TRAITEMENT DE L’ANGINE DIPHTHÉRIQUE MALIGNE
264. Chez deux ou trois malades , des signes d’une forte congestion céphalique, avec une réaction fébrile très-vive, se manifestèrent au début de la maladie. Jeme vis, en ces cas, dans la nécessité d’appliquer plusieurs sangsues aux apophyses mastoïdiennes et de commencer le traitement par l’administration de l’eau alcalino-muriatique. Cependant, mes premiers soins furent généralement de combattre l’énorme engorgement ganglionnaire du cou, ainsi que la tuméfaction considérable des amygdales qui se présentait ordinairement simultanément avec le premier de ces accidents au commencement de la maladie. Je fis faire alors des applications fréquemment réitérées de la teinture d’iode iodo-bromurée, sur toute l’étendue de la tumeur ganglionnaire.
265. Aussitôt que les symptômes de la congestion cérébrale et de la fièvre furent calmés, je fis prendre l’eau d’Adélaïde. La préparation n° II suffisait, dans la majorité des cas, pour obtenir une modification salutaire dans l’état local et général du malade, pour arrêter la marche de la maladie, en un mot, pour enrayer tous les symptômes diphthéritiques , typhoïdes (a) et adynamiques. J’ai dû recourir h la préparation la plus
(a) Les effets évidemment avantageux que l'eau d’Adélaïde produisit dans l’angine maligne sur l’état typhoïde, l’actiou puissante que ce médicament exerçait constamment sur la muqueuse intestinale , son action résolutive et moditlcalrice sur le syslèmo glanduleux en général , qui ne permet pas de douter qu’il n’exerce la môme influence sur les follicules intestinaux et sur les glandes mésentériques, ses propriétés stimulantes, enfin ses vertus antiseptiques , désinfectantes et éliminatoires , mo suggérèrent l’idée d’essayer l’eau d'Adélaïde dans la /lèvre typhoïde , d forme muqueuse ou d forme adynamique. Lorsque l’étal saburral était dissipé et que la flôvro s’était amendée, lorsque la chaleur do la peau était peu élevée, le pouls ralenti, et la faiblesse devenue plus considérable, je prescrivis l’eau d’Adélaïde (n° 111), en supprimant, toutefois, un des élômonts qui la composent , le bromure do potassium. Je puis ajouter que je ne m’étais pas trompé dans mes prévisions. Cette méthode m’a parfaitement réussi en quatre cas de fièvre typhoïde bien constatés , qui so présentèrent pendant et bienlél après l’épidémie d’angine diphthériquo que jo viens do décrire. Celle eau minérale semble ôtro le meilleur moyen pour ranimer les forces vitales, si profondément prostrées dans celle maladie. Elle produisit d’abord une légère excitation générale qui se traduisait principalement par la turgescence , l’élévation de la température et par la rougeur de la peau, par lo réveil du malado do sou étal somnolent ou léthargique, par 1 animation de sos traits et do ses regards et par lo relèvement du pouls. Sous l’inQuencc de co remède , il s établit une transpiration générale , l’enduit brun ou noir dos lèvres,
énergique de ce médicament deux ou trois fois seulement, quand la maladie entrait rapidement dans sa période adynamique , et quand le malade tombait subitement dans une prostration extrême des forces. Cette même préparation fut continuée jusqu’à ce qu’elle eût produit sur l’économie les puissants effets que j’ai déjà signalés, et jusqu’à ce que les symptômes généraux et locaux les plus menaçants fussent conjurés. Alors, cette préparation fut remplacée , selon les circonstances, par une moins active (n° II ou III).
266. La faiblesse persistait chez quelques malades , à la fin de cette période, et après l’amendement ou la disparition des accidents les plus graves , elle fut même telle que les malades avaient à peine la force de rejeter les matières sécrétées en abondance par l’effet de l’eau d’Adélaïde dans les canaux aériens et dans les cavités gutturales. Cet état exigeait momentanément l’emploi d’une médication excitante, énergique, et en même temps expectorante. Je discontinuai dans ces cas l’eau minérale et je prescrivis la teinture de musc, additionnée de la liqueur ammoniacale anisée et du sirop de beaume de tolu.
267. Lorsque les phénomènes diphthéri tiques avaient complètement disparu , la médication tonique fut instituée ; entre les médicaments de cette classe , l’extrait de quinquina moux occupait le premier rang ; il était d’une grande utilité.
268. Il conviendrait, je pense, d’asseoir la thérapeutique sur les bases que je viens d’indiquer, si l’on avait affaire à une angine diphthèrique compliquée de gangrène.
TRAITEMENT DE LA STOMATITE DIPHTHÈRIQUE.
269. Chez la plupart des malades qui étaient atteints de cette affection et que j’ai eu à traiter, il se présentait au début des signes très-prononcés d’un état saburral, avec rougeur de la face et un violent mal de tète, symptômes qui se dissipaient ordinairement à la suite de l’administration de quelques purgatifs salins, de l’application de compresses froides sur le front et de pédiluves sinapisés. Après la cessation de ces accidents et la mitigation de la réaction fébrile, qui se montrait quelquefois assez \i\e, j’eus recours à l’eau d’Adélaïde, qui fut continuée conjointement avec les frictions iodées bromurées jusqu’à la guérison parfaite. La préparation n° Il de l’eau d’Adélaïde suffisait généralement pour déterminer et pour
des dénis ol do la langue disparaissait peu à peu ; celle dernière devint humide le* selles se modiilôrent sensiblement , en devenant bilieuses et en perdant de leur fétidité. En même temps il se manifesta un amendement des colique» , du météorisme et des aulre3 symptômes abdominaux.
entretenir une salivation et une augmentation modérée de la sécrétion de la muqueuse buccale, effets indispensables pour dégager cette membrane des pseudo-membranes qui la tapissaient, et pour empêcher leur reproduction.
270. Dans quelques cas rebelles, il restait, après la disparition de tous les autres symptômes diphthéritiques, au bord alvéolo-dentaire des gencives , une exsudation légère , formant un liseré linéaire ou un léger décollement des gencives, phénomènes qui réclamèrent l’emploi topique des astringents, ainsi que de l’alun ou des teintures de ratanhia, de kino, de catechu.
271. La médication que je viens d’exposer me procura de si bons résultats que je ne fis aucun essai du chlorate dépotasse. Ce médicament, qui a été employé avec beaucoup de succès par MM. West , Blache, Trousseau , Barthez , Bergeron , Frémy, Isambert et autres , contre la stomatite ulcéro-membraneuse , n’a pas eu la même efficacité contre la pharyngite couenneuse, l’angine maligne et le croup ; il a échoué, surtout contre ces deux dernières affections, à la plupart des médecins qui l’ont expérimenté dans ces derniers temps. M. Gigot de Levroux ( loc . cit.), entre autres, a étudié les effets thérapeutiques de cet agent contre l’angine et la laryngite couenneuses épidémiques. Il conclue de ces observations, que le chlorate de potasse, employé comme topique, a une action dissolvante peu sensible sur les fausses membranes, qu’il fallait, lorsqu’il avait été administré à l’intérieur, au moins 24 heures pour que ses effets se manifestassent ; que son action était plus lente et moins efficace à mesure que les exsudations diphthéritiques se trouvaient plus rapprochées de l’épiglotte; que ce médicament n’a exercé aucune action sur la muqueuse laryngienne et qu’il n’a montré aucune efficacité contre le croup.
272. On a récemment employé, dans le traitement de l’angine couenneuse ou du croup : le perchlorure de fer h l’intérieur et comme topique, les cautérisations du pharynx par le fer rouge, les frictions avec de l’huile de croton , et enfin le tubage du larynx, selon le procédé de M. Bouchut. Tous ces moyens sont encore à l’étude et il est impossible pour le moment de formuler des conclusions sur leur valeur réelle ou négative. Si l’application de cette dernière méthode n’avait pas les graves inconvénients qu’on lui reproche, si ce moyen réalisait les espérances que son auteur en avait attendu , il serait sans doute, dans le traitement du croup, le plus précieux auxiliaire de la nouvelle médication que j’ai l’honneur de soumettre au monda médical.