TRAITEMENT
177. On divise le traitement des affections diphthéritiques en traitement topique et en traitement général. Une grande partie des auteurs , regardant l’angine pseudo-membraneuse, à son début, comme une affeclion purement locale qui ne devient grave que lorsque la diphthérite se propage dans les organes respiratoires, le traitement local a donc fixé le plus l’attention des médecins, et il est encore aujourd’hui la médication la plus usitée.
178. Le traitement local consiste essentiellement dans la dissolution ou désorganisation et expulsion des produits diphthéritiques, et dans la modification de la vitalité des surfaces muqueuses affectées. Les agents que les médecins ont employés le plus à l’époque de l’épidémie que j’eus à combattre, sont : l’acide chlorhydrique, le nitrate d’argent, le calomel en poudre, l’alun en poudre ou en dissolution.
179. Le traitement général est dirigé contre l’élément inflammatoire, et il a pour but de détruire la constitution diphthéritique , en modifiant l’économie. Les médications les plus préconisées à l’époque que je viens d’indiquer, étaient : les antiphlogistiques , principalement les émissions sanguines ; les révulsifs gastro-intestinaux , surtout les vomitifs ; le calomel ; le bicarbonate de sonde et le chlorate de potasse.
180. Bien que des praticiens consciencieux et d’un mérite incontestable obtinrent dans l’une et l’autre épidémie des résultats favorables par l’emploi des moyens thérapeutiques que je viens d’énumérer, l’expérience a dû cependant profondément ébranler la confiance qu’on avait mise dans leur efficacité (a). C’est ainsi que dans l’épidémie qui sévit avec rigueur dans une des communes de l’arrondissement de Valenciennes, et qui précéda celle que je viens de relater, ces moyens se montrèrent insuffisants et même complètement impuissants. Car la guérison fut la rare
(a) M. Trousseau, dans son rapport sur un mémoire de M. Bouchut, relatif au tubage du larynx (Gaz. mèd. 6 nov. 1858) , cite lu thèse du docteur Ferrand qui , dans une épidémie d angine diphlhérlque , avait traité 60 individus par diverses médications sans avoir pu en sauver un seul.
exception, la mort, la règle. Les habitants de la commune furent pris d’un indicible effroi, car presque des familles entières disparurent, frappées par le fléau. On peut en citer qui perdirent 3 et 4 enfants l’un après 1 autre. — Lorsqu’en janvier 1856 les deux premiers cas d’angine diphthérique se présentèrent à mon observation , j’employai les moyens curatifs les plus usiLés, tels que émissions sanguines, vomitifs, cautérisations avec l’acide chlorhydrique et l’acétate d’argent, l’usage interne du bicarbonate de soude; mes deux malades succombèrent. En me voyant ainsi condamné presque à l’impuissance devant un ennemi si formidable, je tâchai de trouver de nouvelles ressources ; mes efforts ne furent pas infructueux, à en juger par les résultats que j’ai obtenus.
Voyons quelles circonstances et quelles considérations m’engagèrent à essayer les moyens qui constituent le nouveau traitement que je vais exposer.
481. Dans les premiers eps que j’ai rencontrés , l’angine se présentait sous la forme maligne proprement dite. Dans ces deux angines, la tuméfaction des amygdales et des parties latérales et antérieures du cou avait atteint un tel degré, qu’elle occasionnait l’occlusion de l’isthme du gosier et qu’elle mettait un obstacle invincible au passage de l’air par ce détroit. Je ne concevais donc aucun doute que la mort n’ait été déterminée par ces deux accidents, et il était bien naturel que mon attention se portât d’abord sur ce point, et que je fisse en sorte de découvrir un moyen propre à combattre ces symptômes avec toute la promptitude possible aussitôt qu’une nouvelle occasion s’offrirait.
182. Très-souvent , dans ma pratique, j’avais employé avec succès à l’extérieur, contre des engorgements ganglionnaires et glandulaires du cou et d’autres régions du corps, la teinture d’iode, additionnée d’iodure de potassium et de bromure de potassium. Je pensais donc que cette composition serait, par scs puissantes propriétés résolutives et révulsives, le moyen le plus apte à combattre les symptômes dont je viens déparier. Ainsi, lorsqu’en février 4856, un nouveau cas d’angine pseudo-membraneuse se présenta (voy. obs. 111), après avoir pratiqué une saignée locale, je prescrivis : Iode pur 12 grammes
J’appliquai ce mélange sur toute la surface latérale et antérieure du cou, â l’aide d’un pinceau à dessiner, cl je lis faire les frictions 8 fois dans les premières 24 heures.
Alcool rectifié à 95. . . .
Iodure de potassium. . .
Bromure de potassium. .
Eau distillée
425 id.
4 id.
2 id.
15 id.
483. Le succès dépassa mon attente. Les frictions d’iode iodo-brom urées déterminèrent non-seulement avec rapidité la diminution successive et la résolution complète de l’engorgement du cou, mais, sous l’influence de ce moyen , qui constituait essentiellement le traitement, l’état local , la phlegmasie diphthérique , fut modifiée si puissamment, qu’une guérison complète fut obtenue en quelques jours. Voici les observations que j’ai faites : les premières applications de la teinture sur le cou occasionnaient un picotement à la peau, le malade accusait, à la suite de plusieurs frictions, une sensation de chaleur qui devint assez vive; la peau rougie se gonflait et devenait plus tendue, là surtout où elle couvrait la tumeur. Lorsque le lendemain je vis le malade, l’engorgement ganglionnaire se montrait notablement ramolli et diminué , la tuméfaction et la rougeur des amygdales s’étaient de même amoindries et la déglutition s’effectuait avec plus de facilité ( voy . 289). Le surlendemain, la plus grande partie de la tumeur du cou élait déjà dissoute , le volume et la rougeur des tonsilles avaient considérablement diminué, et en même temps les concrétions tonsillaires commençaient à se rapetisser et à s’amincir. Le malade accusait un chatouillement dans le larynx et dans la trachée, qui provoquait de temps en temps de la toux avec expectoration de crachats muqueux (290). Celte expectoration persévéra jusqu’à la cessation des frictions. Le 4° jour du traitement, la muqueuse pharyngienne, à peine encore rougie, se montrait humectée d’un mucus clair et transparent (294). Le 5e jour, la résolution de la phlegmasie tonsillaire et de l’engorgement ganglionnaire, ainsi que la résorption de l’exsudation pelliculaire des amygdales s’étaient effectuées (295). — L’épiderme des téguments du cou s’était détachée en plusieurs points en forme de larges écailles , sous lesquelles la peau se présentait parfaitement intacte. La teinture avait produit en quelques autres endroits une action vésicante, en faisant naître de petites phlyctènes , qui disparurent cependant le lendemain , après la cessation des frictions.
484. Lorsque je fis la première application de la teinture d’iode iodo-bromurée, je ne complais, comme je l’ai dit plus haut, que sur les effets lesolutils et révulsifs quelle devait exercer sur l’engorgement ganglionnaire et sur les organes phlogosés de l’arrière-bouche. Mais, ainsi que nous avons vu, 1 action de la teinture ne se borna pas là ; elle ne détermina pas seulement la résolution de l’amygdalite et de la tuméfaction ganglionnaire, elle eut en même temps une action spéciale sur la muqueuse alfeclée de diphlherite , dont la vitalité subissait une modification manifeste sous l'influence de ce médicament et dont, en particulier,
la fonction sécrétoire fut modifiée d’une manière très-sensible. Les phénomènes que la teinture provoquait dans le larynx et dans la trachéeartère indiquèrent, en outre, qu’elle avait exercé une action analogue sur la membrane muqueuse de ces organes.
185. Les effets que la teinture venait de produire sur les deux surfaces muqueuses qui sont, comme on le sait, les lieux de prédilection de la diplithérite , ne pouvaient pas manquer d’attirer toute mon attention. Il est évident qu’ils n’auraient pas pu se produire, si une absorption des agents que la teinture renferme n’avait pas eu lieu par la peau, sur laquelle elle avait été appliquée, et si ces agents n’avaient pas été introduits dans la circulation (a). Ces effets devaient donc, je ne pouvais en douter, devenir infiniment plus puissants, si l’iode et le brome étaient employés à l’intérieur.
186. Je me rappelai, d’ailleurs, que l’action de ces métalloïdes ne se borne pas seulement aux muqueuses du pharynx et du conduit laryngotrachéal; car il est bien constaté que le brome exerce aussi une action énergique sur la muqueuse bronchique et buccale, et que l’iode est un des modificateurs des plus puissants de toutes les membranes muqueuses sans exception , c’est-à-dire de toutes les surfaces qui peuvent devenir le siège de la lésion diphthéritique.
Je me demandai donc si toutes ces propriétés que je viens de signaler ne pussent pas être avantageusement utilisées, non-seulement dans le traitement de l’angine diphtliérique, mais aussi dans celui du croup et de toutes les autres formes de la diplithérite. Je me demandai, enfin, si l’iode et le brome ne jouissent pas encore d’une foule d’autres propriétés précieuses, qui pourraient fournir des indications pour l’emploi de ces métalloïdes contre cette maladie?
Voyons maintenant quelles son t celles parmi les nombreuses propriétés physiologiques et thérapeutiques que possèdent les préparations de l’iode et du brome, qui m’ont engagé à tenter l’emploi de ces agents à l’intérieur dans les affections diphLhéritiqucs. Les préparations que j’ai choisies comme les plus convenables, sont l’iodure et le bromure de potassium. Ces deux sels sont les principaux éléments qui constituent le médicament que j’ai employé pendant l’épidémie. Les autres substances qui entrent dans sa composition , sont le bicarbonate de soude et le chlorure de
(a) C'osl un fait bien uvérô que l’iode est facilement absorbé par la peau. On l a retrouvé dans l’urine, dans le sang, dans la sueur, dans la salive et môme dans le lait et dans les larmes. Do même son action sur l'ensemble do l’organisme , à la suite de son application sur la peau , a élé constatée par Kapp , Neumann , Locber-Balber et beaucoup d’autres.
sodium. J’indiquerai plus loin les considérations qui m’ont déterminé à associer ces sels à l’iodure et au bromure de potassium , exposant en même temps celles de leurs propriétés qui sont de nature à seconder puissamment les effets de la médication iodo-bromurée dans le traitement des affections diphlhéritiques.
187. Quand l 'iode ou l’iodure de ‘potassium est donné, même à des doses peu élevées, on peut observer déjà, chez la plupart des individus, ses effets physiologiques sur les muqueuses nasale et conjonctivale. Après quelques cuillerées d’une solution de quatre grammes d’iodure de potassium en quatre onces d’eau, j’ai souvent vu se produire un coryza plus ou moins intense, avec écoulement nasal (a), larmoiement et même injection des conjonctives.
188. Quand ce médicament est pris à des doses plus élevées, les personnes soumises à ces essais accusent ordinairement au gosier et au larynx une sensation de chaleur qui est bientôt, suivie d’une augmentation de la secrétion de la muqueuse des fosses gutturales et de la cavité buccale, et d’une légère salivation. A ces phénomènes se joignent parfois une toux légère avec rejection de crachats muqueux.
189. Invité par celte action physiologique de l’iodure de potassium sur la muqueuse nasale et trachéo-pulmonaire , j’ai depuis longtemps déjà administré avantageusement ce sel à l’intérieur contre des affections catarrhales, chroniques et invétérées, de la tunique muqueuse trachéopulmonaire. J’ignore si, jusqu’ici, l’on a fait usage de l’iodure à l’intérieur pour combattre ces maladies ; mais il est bien connu, cependant, que l’iode est employé journellement sous forme d’inspiration, dans des catarrhes pulmonaires , dans des laryngites et bronchites passées à l’état chronique, et que son efficacité contre ces affections est maintenant confirmée par l’expérience clinique.
190. Quand la dose de l’iodure de potassium est élevée à un plus haut degré, la sécrétion des muqueuses nasale, conjonctivale, buccale, gutturale, trachéale et bronchique , ainsi que la sécrétion des glandes salivaires, augmentent d’une manière considérable ; cl lorsque l’usage de ce remède est continué et porté jusqu’à la saturation iodique, l’on voit rougir la muqueuse de l’isthme du gosier et du pharynx ; ces parties se tuméfient et deviennent douloureuses , et tous ces phénomènes peuvent s’accroître tellement, qu’ils se constituent en véritables symptômes angineux ; ce qui prouve à l’évidence l’action toute spéciale de cet agent
\a\ L cicoulomenl nasal a été signalé par M. Wallace comme un des symptômes caractéristiques de 1 iodisme.
sur ces organes. Celte aciion spéciale de l’iode est du reste confirmée par les effets thérapeutiques qu’il produit dans certaines affections du pharynx, lorsqu’il est administré à l’intérieur. Martini de Lubeck l’a employé avec succès en 1821 contre les ulcères syphilitiques du pharynx; le docteur Henry Gourand et M. Trousseau ont obtenu par ce médicament des résultats avantageux dans des angines chroniques non-vénériennes. Voyant les bons effets que l’application de la teinture d’iode iodo-bromurée sur le cou exerçait sur l’état local dans la diphthérite pharyngienne, j’ai employé ce dernier moyen , récemment et à plusieurs reprises, dans des angines gutturales simples, chroniques et même aiguës (a).
191. Cependant, comme j’ai dit plus haut, l'action de l’iode ne se limite pas seulement aux membranes muqueuses, qui sont le principal siège de la diphthérite, mais elle s’étend sans aucune restriction sur toutes les muqueuses internes et externes. Tout le monde sait que les applications topiques de ce remède ont pris depuis quelque temps une extension considérable , et qu’on l’a utilisé dans une foule d’affections des membranes muqueuses qui sont accessibles à l’emploi local de cet agent, de sorte qu’on a pu parfaitement étudier scs effets sur ces organes. Un a donc acquis maintenant la conviction que la thérapeutique ne possède pas un modificateur plus précieux que l’iode. Ainsi, les expériences de M. Hanelle ont prouvé qu’une solution d’iodure de potassium dans de l’eau distillée, appliquée sur la conjonctive, rend de grands services dans l’ophthalmie égyptienne. M. Bôinet se sert tous les jours , avec un succès remarquable, de la teinture d’iode comme topique dans un grand nombre de phlegmasics des membranes muqueuses , principalement dans des ulcérations du col de la matrice et dans des vaginites aiguës et chroniques, de nature bénigne ou virulente. De plus, les propriétés modificatrices de cet agent, eu égard des membranes muqueuses , ont été mises à profit même dans la dyssenterie chronique ; M. Delioux a employé dans cette maladie des injections iodées dans le rectum, et il affirme que cette médication , en modifiant directement la tunique muqueuse chroniquement phlogosée, lui a donné de bons résultats (6).
\ 92. Ajoutons enfin, — et c’est ce qui nous intéresse ici particulièrement, — qu’on a obtenu des avantages signalés par les applications iodées topiques, dans des affections de la muqueuse de la bouche et des
(a) Dans les angines aigufis, les lotions iodo-bromurées no furent employées qu’après l’application de quelques sangsues aux apaphyses mastoïdiennes.
(b) Traité de Thérapeutique et de matière médic par MM. Trousseau et Pidoux — lîoinei , lodothérapie.
cavités gutturales, soil simples ou spécifiques, de nature'diphlhéritique, syphilitique, septique ou gangréneuse.
193. Quant aux effets de l’iode sur les membranes muqueuses , on peut donc dire en résumé que ce médicament exerce une modification tout-à-fait spécifique sur leurs surfaces , qu’il active énergiquement leur fonction secrétoire, et que le résultat de cette double action est la mutation ou la résolution des divers étals morbides dont ces organes peuvent être affectés, soitplilegmasies aiguës, subaiguës ou chroniques, soit anomalies ou perversion de secrétion, ulcérations, etc.
194. Comme j’ai dit plus haut, l’iode est encore doué d’autres propriétés, qui peuvent le rendre utile dans le traitement des affections diphthéritiques, et nous verrons quelles sont d’une grande importance.
19d. L’action capitale que l’iode manifeste sur l’économie est celle qui s’adresse au système glandulaire et à l’ensemble des vaisseaux et des ganglions lymphatiques qui constituent le système absorbant , en stimulant et en modifiant les fonctions de ces organes avec une énergie extraordinaire. De là dérivent sans doute en grande partie ses puissantes propriétés résolutives et fondantes et son efficacité héroïque contre les engorgements des organes glandulaires et des ganglions lymphatiques, ainsi que contre diverses autres tumeurs. Nous avons déjà vu quel profit on peut tirer de ce moyen contre des tuméfactions ganglionnaires du cou et contre des engorgements des glandes amygdales dans l’angine diphthérique, symptômes qui peuvent devenir si funestes.
196. Les préparations iodées ont une action stimulante sur le système nerveux et sanguin. A la suite de leur usage, l’on voit la circulation s’activer, la température de la peau augmenter et , enfin , se produire des signes d’une excitation générale, qui peut être portée jusqu’à un degré qui ressemble à l’ivresse (ivresse iodique). En administrant ces préparations avec modération , l’on conçoit aisément quels avantages on peut en tirer dans une maladie qui a une si grande tendance à devenir adynamique et qui présente si souvent des symptômes typhoïdes et cérébraux trèsgraves , ainsi que nous le voyons principalement dans l’angine maligne proprement dite.
197. Mais l’iode peut trouver son indication dans les circonstances que je viens de signaler, encore en vertu d’autres propriétés qu'il possède, et qui sont des plus remarquables. Ce sont scs vertus antiseptique cl antiputride qu il manifeste envers les solides et les humeurs de l’organisme animal (Liebig, Magendie, Boinet, Duroy;. Si M. Boinet (a) a , par des.
(a) M. Boinet a signalé, depuis longtemps, les vertus antiseptiques et détergentes dv
faits cliniques, parfaitement établi la propriété antiseptique et détergente de cette substance, maintenant universellement utilisée, M.Duroy, de son côté, disent MM. Trousseau et Pidoux (ouvr. cit .), a prouvé expérimentalement que l’iode agit d’une manière directe, instantanée, non-seulement sur les tissus malades, mais sur les humeurs elles-mêmes , et qu’en se combinant chimiquement h ces humeurs et à ces tissus, il fait obstacle à l’action malfaisante de l’air et détruit le principe putride pour ainsi dire sur place.
198. C’est à cause de ces vertus merveilleuses , que le même chimiste propose de tenter l’application interne et externe de cet agent médicamenteux dans les empoisonnements miasmatiques , dans les maladies épidémiques et putrides (fièvre typhoïde , fièvre jaune , choléra , gangrène, etc.)
199. On ne peut méconnaître, il me semble, de quelle immense utilité doit être un médicament qui jouit des propriétés que je viens d exposer, dans une maladie si épidémique et si contagieuse que la diphthérite, surtout lorsqu’elle se présente sous la forme de l’angine maligne, l’affection la plus contagieuse de toutes, qui, dans son essence, comme nous l’avons vu, n’est autre chose qu’un empoisonnement général de l’économie (a) , et lorsque l’angine diphthérique se complique avec l’angine gangréneuse proprement dite.
200. Il n’y a pas dans la matière médicale une substance médicamenteuse qui, en pénétrant dans tous les tissus et liqu ides et en se combinant avec eux, exerce une action modificatrice aussi générale et aussi profonde sur l’organisme que l’iode; preuve : l’efficacité admirable que- possèdent ce métalloïde et ses préparations dans les différentes affections herpétiques et les nombreuses formes morbides, qui relèvent de la diathèse scrofuleuse du lymphatisme et de la syphilis constitutionnelle.
Une des modifications que subissent , sous l’influence de cet agent, les liquides animaux ( Poiscuille, Duroy), consiste en ce qu ils deviennent plus fluides ; le liquide sanguin en particulier devient plus séreux et moins plastique.
201. Or, si l’on considère la nature si éminemment spécifique de la
l’iode. Il a démontré que celte substance jouit de ta propriété d enlever la fétidité du pus , d'améliorer la nature des suppurations sanieuses et fétides , et de modifier le» sécrétions vicieuses, contagieuses et virulentes. — (Voy. Traité d iodothérapie .
[a) M. Trousseau dit , à ce propos , dans ses Leçons cliniques sur les angines : « J® suis donc autorisé à déclarer bien septique ce poison, qui non-seulement menace la vi tant que le mal existe , mais qui , alors môme que celui-ci a tout-ù-fail disparu . donne lieu à des paralysies locales et générales, et laisse dans l’économie de si profondes traces de perturbation, p
diphthérite, qui ne peut pas être révoquée en doute, si l’on considère qu’il est presque certain qu’une altération générale et particulière des liquides préside à l’exsudation pelliculaire (a), l’on est autorisé à admettre qu’un modificateur si énergique et si radical de l’économie et du sang en particulier, comme l’iode, doit avoir une influence favorable contre la cause spécifique de l'affection diphthérilique même.
202. J’ai déjà parlé de l’action stimulante que l’iode exerce sur la fonction sécrétoire des membranes muqueuses et des glandes salivaires et lacrymales. Je dois ajouter qu’il "agit de la même manière sur celle des membranes séreuses , sur la sécrétion cutanée et rénale. 11 est constaté que cette substance , dont l’absorption s’effectue avec une rapidité étonnante (h), passe par l’économie presque avec la même vitesse qu’elle y entre, et que les diverses sécrétions que je viens de nommer, sont autant d’émonctoires par lesquelles elle quitte l’organisme.
203. Les propriétés de l’iode que j’ai exposées en dernier lieu, ne donnent-elles pas à penser que ce remède peut jouer encore un autre rôle important dans la thérapeutique de l’affection diphthérilique, c’est-à-dire comme moyen d’effectuer' activement l’élimination des principes délétères par les diverses voies que j’ai indiquées ?
204. Nous savons avec quelle rapidité marche l’affection diphthéritique, et qu’il n’y a plus moyen de l'arrêter lorsqu’elle a fait trop de progrès; elle ne s’arrête alors qu’avec la mort. Pour la vaincre, il faut donc qu’on
(a) M. Isambert dit, à ce sujet, dans son mémoire : « Quant à l’élément spécifique, tout démontre son existence ; l’origine de la maladie , son mode de propagation par épidémies ou par contagion , soit immédiate ou médiate , la constance de la lésion diphthérilique elle-même, c’est-à-dire l'identité de son produit spécial pseudo-membraneux , l’intensité de ses symptômes généraux , hors de proportion avec l’inflammation locale , sa tendance à se généraliser autrement que par extension de contiguilé (diphthérite cutanée, vulvaire, etc.), enfin la manière dont la mort survient dans l’angine maligne , dans la diphthérite généralisée , montrent bien une maladie qui procède par intoxication réelle s
En parlant des causes du croup, Laennec s’exprime ainsi : a La grande extension que prend souvent l’inflammation plastique dos membranes muquonses, et son apparition sur des points séparés et très-distants les uns des antres , doivent faire au moins soupçonner que sa cause est plutôt une altération spéciale des liquides qu'une irritation primitive des tissus , sur lesquels se développo la fausse membrane. » — Traité de l’auscull. médiale et des maladies des poumons et du cœur, 1828, p. 1 12.
M. Andral est de môme do l’opinion qu’une cause générale détermine le développement des concrétions croupales. (Voy. Anatomie pathologique . t. Il, p. 4S2.
(b) M. Schanguessey a retrouvé l’iode dans l'urine d'un chien , qui en avait été empoisonné , 40 minutes après son ingestion comrno acido lodehydrique (Sobernheim et Simon , Toxicologie, p 4121. Tiedemann , Gmélin et Woehler constatent aussi son passage dans la circulation et sa présence dans l'urine.
J ai dit plus haut qu apres son emploi à l’extérieur, on l’a découvert dans le sang,
1 urine, la sueur, la salive, les larmes et le lait (Cantu). Wallace a constaté la présence de 1 iode dans le lait d une nourrice soumise à son action , et môme dons l’urine de l’enfant qu elle allaitait.
marche plus vite qu’elle, qu’on lui oppose une thérapeutique vigoureuse et prompte, et qu’on arrache le mal avec la racine. Est-ce que l’arsenal thérapeutique renferme une arme plus puissante, plus facilement et plus profondément pénétrante, un moyen plus héroïque que celui que nous venons d’examiner, puisque son action est presque instantanée?
L’autre de ces deux substances qui occupent le premier rang dans la composition que j’ai employée à l’intérieur est, comme j’ai remarqué plus haut, le bromure de potassium.
205. De même que l’iode et le brome offrent une assez grande analogie entre eux sous le rapport chimique, ainsi chacun d’eux possède quelques propriétés physiologiques et médicales qui sont communes à ces deux métalloïdes. Comme l’iode, le brome exerce une action excitante sur les vaisseaux et ganglions lymphatiques. Ses vertus fondantes et résolutives, ses propriétés fluidifiantes , antiplastiques et altérantes , son efficacité contre des engorgements glandulaires et ganglionnaires , surtout du cou ^Pourché, Puche, Iloering), et contre diverses affections scrofuleuses (Pourché, Magendie, Iloering), ont été constatées.
206. On a reconnu que le brome partage, de même que l’iode, la propriété d’activer la sécrétion rénale et salivaire. Il semble même agir sur le système salivaire avec plus d’énergie que celui-ci.
207. Cependant, un des faits capitaux que je dois relever est que cette substance paraît avoir la même action que l’iode sur la muqueuse buccale, et principalement sur la membrane muqueuse du canal aérien, en stimulant et modifiant la fonction sécrétoire de ces organes d’une manière énergique, et en provoquant l’expulsion des produits sécrétés sur leurs surfaces (a). Cette action physiologique, connue depuis longtemps, n’a été utilisée, il paraît, jusqu’à présent, en aucune manière, dans la thérapeutique des affections trachéales et bronchiques (6).
208. Enfin n’oublions pas de mentionner que le brome agit comme l’iode, d’une manière directe et spéciale sur le pharynx. Mais il faut ajouter que ces deux actions diffèrent essentiellement l’une de l’autre i néanmoins, en certaines circonstances, comme dans l'angine dipluhérique»
(a) Handbuch derprackt. ArzneymiUellehre, von J. F- Sobernheim, Berlin, 1845.
(b) Ce n'ost qu’au moment de la rédaction de oe paragraphe, que je viens de prendre connaissance do l'expérimentation du brome et du bromure dans les affections pseudomembraneuses par M. le docteur Ozunan, et des succès que ce médecin affirme en avoir obtenus. (Voy. Traité de Thérapeut. et de matière méd., par MM. Trousseau et Pidoux, 1858. )Les auteurs qui ont écrit sur cos maladies n'ont pas, autant queje sache, mentionné les faits importants qui viennent a 1 appui do ce que je viens d'énoncer, et qui fournissent une preuve do plus do ce qu’on peut attendre de l'efficacité de cet agent thérapeutique dons les affections diphlhéritiques.
ainsi que nous le verrons plus tard, les actions combinées de ces deux médicaments semblent produire un résultat thérapeutique lavoiable.
11 résulte des belles expériences de M. le docteur Puclic que le bromure, ingéré par la bouche, détermine une espèce de stupeur, une insensibilité complète du pharynx , des amygdales et du voile du palais. On la \ u produire le même effet sur d’autres organes et parties du corps.
M. Four net (a) a constaté les propriétés anesthésiques du bromure de potassium dans plusieurs cas d’affections arthritiques et de rhumatismes articulaires chroniques, accompagnés de douleurs violentes, qui cessèrent immédiatement après l’emploi extérieur et intérieur de ce médicament.
Les auteurs du Traité de Thérapeutique et de matière médicale , si souvent cités, disent, relativement à ces propriétés sédatives du bromure : « Si maintenant nous cherchons à découvrir ce qui , dans le bromure, peut donner lieu h des effets spécifiques, refusés à l’iodure de potassium, nous trouverons l 'action anesthésique , qui doit sans doute avoir une grande influence. Nous savons tous quel rôle joue la douleur dans les phlegmasies. Nous savons également que, dans certaines inflammations, celles même de la nature la plus grave, l’emploi des agents stupéfiants a souvent pour effet d’amener des modifications très-considérables. C’est ainsi que les applications toniques d’opium, de belladone, de stramoine, de ciguë, font rétrocéder et quelquefois disparaître des engorgements subaigus ou chroniques, dont l’issue semblait devoir être fâcheux. Si donc, comme les expériences de MM. Puclic, Huctle et Rames ne permettent pas d’en douter, le bromure de potassium et certainement aussi le bromure de sodium , possèdent des propriétés anesthésiques, ne doit-on pas alors donner aces propriétés une large part dans la guérison de certains engorgements et dans l’amendement de certaines maladies d’ailleurs incurables? Ainsi peut-être s’expliquent les résultats incontestablement utiles des eaux-mères des salines , si heureusement et si habilement administrées à Nauheirn, à Kreutznach, à Ilombourg, etc. »
En adoptant cette manière de voir, ne doit-on pas attendre que le bromure, en vertu déjà de son action anesthésique sur le pharynx et sur l’arrière-bouche, ne doive jouer un rôle important dans la thérapeutique de l’angine diphthérique , en déterminant une sédation de l’élément douleur et phlegmasique , ainsi que la résolution de l’engorgement des organes affectés ?
209. Voilà les considérations qui m’ont décidé à expérimenter l’usage intérieur du bromure et de l’iodure dans les affections diphthéritiques.
(a; Bulletin de Thérapeutique, 1838; l. XIV.
Mais ici une difficulté se présentait. Entre les nombreuses actions de l’iode que j’ai énumérées plus haut , comme pouvant remplir des indications thérapeutiques dans ces affections, il en est une qui pourrait, dans certaines circonstances , manquer son but et même devenir désavantageuse, si elle n’était pas utilisée d’une manière convenable. C’est l’action excitante , exercée par cet agent sur l’économie , qui peut devenir irritante jusqu’à un haut degré. On conçoit facilement que celte même action , qui doit rendre de grands services dans tous les cas où la diphthérite se manifeste sous sa forme adynamique ou typhoïde, peut devenir nuisible au début de cette affection , si elle n’est pas sagement modérée. Car cette affection se présente toujours au début avec un caractère phlegmasique ou sub-inflammatoire, et conserve souvent ce caractère pendant la plus grande partie de son cours.
Pour éviter cet écueil , il fallait donc joindre aux préparations iodées bromurées d’autres substances propres à prendre le rôle de correctifs et à modérer les effets stimulants de cette médication, sans la priver pourtant de l’énergie et de la toute-puissance de son action. Quelque difficile que la solution de ce problème me parût au premier abord, j’y parvins, comme l’expérience me l’a prouvé depuis.
210. 11 y a plusieurs sources minérales qui doivent leur efficacité principalement à l'iode et au brome qu’elles contiennent en assez grande quantité. Les deux sources les plus riches en iode et en brome, sont la source de Hall (Autriche) et celle de Heilbrunn en Bavière (a). La dernière, plus connue sous le nom de source Adélaïde, est la plus renommée et c’est aussi celle dont j’ai eu occasion d’étudier les propriétés physiologiques et curatives le plus souvent et avec le plus de soin.
211. Cette eau est généralement employée contre des affections scrofuleuses, plus rarement contre les accidents tertiaires de la syphilis, et l’on croit ordinairement que son action thérapeutique se borne ici. C’est déjà cependant de longue date que j’ai tenté l’emploi de l’eau d’Adélaïde naturelle et artificielle dans des affections des muqueuses laryngiennes et bronchiques, et que j’en ai obtenu les meilleurs résultats. C’est surtout lorsque jo me servais de celte dernière, et que j’augmentais , suivant les circonstances , les principaux agents minéralisateurs qui entrent dans sa composition, que j’en ai observé les effets curatifs les plus puissants, sans
(a) La sources de Heilbrunn contient, par litre , 22 milligrammes d’iode , 9 nvlligrammes do brome , et environ 6 grammes de sels neutres. On sait que I existence de cos deux premiers éléments dans certaines eaux minérales il a été reconnue que trèstard. Celle de l'iode fut découverte en 1S2 4 , dans certaines sources sulfureuses, par MM. Angélini et Cantu. Celle du brome fut signalée la première fois , deux ans plus lard, dans la source que je viens d’indiquer, par M. Vogel.
cependant avoir en à nie plaindre d’un excès de son action excitante, bien que la dose ait quelquefois été assez forte. .l’attribuai cette dernière circonstance aux propriétés hyposthénisantes du chlorure de sodium et surtout du bicarbonate de soude, éléments qui forment la base de l’eau d’Adélaïde artificielle, et qui doivent mitiger les qualités irritantes de l’iodure alcalin qu’elle contient. Ces expériences dont j’avais à peine souvenance, mais qui, dans les moments décisifs où le mal épidémique fit ses premières victimes dans la commune, me revinrent en mémoire, me conduisirent à l’idée d’employer la même formule dont je m’étais servi pour la composition de l’eau d’Adélaïde factice et qui m’avait déjà donné de si bons résultats dans les maladies des mêmes organes qui sont le siège principal de l’affection que j’allais combattre.— Ainsi, je n’ai fait que copier un des préceptes que l’analyse chimique nous a révélés sur les nombreux remèdes composés que la nature nous offre tout préparés dans son immense laboratoire, la terre, afin que nous n’ayons qu’à prendre la peine de les puiser aux nombreuses sources qui jaillissent à sa surface.
212. J’ai dit que les sels neutres qui forment la base de l’eau d’Adélaïde, doivent remplir, par leurs propriétés hyposthénisantes, le rôle de correctifs contre l’action trop stimulante de l’iodure alcalin , mais leur influence thérapeutique est bien loin de se borner là dans le traitement des maladies contre lesquelles cette eau est communément indiquée, et en particulier dans la grave affection dans laquelle je viens de l’expérimenter. Nous verrons que ces sels prennent un rôle plus actif dans celle-ci, en secondant puissamment les effets de deux des principaux agents thérapeutiques qui constituent notre médicament.
Je parlerai d’abord des propriétés physiologiques et médicinales du carbonate de soude , puis de celui du chlorure de sodium ; j’exposerai ensuite l’action combinée de ces deux sels réunis, et enfin les effets qu’ils produisent lorsqu’ils sontüssociés aux iodures et bromures alcalins.
213. On sait que toutes nos humeurs sont naturellement alcalines. Rouelle démontra déjà, en 1776, que l’alcalinité du sang est due à la soude, et les analyses de Berzélius, Marcet, Lecanu, de M. Dumas et d’autres, ont prouvé que le sérum du sang coagulé contient constamment du carbonate de soude. Cette alcalinité est, selon nos physiologistes modernes , une des propriétés qui sont essentielles au sang , pour qu’il puisse servir à l’accomplissement des phénomènes de la vie. Ce rôle physiologique extrêmement important que les alcalins jouent dans l’économie vivante, fait comprendre quelle influence immense ils doivent
avoir sur elle, lorsqu’ils y sont introduits h titre de médicaments, c’est ce que l’expérience thérapeutique a pleinement confirmé.
214. Facilement absorbés, soit par les voies digestives, soit par la peau , ils pénètrent rapidement dans le torrent circulatoire et changent directement la composition de nos humeurs et de tous nos éléments organiques , en augmentant non-seulement l'alcalinité du sang et des autres liquides qui sont déjà naturellement alcalins , mais encore eu alcalisant toutes les sécrétions naturellement acides (a).
215. Ce sont surtout les sécrétions et excrétions qui éprouvent un changement aussi bien qualitatif que quantitatif. Les organes qui ressentent le plus l’inlluence modificatrice des alcalins, sont le tissu cutané, les membranes muqueuses , les organes glanduleux., les organes qui constituent le système lymphatique et absorbant , et principalement les organes urinaires.
216. Il doit nécessairement résulter une modification générale et profonde de tout l’organisme, de l’action des alcalins sur le sang et de l'influence de ce fluide sur les autres éléments organiques, sur les sécrétions et excrétions et toutes les fonctions de nutrition et d’assimilation. De là, et de son action spéciale sur les organes que je, viens d’indiquer, dérivent, sans doute, leurs propriétés altérantes, liquéfiantes, dissolvantes, absorbantes et fondantes; de là aussi résultent leurs effets thérapeutiques sur les sécrétions anormales ou vicieuses et sur les produits morbides sécrétés , sur divers états pathologiques des organes urinaires, du tissu cutané, des membranes muqueuses des voies respii'aloires et digestives, ainsi que leurs vertus antiphlogistiques, antiscrofuleuses et autres. Toutes ces propriétés sont constatées par l’expérience. On sait, par exemple, quel immense parti on tire tous les jours de cette médication par l’usage des sources alcalines contre une foule de maladies* quelles propriétés antiplastiques, résolutives et fondantes les eaux de Vichy possèdent, quelle puissante action spécifique elles exercent sur les appareils glanduleux. On connaît les vertus admirables dont jouissent les sources d’Emsdans des affections chroniques de l’appareil pulmonaire, et particulièrement dans des bronchites et laryngo-trachéites chroniques, ainsi que contre l’enrouement, l’aphonie, etc.
217. Grâce à ces propriétés, les alcalins doivent, dans le traitement des affections diph théri tiques, seconder vigoureusement les préparations iodo-bromurées qui présentent, comme nous le voyons, une si grande analogie avec les premiers dans leur action sur l’économie.
(a) Un seul bain de Vichy peut suffire pour rendre les urines alcalines.
218. 11 est constaté , comme je l’ai dit , que le sang est naturellement alcalin. Le plasma , la partie liquide du sang dans laquelle les globules sanguins sont ternis en suspension pendant la vie , est une dissolution d’albumine, défibriné, de la soude libre, de sels solubles , tels que de carbonates, phosphates et sulfates de soude , de potasse , de chlorure de sodium , etc., et de quelques sels insolubles. Les alcalis s’attaquent aux globules sanguins. L’enveloppe et le noyau des corpuscules rouges se dissolvent entièrement dans la potasse et dans la soude (a). Donc, l’excédant de la juste proportion des alcalis dans le sang , à la suite de l’introduction du carbonate de soude, doit avoir une certaine influence sur ces éléments anatomiques et sur la partie aqueuse du sang, et produire un changement dans la proportion naturelle de ces deux éléments. 11 paraît résulter de ce changement principalement la diminution de la densité, la liquéfaction du fluide sanguin, que les anciens avaient déjà observée à la suite de l’emploi des sels alcalins.
219. Mais indépendamment de la mutation que je viens d’indiquer, le sang paraît encore subir une autre modification non moins importante, à savoir, qu’il semble perdre une partie de sa plasticité et de sa coctgulabilitê.
Il est notoire que la fibrine est la substance qui donne au sang la propriété de se coaguler. Or, c’est précisément à elle que s’adresse surtout l’action chimique des alcalis. Joh. Muller (6), lorsqu’il ajoutait des alcalis à du sang récemment retiré des vaisseaux vivants , trouva qu’ils retardaient ou empêchaient sa coagulation même totalement ; suivant Hamburger (c), les carbonates produisent le même effet. D’autre part, les essais de M. Denis (ci) prouvent qu’on peut obtenir la dissolution de la fibrine coagulée par la digestion avec la .solution des sels à base d’alcali. Suivant MM. Lehmann (e) et Zimmermann (/"), toutes les espèces de fibrine seraient solubles dans le nitrate de potasse et dans la solution des autres sels à base d’alcali.
220. Les alcalis s’attaquent également à l’albumine. Celte substance, qui est déjà naturellement alcaline et qui se trouve à l’état de dissolution non-seulement dans le sérum du sang, mais aussi dans le chyle, la lymphe, et, en général, dans tous les liquides qui remplissent les
(a) Traité de Chimie organ., par Ch. Gehrhardt. — Art. Matières albuminoïdes.
(b) Handbuch der Physiologie, 3° édit., 1833, t. 1, p. 3-24.
(c) Voy. Cours de chim. gêné’., par J. Pelouz.o et E. Fremy, 1S50.
(d) Voy. Traité de chim. organ., par Ch. Gehrhardt ; Matières albuminoïdes.
(e) Lehrbuch der phystol. chimie, 1, 560.
(f) Wochenschrift f. Heilkunde v. Casper, 1843, p. 485.
vaisseaux chez les animaux, se combine avec les bases alcalines et forme avec elles des combinaisons solubles (a). Les alcalis, étendus, empêchent l’albumine d’être coagulée par la chaleur (6).
221. On a compris depuis longtemps quels immenses avantages la thérapeutique pouvait tirer des propriétés que je viens d’exposer, surtout dans les états morbides où il s’agit de combattre dans le sang la prédominance des matériaux solides, plastiques, nutritifs et stimulants, et où il y a nécessité de diminuer la trop grande densité, plasticité et coagulabilité de ce fluide, comme dans la pléthore, dans les affections rhumatismales, arthritiques, phleg musiques, diphthéritiques et autres.
222. Il est connu que depuis longtemps les sels alcalins, et principalement le bicarbonate sodique , ont été employés dans l’angine diphthérique et dans le croup, sous le titre d’altérants , d’antiplastiques et de dissolvants. Les partisans de cette méthode sont de l’opinion que le développement des concrétions diphthéritiques sur les membranes muqueuses, est l’effet d’une maladie primitivement générale, d’une altération spéciale du sang, qui se caractérise par la prédominance dans ce fluide des éléments plastiques et coagulables {étal couenneux ). Par la médication alcaline, l’on espérait dissoudre les fausses membranes déjà existantes. En atténuant la densité, la plasticité et la coagulabilité du sang, on voulait faire cesser l’exsudation fibrino-albumineuseet empêcher la reproduction de nouvelles concrétions.
L’expérience n’a pas réalisé, il faut l’avouer, les grandes espérances qu’on fondait sur cette méthode. Le bicarbonate de soude ne possède pas à la fois toutes les propriétés nécessaires pour combattre à lui seul cette maladie, lorsqu’elle se manifeste avec intensité et. lorsqu’elle revêt son vrai caractère grave et formidable. — Le bicarbonate sodique n’est pas un médicament d’urgence, il n’est pas un moyen assez prompt ni assez héroïque pour vaincre une atteinte si puissante et si foudroyante. D’autre parL, il y a une foule d’observations qui ne laissent pas révoquer en doute son efficacité dans des cas moins graves de cette maladie, et qui lui ont conservé la place secondaire qu’il occupe maintenant dans la thérapeutique des affections diphthéritiques.
223. Les propriétés liquéfiantes, antiplastiqucs et altérantes du bicarbonate de soude étant bien constatées, on peut attendre de ce moyen qu’il amène une modification favorable dans l’état pathologique du sang qui préside , comme on le prétend , au développement des fausses membranes dans les affections diphthéritiques.
(a) Voy. Cours do chitn. gènér par J. Pelouze ei E. Freray, 1850.
(b) Nysien, Diction, de méd.
224. L’action chimique dissolvante du bicarbonate de soude sur la fibrine et l’albumine du sang, et la nature fibrineuse et albumineuse des productions diphlhéritiques, sont généralement reconnues. Il y a lieu, par conséquent, d’espérer un bon effet de l’application topique de ce sel dans ces affections, et déjà bon nombre de faits parlent en faveur de cette méthode. M. Denis (a) avait expérimenté , avec succès, dans un cas de croup, l’insufflation d’un mélange de sels de soude et de potasse avec du chlorure de sodium, dans les canaux respiratoires. M. Marchai de Calvi semble aussi avoir obtenu de bons résultats de l’usage topique du bicarbonate de soude dans l’angine couenneuse. D’après une note que je viens de lire dans la brochure de M. Fiévée de Jeumont (citée plus haut), ce médecin a signalé cette substance comme un agent précieux pour détruire la constitution couenneuse. Les expériences toutes récentes de M. le docteur Gigot de Levroux ( loc . cit.) , viennent confirmer l’efficacité de cette méthode. Ce praticien , après avoir vérifié par des essais l’action chimique du bicarbonate sodique sur des couennes retirées de la gorge des malades (b), a employé ce sel dans 83 cas d'angine diphthérique sur la muqueuse pharyngienne, au moyen d’insufflations , de gargarismes et d'un pinceau préalablement mouillé et roulé dans le nicarbonate; il compte 70 succès dans ce nombre.
225. D’après ce que je viens d’exposer, on peut donc conclure que le bicarbonate de soude, d’abord comme modificateurpuissant de la diathèse couenneuse et par son action topique dissolvante sur les pseudo-membranes, puis par son action sur les membranes muqueuses en général, et, en particulier, sur celles du pharynx et des voies aériennes, et enfin, grâce à ses vertus résolutives et fondantes contre les engorgements des ganglions lymphatiques et des organes glanduleux, que ce moyen, dis-je, employé à l’intérieur et à l’extérieur, concurremment avec d’autres médicaments plus énergiques, peut, sous le titre d’adjuvant, rendre d’excellents services dans les affections diphthéritiques.
(а) Donis, Essai sur l’application de la chimie , p. 545. — Paris, 1838.
(б) « Ayant fait, dit ce médecin, dos solutions les plus concentrées possibles do sel commun, de nitrate do potasse ot de bicarbonato de soude, jo plaçai dans ces solutions trois portions égales d’une môme couenne retirée de la gorge d’un malade , et je vis qu’au bout d’une heure environ, les fragments placés dans les dissolutions de bicarbonate de soude et de nitrate de potasse étaient transformés en une matière molle, gluanto et d un aspect albumineux. Au fur et à mesuro que cette transformation s’opérait ’ on voyait se détacher de la couenne do petits flocons légers , qui s'élevaient jusqu’à la surrace du liquide. Le sel marin produisit lo môme eflet, mais beaucoup plus lentement que les sels précédents. Cette expérience, répétée à plusieurs reprises , m’a toujours lourni i des résultats identiques , môme sur des couennes conservées pendant trois mois dans i alcool— Cos expériences me conduisirent à omploycr le bicarbonate sodique en applications extérieures, comme exerçant une modiflcaiion puissante sur les produits pseudo-mombranoux ot probablement aussi sur la muqueuse. »
226. Avant de passer à un autre sujet, je dois ajouter quelques mots pour aller au-devant des objections qui pourraient être laites. M. Trousseau nie Futilité des alcalis , comme liquéfiants et antiplastiques dans le traitement de ces affections. Dans une de ses leçons cliniques sur les angines (loc. cit .), le célèbre professeur enseigne que, dans l’angine maligne proprement dite, les malades meurent avec toutes les apparencesde l’anémie. Il paraît tirer de ce phénomène la conclusion qu’en général le sang est déjà diffluent dans les affections diphthéritiques, et il repousse dès lors l’usage des altérants, et, en particulier, celui du bicarbonate de soude. J’ai eu souvent l’occasion d’observer des symptômes hydropiques, tels que l’oédème de la face, des mains et des pieds, dans les affections diphthéritiques, mais toujours pendant la convalescence ou à la fin de la maladie ; mais jamais je ne les ai vus se produire à son début ou dans ses premières périodes. J’ai considéré ces accidents comme un effet de la médication que j’ai employée, car ils s’améliorèrent ou disparurent presque immédiatement , lorsque je fis suspendre l’emploi de la teinture et de l’eau d’Adélaïde.
227. Quoiqu’il en soit , l’état anémique que M. Trousseau a observé à la fin de l’angine maligne, ne semble pas avoir la signification que ce^ observateur lui attribue. Il n’existe pas primitivement, il n’est pas essentiel à la diphthérite, mais il peut survenir, il paraît, consécutivement, comme un des effets accidentels de cette grave maladie, ainsi qu’on l’observe parfois après des saignées et des hémorrhagies abondantes, dans des fièvres intermittentes prolongées, dans la syphilis constitutionnelle et dans la cachexie saturnine. Il semble résulter de la perte considérable et rapide des parties solides , telles que la fibrine et l’albumine, que le sang éprouve dans la diphthérite, par l’exsudation de ces substances sur les surfaces muqueuses affectées. — Dans l’angine diphthérique maligne , la manifestation des phénomènes anémiques s’explique encore plus aisément, si l’on considère que dans la dernière période de cette affection surviennent communément de graves accidents adynamiques, et que la diminution de proportion dans la fibrine du sang, l’état diffluent de ce fluide, coïncident constamment avec l’apparition de ces symptômes danslecours debcaucoup d’autres maladies (Andral)(a).
(o) M. le docteur Gigot dit à co sujet (mémoire cité, p. 10) : « J’ai reconnu que l'anéinie dans laquelle tombaient souvent les malades ne se manifestait qu’à une époquo plus ou moins reculée du début de la maladie, après le développement des pseudo-membranes , et que les modiRcations de la craso du sang étaient en rapport avec la quantité et l’étendue des productions diphthéritiques formées d’albumine et de fibrine, la durée de la maladie, la gène de la respiration et de la déglutition, etc., etc. b
A l’appui de l’opinion , généralement admise , qu’il existe dans la diplithérite un état couenneux du sang, je prends encore le témoignage de M. Roche, auteur de l’article : Angine couenneuse , du Dictionnaire deméd. et de chir. pratique. M. Roche, en examinant le sang retiré d’une des veines du bras d’une femme qui était atteinte d’angine pseudomembraneuse, trouva une couenne très-épaisse à la surface du caillot, et cependant il n’y avait chez cette femme aucune complication ni même des signes très-prononcés de pléthora.
Jetons maintenant un coup-d’œil rapide sur l’action du chlorure de sodium.
228. Comme j’ai fait remarquer plus haut, le chlorure de sodium est, ainsi que le carbonate de soude, un des principaux constituants du liquor sanguinis , dans lequel il se trouve en grande quantité. Cette substance joue aussi un rôle important dans l’économie. Facilement absorbée, elle pénètre rapidement dans le sang, d’où elle est excrétée par les voies urinaires. Son activité est principalement dirigée sur les organes glandideux , sur les ganglions et vaisseaux lymphatiques et sur les membranes muqueuses. De là surtout dérivent ses propriétés résolutives et fondantes dans les engorgements des tissus glanduleux et des ganglions lymphatiques, ainsi que ses vertus thérapeutiques dans des affections des membranes muqueuses , en général, et, en particulier, des muqueuses des voies respiratoires et digestives.
229. Entrant, comme un des constituants indispensables dans la composition du sang, il n’est pas à douter que son ingestion dans l’économie ne doive , dans des proportions plus fortes qu’à l’ordinaire, produire un changement dans la crase de ce liquide. Selon les expériences de M. Hamburger (a) , le chlorose de sodium, administré en solution concentrée ou étendue , rend le sang plus lluide , en le décolorant en même temps ; et d’après les essais de M. Hunefeld (b), cette substance dissout les corpuscules sanguins jusqu’à leurs noyaux. — M. Denis avait déjà signalé les propriétés altérantes du sel marin dans le croup (loc. cit .), et M. le docteur Gigot de Levroux a confirmé, par ses essais, l’action chimique dissolvante qu’il exerce sur les fausses membranes, lorsqu’elles sont mises en contact avec ce sel (loc. cit.)
230. J,e chlorose de sodium peut donc être considéré comme un modificateur puissant et profond de la constitution couenneuse du sang, des membranes muqueuses de l’arbre respiratoire et de leurs sécrétions,
(а) Experiraentorum circa sanguinis coagulationem specimen primum, Berlin 1S39
(б) Dur chemismus in der thiorisrhon organisation, I eipzig . 1840.
ainsi que des ganglions lymphathiques et des organes glanduleux. Grâce h ces propriétés, il peut être rangé à côté du bicarbonate de soude et des autres agents thérapeutiques qui entrent dans la composition de l’eau d Adélaïde , et il doit être d’une grande utilité comme auxiliaire de ces médicaments. Le sel marin, il est vrai , a été jusqu’ici peu employé isolément à l’intérieur dans la thérapeutique; mais qui est-ce qui ne connaît pas. l’usage énorme qu’on en fait journellement, et les avantages immenses qu’on en retire, en prescrivant les sources salines chlorurées, qui renferment, comme les eaux de Wiesbaden, de Soden , de Hombourg, etc., des quantités considérables de ce sel? On sait aussi que la valeur thérapeutique des sources salines chlorurées augmente considérablement à mesure qu’elles contiennent du carbonate de soude, et que leur efficacité acquiert le plus haut degré, lorsqu’elles renferment en même temps , comme l’eau d’Adélaïde , d’assez notables proportions de bromure et d’iodure, deux composés qui paraissent émaner du même foyer et qui se trouvent toujours ensemble dans les eaux minérales.
J’exposerai maintenant les effets que l’eau d’Adélaïde artificielle et la teinture d’iode iodo-bromurée ont produits dans les diverses affections diphthéritiques contre lesquelles j’ai employé ces moyens.
231. Angine diphthérique. — Dans cette maladie, notre médication n’a jamais échoué. Employée dès le commencement de la maladie, elle l’a promptement fait disparaître en peu de jours.— Dans l’immense majorité de cas, la teinture et l’eau d’Adélaïde étaient les seuls remèdes employés ; j’ai eu rarement recours en même temps à d’autres moyens, tels que les vomitifs, les émissions sanguines, etc. La cautérisation fut pratiquée dans quelques cas seulement pour l’expérience, et elle semblait plutôt entraver que favoriser l’effet de la médication principale. Plusieurs fois l’application de la teinture d’iode iodo-bromurée sur le cou, constituait tout ou presque tout le traitement. Nous avons vu quel effet produisit ce moyen nonseulement sur l'engorgement ganglionnaire, mais aussi sur la tuméfaction des amygdales et sur les pseudo-membranes qui les tapissaient, lorsqu’il a été employé la première fois contre l’angine coucnneuse. ( Voy . obs. 111, 289-295). Dans tout le cours de l’épidémie , ce médicament a constamment prouvé son efficacité, soit qu’il fût employé seul ou concurremment avec l’eau d’Adélaïde (303, 335, 353, 357, 380, 388, 389, 395). Si la teinture seule se montrait si efficace, l’on conçoit quelle puissante action thérapeutique devait produire l’emploi simultané de ces deux médicaments énergiques.
232. Un de leurs premiers effets locaux fut le ramollissement et la diminution de la tumeur ganglionnaire du cou et l’amendement des
symptômes angineux. Sous leur influence, l’on vit la tuméfaction et la rougeur phlegmasique des amygdales et des autres parties affectées , la douleur à la gorge, la dysphagie, la difficulté de la respiration s’amoindrir et les fausses membranes du gosier se circonscrire (304, 359, 362, 402, 418, 450, 463, 468, 478). Bientôt et souvent en même temps, les muqueuses phlogosées de l’arrière-bouche et du pharynx s’humectaient (294, 299, 304, 398, 414) et la sécrétion de la muqueuse buccale et des glandes salivaires augmentaient (300, 307, 320, 349, 411, 450, 458, 459, 468, 471). Il survenait aussi un écoulement séreux des narines, ou, s’il existait au début de la maladie , il devenait plus copieux (300, 320, 403, 418, 468). Assez souvent aussi les malades accusaient un chatouillement au larynx , qui était suivi de rejection de quelques crachats muqueux.
233. Lorsque l’eau d’Adélaïde fut prise à des doses plus élevées, ou lorsque les malades étaient plus impressionnables, les sécrétions des organes que je viens d’indiquer s’accrurent d’une manière excessive. 11 s’établissait alors un véritable flux muqueux et salivaire qui inondait les cavités buccale , gutturale et nasale , ainsi qu’une expectoration considérable de mucosités (418). Dans ces cas, l’action du remède s’étendait fréquemment sur les conjonctives et les glandes lacrymales, en provoquant une épiphora et une sécrétion abondante sur la muqueuse conjonctivale ( 307, 349, 400, 403, 468, 474).
234. Le travail de l’exfoliation ou de la résorption des pseudo-membranes commençait ordinairement à cette époque. Le premier de ces procédés avait communément lieu lorsque les plaques étaient épaisses et d’une grande étendue, le dernier, lorsqu’elles étaient minces et peu étendues. Dans le premier cas, elles se limitaient et se rapetissaient rapidement, en se rétractant sur elles-mêmes; elles se décollaient à leur périphérie et tombaient enfin en partie ou entièrement (300, 305, 319, 366, 367, 368, 380, 382, 478, 480). Ce travail était souvent favorisé par les humeurs qui, sécrétées en abondance dans les cavités gutturale, buccale et nasale, soulevaient les fausses membranes et facilitaient leur déglutition ou leur expulsion (306, 4M). Quelquefois elles semblaient subir une sorte de ramollissement, elles formaient alors une masse pultacée, qui se détachait morceau par morceau jusqu’à ce que tout avait disparu (320, 322). Après la chute des concrétions, il restait parfois une légère exsudation, sous forme d’un liséré linéaire, sur les bords extrêmes des piliers, des amygdales, de la luette ou du voile du palais, qui adhciait fortement à la muqueuse et qui fut peu à peu résorbé (323, 327 330, 344, 344, 346, 349, 469, 481).
235. J’ai dit qu’un autre mode de guérison était la résorption des fausses membranes. Dans ces cas, les plaques, en se rapetissant de leurs bords vers leur centre, et en s’amincissant en même temps, diminuaient successivement jusqu’à leur complète disparition. Lorsqu’elles étaient d’une couleur sale, elles commençaient à gagner un meilleur aspect. Les couennes, d’une couleur foncée, prenaient une teinte plus claire; celles qui étaient jaunes, pâlissaient et devenaient d’un jaune paille ou blanches; les pseudo-membranes qui étaient luisantes, perdaient leur poli et leur éclat. En s’amincissant, les plaques devenaient souvent, avant leurenticre résorption, transparentes comme une toile d’araignée, laissant apercevoir au-dessous d’elles la muqueuse rougie. Il arrivait cependant , lorsque l’exsudation s’étendait au bord des tonsilles , de la luette ou du voile du palais, qu’elle résistait sur ces points plus longtemps q u’ailleurs, sous la forme que j’ai indiquée plus haut, c’est-à-dire d’une ligne extrêmement fine, comme tracée avec un pinceau, d'une teinte grisâtre, jaune paille ou blanche, et d’une pureté remarquable (292, 295,323,341,359,362, 402, 405, 406, 407, 409, 414, 421, 423, 463, 468).
236. Pendant que cette mutation des pseudo-membranes avait lieu, la muqueuse affectée subissait aussi une modification notable: en perdant sa coloration foncée ou violacée, elle reprenait successivement sa teinte rose naturelle. De plus, lorsqu’elle était totalement dégagée, elle présentait une rougeur d’une pureté et d’une fraîcheur tellement parfaites, qu’on ne les voit même pas dans son état le plus normal. Ce phénomène fournit une nouvelle preuve de la puissante action modificatrice et détergente de notre médication sur les membranes muqueuses (295, 366, 386, 402, 407).
237. La nouvelle médication exerçait le même effet modificateur sur la sécrétion morbide des muqueuses affectées , des cavités gutturales et nasale : l’humeur sécrétée sur ces parties était souvent piiriforme et sanieuse, d’une couleur grise, brunâtre, jaune et sale ; elle changeait de nature sur la fin de la maladie, en reprenant son caractère de mucus normal ; les mucosités sécrétées en abondance se montraient aussi d’une pureté et d’une limpidité remarquables. Les exhalaisons de la bouche, et des narines perdaient en même temps leur odeur nauséabonde et fétide.
238. Lorsque la maladie restait confinée aux fosses gutturales et nasales, et lorsque l’angine ne sccompliquaitpas d’aucune autre affection, la fièvre commençait à décroître avec l’amendement des symptômes phlegmasiques locaux, le plus souvent dès le troisième, parfois déjà dès le deuxième jour. La réaction fébrile cessait complètement avec la chute des pseudomembranes.
239 Parmi les effets généraux qui se produisirent sous l’influence de notre médication , il y en a quelques-uns qui ne doivent pas être passés sous silence. J’ai remarqué comme un effet constant, que, lorsque l’amendement des symptômes inflammatoires permettait 1 administration de l’eau d’Adélaïde à des doses un peu élevées, il se développait une activité surprenante, non-seulement dans les fonctions sécrétoires des organes que je viens d’indiquer, mais aussi dans celles d’autres organes importants de l’économie. Après que nos deux médicaments eurent commencé h manifester leur action sur les membranes muqueuses principalement intéressées, ainsi que sur le système salivaire, l’on voyait la peau s’animer, s’humecter et se couvrir de sueur ; les urines étaient excrétées en grande abondance ; la langue devenait humide et se débarrassait de l’enduit épais et pâteux qui la couvrait souvent; enfin, des évacuations alvines fréquentes , liquides et fétides , et l’expulsion de nombreuses pellicules d iph th éri tiques annonçaient que l’action de l’eau minérale s’était portée sur les voies digestives (299, 300, 305, 319, 320, 325, 349, 355, 362, 386, 391, 398, 400, 403, 411, 413, 414, 423, 433, 450, 452, 453, 468, 471, 474, 483).
240. Croup. — Pendant l’épidémie que je viens de relater, la nouvelle méthode a été mise en pratique dans 72 cas de croup ou d’angine croupale. Sur ces 72 cas , je compte 50 guérisons et 22 insuccès. La trachéotomie n’a été pratiquée qu’une seule fois, mais sans succès : le malade succomba quelques heures après l’opération. Parmi les autres cas qui eurent une issue funeste, il y en a 9 où je ne fus appelé que dans la deuxième période de la maladie ; dans 3 cas, mes soins ne furent réclamés que dans la troisième période du croup; chez 3 autres malades, tout avait déjà fait espérer une terminaison heureuse, lorsque le succès fut compromis par un refroidissement subit. Parmi ceux qui succombèrent, il y avait deux adultes. L’un, fondeur en cuivre, était atteint de phthisie pulmonaire à une période déjà avancée , lorsqu’il fut pris du croup (laryngo-trachéal). Ce malade, après avoir rendu des quantités énormes de fausses membranes, et après que tous les phénomènes de l’affection croupale eurent disparu, mourut avec les symptômes ordinaires de la phthisie pulmonaire arrivée à son terme fatal. L’autre était une femme d’une constitution délicate, qui était à peine relevée de couches, lorsqu’elle fut atteinte d’une grippe extrêmement intense, qui se compliqua vers sa fin d’une angine diphthérique croupale. Nonobstant une amélioration notable qui inspirait l’espoir d’une issue heureuse, la malade, ne pouvant résister à tant de causes débilitantes et destructives, périt subitement. — La plupart des malades, chez lesquels le nouveau traitement fut employé dans la première
et au commencement de la deuxième période, furent sauvés. Le traitement a presque toujours échoué quand il n’a été institué que dans la troisième période delà maladie, c’est-à-dire lorsque les fausses membranes avaient acquis déjà une trop grande solidité et une trop forte épaisseur pour pouvoir être expulsées, et lorsque les forces des malades étaient trop épuisées; une réaction favorable sur les agents thérapeutiques qui composent le traitement, se faisait alors le plus souvent attendre vainement. Ordinairement, dans cette forme de diphthérite, la préparation la plus forte de l’eau d’Adélaïde fut administrée, et l’application de la teinture fut réitérée à des intervalles plus courts que dans l’angine diphthérique. Par conséquent, ces médicaments devaient être également d’une plus grande énergie.
241. Les effets les plus remarquables et les plus importants qu’ils provoquèrent généralement, et sur lesquels il faut insister, étaient: l’augmentation et la modification de sécrétion de la muqueuse des voies aériennes, l’expectoration de produits diphthériliques avec les mucosités et les autres matières abondamment sécrétées, et, par suite, la transformation de la toux croupale en une toux humide et catarrhale, ainsi que l’amendement successif des lésions fonctionnelles de la respiration et de la phonation.
242. Les matières rejetées par expectoration et par expuition , dont la quantité était souvent considérable. (413, 459,472, 474), offraient des propriétés physiques et chimiques particulières, digues d’être signalées. Recueillies dans un vase, elles présentaient, en général, un aspect albumineux ; elles formaient une masse épaisse, demi-solide, pesante, filante, visqueuse, de couleur et transparence vitreuses, d’une cohérence et d’une ténacité peu communes. En ajoutant de l’eau fraîche à ces matières, un mélange n’avait lieu que lorsqu’on agitait fortement le vase. Elles étaient insolubles dans l’eau chaude ; l’action de cette dernière augmentait plutôt leur densité et leur coagulabilité (366, 404, 413, 451, 472). Ces matières eurent une réaction très-alcaline. Evaporées dans le vide à siccité , 100 parties ont donné 9,150 de résidu, qui était friable, demi-transparent et d’une couleur grise. — L’éther enlevait sur le résidu 0,205 parties d’un corps gras. Le reste était composé d’albumine, de mucus , de gélatine, de ptyaline(a) et de sels, tels que chlorure de sodium, soude, potasse cl iodurc de potassium (h).
[à] Il esl à remarquer que les matières expectorées étaient plus ou moins mêlées à do la salive cl à du mucus buccal.
[b) Lu présence do ce sol dans les matières rejctôos est uno prouve do plu; de son passage dans les fluides sécrétés.
Deux choses au moins résultent de ces essais : 1° ces matières diffèrent essentiellement, dans leur composition chimique , du mucus animal en général, et spécialement du mucus sécrété à l’état sain parla muqueuse de la bouche et des voies aériennes. D’après les expériences de Fourcroy et de Vauquelin , celui-ci ne renferme ni albumine , ni gélatine, et s’il contient de la première de ces substances, ce n’est qu’en très-petite quantité et accidentellement ; quant à la salive qui se trouva mêlée aux matières rejetées , ce fluide ne renferme pas de gélatine, et, d’après les analyses de Simon et de Wright, s’il contient de l’albumine, ce n’est que dans des proportions très-minimes. Selon les analyses de Berzélius et Mitscherlich , il n’en contient pas du tout. — 2° Ces matières présentent des propriétés physico-chimiques qui ont une grande analogie avec celle des produits de l’exsudation diphthéritique. Leur densité et leur coagulabilité augmentaient par l’action de l’eau chaude ; l’alcool y produisit le même effet, comme j’en ai fait l’expérience. Elles présentaient aussi une grande cohérence , ténacité , élasticité et viscosité. De plus , elles contenaient de l’albumine comme les fausses membranes, seulement dans un état de solidification moins avancé, dans un état demi-concrété. Ajoutons en dernier lieu que, selon Jurine, les concrétions diphthéritiqu es ne contiennent pas seulement de l’albumine et de la fibrine , mais qu’elles renferment aussi de la gélatine (ci).
243. Les matières expulsées, dont il est question, ne conservaient pas invariablement pendant le traitement les mêmes caractères physiques que je viens d’exposer. Après un espace plus ou moins long, elles devenaient ordinairement moins épaisses , moins tenaces , plus claires et transparentes , tout en reprenant peu «à peu les caractères du mucus normal. En d’autres occasions, elles offrirent l’aspect de mucosités puriformes, en devenant opaques, d’une teinte jaune ou blanc-jaunâtre (367, 432, 459, 463, 474). Assez fréquemment les malades rejetaient alternativement des matières tout-h-fait différentes, lesquelles se montraient tantôt de la nature albumineuse que je viens de décrire , et tantôt sous forme de crachats arrondis, de couleur jaune ou verdâtre (404, 409,416). En plusieurs cas, ces derniers étaient sanguinolents, surtout lorsqu’ils contenaient des débris de pseudo-membranes (368, 452, 453).
244. Les productions pelliculaircs qui ont été expulsées dans le croup
a, Royor-Colard dit, dans son Article sur le Croup (Dicl. des sciences mcd.l , que " les matières visqueuses liquides, » qui sont rejetées dans le ctoup par l’expoctoratmn, ou qui se trouvent dons les bronches après la mort , présentent des caractères analogues aux fausses membranes croupales , quelles sont composées comme celles-ci d albumine , et qu il existe une gronde différence entre elles et entre le mucus sécrété h l elat sam par la mucineuse trachéale.
avec ces matières ou isolément, se montraient très-différentes , quant à leur forme, dimension, épaisseur, consistance, etc. J’en ai parlé dans une autre occasion ( [voy . 154), ce serait donc trop que d’y revenir.
Angine diphthèrique maligne. La nouvelle médication a été employée dans 9 cas de cette formidable maladie; sur ce nombre, on compte 5 guérisons et 4 morts.
245. Effets locaux. — Nous avons vu (3 03, 306, 312, 319-326, 337- 343, 395), avec quelle rapidité la résolution de l’énorme engorgement du cou, un des symptômes les plus graves de cette maladie, a été obtenue par l’application de la teinture d’iode bromo-iodurée. Employé concurremment avec l’eau d’Adélaïde, ce moyen détermina ordinairement et avec la même promptitude la résolution de la phlegmasie pharyngo-tonsillaireet la disparition des autres symptômes locaux. Du reste, les phénomènes que ces agents produisaient sur les organes primitivement affectés, et les changements qu’ils amenaient dans l’état des productions exsudées, ne diffèrent pas essentiellement de ceux que nous avons observés dans l’angine diphthèrique simple (231-238).
246. Effets généraux. — Ce sont plutôt les modifications importantes que la nouvelle médication apportait la plupart du temps dans l’état général des malades atteints de celte terrible affection , qui sont dignes d’intérêt. C’est avant tout l'état typhoïde et adynamique, accompagnant l’angine maligne, qui fut modifié de la manière la plus avantageuse.
Dans cette maladie, il arrive, on le sait, une période où des symptômes graves, tels qu’un sommeil léthargique, l’anéantissement complet des forces, le refroidissement des extrémités, la pâleur extrême de la face, le ralentissement de la respiration et de la circulation , indiquent le plus grand danger, et où la vie semble s’éteindre peu à peu. C’est dans cette situation, où tous les moyens employésjusqu’ici se montrèrent impuissans, que la nouvelle méthode fut souvent couronnée de succès. Sous son influence, l’on vit dans ces moments critiques la circulation et la respiration se ranimer, les extrémités se réchauffer, la figure reprendre des couleurs et le malade revenir à lui. L’état de stupeur fit peu à peu place à une légère agitation générale ; les pouls et les forces se relevèrent, les traits et les regards du patient s’animèrent visiblement, les fluides, en se dirigeant du centre vers la périphère du corps, mirent la peau dans un état de turgescence, et bientôt toute la surface cutanée se couvrit de sueurs chaudes. En même temps, d’autres fonctions sécrétoires parurent avoir reçu une nouvelle impulsion, comme celle des reins et du tube digestif; les urines coulèrent abondamment, la langue s’humecta, se débarrassa de ses fuliginosités et se nettoya entièrement ; les selles
devinrent liquides, plus fréquentes et se chargèrent d’une multitude de pellicules brunâtres ou noires , en état de putréfaction. — Puisqu’il en a déjà été question, je ne parlerai qu’en passant de l’activité croissante des sécrétions des surfaces muqueuses affectées ou non de diphthérite , du travail détersif et éliminatoire qui se fit remarquer sur ces organes et sur d’autres points du corps, de l’amélioration de nature des humeurs sécrétées, de la cessation successive de leur fétidité, etc., etc. (304, 305, 309-312, 319-333, 337-335, 395-400). C’est dans cette maladie surtout, que l’eau d’Adélaïde a mis au jour la toute-puissance, l’étendue immense, l’énergie et la rapidité de son action. Elle y a prouvé qu’elle n’est pas seulement un moyen d’urgence , un remède héroïque, mais qu’elle agit profondément sur l’économie toute entière. On peut dire de l’eau d’Adélaïde, et assurément encore avec plus de droit, ce que le docteur James (a) dit si bien de certaines sources minérales : « Le principe minéralisateur, en pénétrant dans l’organisme, provoque une excitation générale et profonde, il heurte à toutes les portes, met en mouvement toutes les humeurs, remue toutes les fibres, et détermine un travail interstitiel et dépuratif cpii aboutit au dehors par une sorte d’ébullition. »
247. Diphthérite buccale. — Malgré la ténacité de cette affection, elle céda constamment au nouveau traitement que je lui opposai. Un seul enfant succomba ; chez cet enfant la diphthérite s’était propagée du pharynx à la bouche, et la constitution du malade extrêmement débile n’avait, inspiré aucun espoir de salut.
L’application de la teinture sur le cou provoqua un puissant effet, nonseulement sur les ganglions lymphatiques du cou, constamment tuméfiés dans cette espèce de diphthérite, mais aussi sur toute la membrane muqueuse qui revct la cavité buccale, et sur tout le système des glandes salivaires, en déterminant , d’un côté, le désenfiement de l’engorgement extérieur, et, d’un autre côté, en stimulant la fonction sécrétoire des organes que je viens de nommer. Par le concours de l'eau d’Adélaïde, l’activité de ces organes s’accrut bientôt considérablement ; elle atteignit souvent un tel degré, qu’il s’établissait un véritable (lux mucoso-salivaire qui inondait de toutes parts la cavité buccale. Ces effets physiologiques de la médication , qu’on pouvait augmenter ou diminuer au besoin , en élevant ou diminuant les doses, expliquent aisément, en grande partie au moins, son action thérapeutique locale. Il était facile à voir, comme l’humeur sécrétée en abondance par la muqueuse buccale, en s’interposant entre, celle-ci et les fausses membranes qui la tapissaient, et en soulevant
[a) Guide pratique du médecin e> du malade aux eaux minérales et aux bains de mer.
les dernières, facilitait leur séparation réciproque. On conçoit en outre que les salives et les matières muqueuses , affluant de tous les côtés cl s’imbibant dans les pseudo-membranes , devaient favoriser leur ramollissement, leur décollement, leur chiite complète et leur expulsion.
248. Les couennes tombées furent parfois remplacées par d’autres, plus minces et plus petites ; mais celles-ci disparurent de la même manière que les précédentes, sans aucune nouvelle production. La guérison des concrétions ne s’effectua cependant pas toujours et partout par le même procédé. J’observais souvent et particulièrement sur les gencives et sur la langue, qu’après la chûte d’une portion des pseudo-membranes , le reste disparaissait peu à peu par résorption (436-449, 466, 487-489).
249. Diphthérite cutanée. — L’eau d’Adélaïde, employée contre la diphthérite des téguments externes , sans le concours d’aucun moyen topique, eut constamment le meilleur succès ; ce qui prouve de nouveau son action profonde sur la totalité de l’organisme, et ses propriétés spécifiques contre la diphthérite, en d’autres termes, ses vertus véritable, ment antidiphthéritiques. Chaque fois que ce médicament a pu être administré avec persévérance, il a exercé une modification puissante et manifeste sur les excoriations couenneuses qui apparurent consécutivement à la diphthérite angineuse et croupale, comme manifestations certaines de l’extension générale du mal et de l’infection de l’économie toute entière. A la suite de son usage, la surface excoriée ou ulcérée, la couenne qui les tapissait et la matière puriforme et sordide qui la baignait, prirent d’abord un meilleur aspect; l’exsudation concrète, en se rapetissant et en s’amoindrissant peu à peu , perdait en largeur et en épaisseur ; elle fut enfin entièrement résorbée. A mesure que la plaque diminuait, l’excoriation se rapetissait également. Souvent la guérison de cette dernière n’a été obtenue que quelques jours après la disparition de la première. Dans ces cas, on put observer comme la sérosité ou la mucosité qu’elle sécrétait, preuait de jour en jour un aspect plus clair et plus pur, jusqu’à ce que la sécrétion tarit complètement et que la surface dénudée se couvrit d’un nouvel épiderme (478-485).