que je méritais en elle! u'on me traitât avec égards. Cela dura deux ans. Un si .., tandis que je rentrais dans mon garni un malheureux m'arrête et me demande l'aumône ; je tire quelques sous, je les lui donne... le son de sa voix m'avait frappé, je regarde : c'était Jérôme !

— Oui, Monsieur, c'était moi, répéta le libéré en baissant la 1 0 1 c .

Claude reprit : — Je le fais monter chez moi, je l'interroge; il était sans ressources, sans ouvrage, et faute d'avoir du pain il serait peut-être retombé... pardonnezmoi de vous dire ces choses, monsieur Pascal, le bon Dieu sait que je ne cherche point à m'enorgueillir du peu de bien que j'ai pu faire...

Mais vous êtes l'ami , le protecteur, l'avocat des forçats; par sollicitude pour eux, vous voudriez les suivre même après leur sortie du bagne ; il faut donc que vous sachiez à quel point la misère peut les poursuivre et les torturer, pour que vous en ayez plus de compas* sion encore, s'il est possible, et que votre pitié pour eux soit constamment en éveil. Je connaissais assez Jérôme pour avoir foi en lui.

310 L'ANGE DU riAGNE.

— Écoute, lui dis-je, tu as mon secret et par cr quent tu es maître du repos de ma vie , je m'en remet:: à toi... Partage mon lit et mon pain jusqu'à ce que tu trouves à t'occuper ; et si la chance est mauvaise, je gagne assez pour deux, et...

— Oui, monsieur, interrompit Jérôme, qui ne put résistera l'élan de sa reconnaissance; mais ce qu'il ne vous dira point; c'est que je suis tombé malade ; qu'il m'a soigné comme l'eût fait une sœur de charité; que le prix des remèdes excédant son salaire, il a travaillé une partie des nuits jusqu'à ma guérison ! Il faut qu'il ait appris tout cela de vous} monsieur l'abbé ! Oui, à Paris, Claude m'a sauvé de la mort, peut-être m'a-t-il sauvé de l'échafaud...

— Bien, Jérôme ! vous êtes reconnaissant ; reprenez votre récit, Claude.

— Jérôme guéri, cela marchait assez bien depuis un mois, quand revenant de l'atelier, je trouvai avec Jérôme dans ma chambre, Pierre pale comme un mort, malgré à faire pitié.

— C'est un ancien, me dit mon camarade..., il avait faim...

— Tu as bien fait, dis-je.

Nous soupames ensemble; la paillasse fut mise en travers , nous ajoutâmes nos habits à nos couvertures , et nous dormîmes.

Le déjeûner l'ut un peu léger, mais on s'en contenta.

Jérôme trouvait de temps en temps quelques commissions à faire ; il était si serviable, si rangé, si obli-

géant qu'on l'occupait avec plaisir. Mes journées me rapportaient trois francs. En mangeant du pain un peu noir, en se privant de vin, on pouvait vivre à la rigueur, ou du moins ne pas mourir de faim ; je repris le travail du soir, le rabot courait jusqu'à minuit; je doublais presque mon salaire! Mais le bon Dieu avait ses vues, Jérôme rencontra à son tour, sur les bords de la Seine un malheureux qui, après la longue et vaine attente d'un travail promis, avait résolu de se noyer de désespoir.

Il racconta son histoire au compagnon.

Cette histoire était la nôtre.

— Bah ! dit-il, nous coucherons quatre sur la paillasse.

— Mais vivre ! fît le malheureux qui voulait se suicider.

— Claude arrangera cela ! répondit Jérôme. Voilà comment Antoine entra chez nous.

Ah! je dois le dire, monsieur l'abbé, tous cherchèrent à s'employer, et tous apportèrent à la masse l'argent de leur travail. Nous souffrions sans nous plaindre et même presque joyeusement. Un seul homme avait notre secret, c'était notre confesseur. Il nous encourageait, nous soutenait ; ses paroles nous rappelaient les vôtres; mais elles manquaient d'onction, et elles nous laissaient froids. Rien n'arrive sans la permission de Dieu, vous me l'avez appris ; mes rencontres avec Pierre, Jérôme et Antoine m'avaient procuré un plaisir, plaisir bien vif et bien pur. Nous menions une

vie paisible quand tout à coup elle fut dérangée à jamais. Dans l'atelier, se présenta un jour un homme bien vêtu qui venait commander un ouvrage de menuiserie assez difficile. Le maître m'appela. A peine me fut-il possible de dissimuler mon trouble, je venais de reconnaître l'un des amis, des élèves de Polichinelle et l'ancien compagnon de chaîne de Jean Millet le bourreau. 11 se contraignit mieux que moi et sortit, me laissant très-inquiet de celte rencontre; à l'heure où je quittais l'atelier je le trouvrai ; il m'attendait.

— Entrons chez un marchand de vin, me dit-il.

Je n'osai refuser et je le suivis. Il comptait menivrer, mais j'étais sur mes gardes.

— Combien gagnes-tu? me demanda-t-il brusquement.

— Assez pour vivre 1 répondis-je.

— Honnêtement?

— Oui, honnêtement, et paisiblement.

— Bêtement, alors ! fit-il en éclatant de rire. Ecoute, suivit-il, le hasard qui nous a fait nous trouver est

un malheur ou un bonheur, à ton choix. Tu as mon secret, tu dois être mon complice, sans cela tu me vendrais.

— Te vendre 1 jamais ! dis-je. Je te jure le silence ! plus absolu, je ne me souviendrai ni de ton nom, ni < la commande au maître, ni de ta ligure.

— Tu as peurl me dit-il, et tu promets; mais on ne prend pas sans vert un vieux bonnet rouge.

— Comment vous convaincre, mon Dieu?

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