LE BARON, CALANSON
LE BAROS. Nous voilà seuls... soyez bref, car j’ai hâte.
CALASSOS. Seigneur baron , la vie du château vous parait donc bien monotone 1
LE BAROS. Autant qu'elle vous parait douce.
CALASSOS. C’est que tous ne savez pas vous y faire des soucis. Si par exemple vous étiez jaloux ?
LE BARON. Jaloux! moi! fl! j’ai été du monde, avant de me confluer dans mon castel. Informez-vous du baron d’Evenos, il n’était bruij, que de lui aux cours d'amour du comté de Provence !
CALANSON. Le bruit n’était pas ce qu’il y avait de plus doux.
LE BARON, arec hésitation. Vous dites donc... Est-ce que vous auriez surpris la baronne ?
CALANSON. Non pas, seigneur, non pas!
Santa- Maria ! ne me faites pas aller si vite.
LE BARON. Alors, de quoi me venez-vous rompre la tête...
CALANSON. Mais il ne se passe pas de jour que le castel ne soit visité par un de ces vagabonds de troubadours, ou un de ces vauriens de jongleurs... et l’on reçoit fort bien au castel les vauriens et les vagabonds.
LE BARON. Qu'on leur ferme la porte.
CALANSON. Boni., ils entreront par la fenêtre... Ce sont de vrais lutins... [Acte un soupir.) et les lutins plaisent aux femmes.
' 4 LE BARON , serrant te poing. Qui donc serait assez habile pour dire ce qui leur plait et ce qui ne leur plait pas ! Mais la baronne n’est jamais seule... sa cousine Azalais...
CALANSON. Seigneur baron , Un homme comme vous devrait savoir que, dans ces sortes d’affaires , lorsque deux femmes sont ensemble , chacune d'elles est seule.
le baron, 11 n’a que trop raison ; mais vous?..
CALANSON. Moi, seigneur? quand je gène , on me renvoie à mon oratoire.
LE BARON. La perfide !.. Quant à Azalais, je sais le moyen de m'en défaire... un bon couvent...
CALANSON , avec tristesse. Un couvent!
LE baron. Oui , c’est depuis long-temps mon projet... Mais la baronne...
CALANSON. On ne peut pas envoyer la baronne au couvent.
LE BARON , d'un air sombre. Je sais où l’on peut l’envoyer... Je ne suis point jaloux, non!.. ,
CALANSON. Cela se voit de reste. Si vous l’étiez, j'en saurais quelque chose; car c’est un péché, mon frère...
LE BARON. Mais le soin de mon honneur...
Malheur au coupable!
CALANSON. Seigneur baron , il me vient une idée: ne changez rien ù votre genre de vie ; partez dès l’aurore pour la chasse, mais ne vous éloignez pas ; laissez courir le lièvre, laissez voler l’oiseau; nous tendrons ici des lacets qui prendront un meilleur gibier.
LE baron. Comment cela ?
CALANSON. A peine un homme aura-t-il mis le pied dans le castel . crac, je prends mon vol et je vais vous avertir.
LE BARON. Mais, fra, qui me répond qu’en votre absence...
CALANSON. Bonté divine, je n’y avais pas songé !..
LE baron. Et puis il aurait le temps de fuir dix fois...
CALANSON. C’est vrai! 1
LE BARON. Il nous faudrait un signal.
CALANSON. Oui, quelque chose qui ne donnât point ombrage , quelque chose d'analogue à mon état. (Il promène ses regards autour de lui.) Ah ! m’y voilà!.. celte cloche!!.
LE BARON. Parfait...
l'aNGELVSi
CALANSON. Au premier soupçon de ga- I
lanl, je prends la corde; et ton, ton, ton, lentement , comme pour dire : « Seigneur baron , il se peur que ce soit une risitc innocente, mais... • Si je vois du danger, oh!
alors je saisis la corde ù deux mains ; et ton, ton, ton. ton, ton, je vous crie:
« Seigneur baron, accourez rite, rite, ou c’est fait de vous. » Santa-Maria, l'heureuse idée...
LE BARON. Fra Calanson, n'allez pas gauchir au moins. Songez que je me repose sur tous.
CALANSON. A votre poste, seigneur baron...
le BARON. Au vôtre, fra!..
Il «ort.