TRAITEMENT DU CROUP
255. Dans le principe de la maladie, et lorsque la raucité de la voix et de la toux étaient presque les seuls signes qui annonçaient l’invasion du croup, j’ai plusieurs fois réussi à faire avorter cette maladie par l’administration d’un vomitif et par quelques applications énergiques de la teinture d’iode iodo-bromurée sur les parties antérieures et latérales du cou.
256. Dans un petit nombre de cas, surtout chez des individus robustes et pléthoriques, et lorsque, dès l’invasion de la maladie, la fièvre était intense, le pouls dur et développé, la figure rouge et congestionnée, j'ai dû commencer le traitement par des déplétitions sanguines. Je me suis borné généralement à appliquer quelques sangsues à l’extrémité supérieure du sternum. J’ai fait prendre en même temps l’eau alcalino-
muriatique. Après la saignée, je ne tardais pas à pratiquer largement des frictions iodo-brom urées sur le cou. Aussitôt que les symptômes inflammatoires s’étaient amendés, l’eau alcalino-muriatique était remplacée par l’eau d’Adélaïde.
257. En dehors des conditions que je viens de signaler, ou lorsque aucune affection phlegmasique ne compliquait le croup, ce dernier médicament a été mis en usage dès le principe de la maladie, concurremment avec les badigeonnages lodo-bromurés. Selon l’âge du sujet, l’urgence du cas et le degré de la réaction fébrile, je prescrivis la préparation n° I ou nü II de l’eau d’Adélaïde ; la première est celle qui fut le plus souvent employée dès le début de cette affection. Quant à la dose et au mode d’emploi de ces médicaments, voy. 277 et 278.
258. Le premier but que je voulus atteindre par ces moyens, fut celui de provoquer une forte sécrétion sur les muqueuses des canaux aériens, en sorte qu’elle fût assez puissante pour en détacher les fausses membranes qui les tapissaient et pour les entraîner en dehors. Lorsque la toux devenait plus grasse, moins rauque, lorsqu’elle était constamment accompagnée d’un râle muqueux léger, et lorsqu’il s’établissait une expectoration abondante de mucosités , mêlées à des filaments ou à des lambeaux membraniformes , le premier pas était évidemment fait vers une issue heureuse. Arrivé à ce point, je tâchai, en continuant sans arrêt les mêmes médicaments, d’entretenir cette expectoration jusqu’à ce que tous les produits de l’exsudation morbide fussent évacués et tous les symptômes du croup dissipés.
259. Il était, au contraire, d’un mauvais augure, lorsque les effets locaux que je viens d’indiquer se faisaient attendre trop longtemps, lorsque, en particulier, la toux restait sèche et n’était accompagnée d’aucune expectoration.
260. Il arriva cependant quelquefois que , malgré la continuation incessante et méthodique de l’eau d’Adélaïde , l’expectoration cessa brusquement et que la toux redevint sèche, la respiration difficile et croupale. Dans ces cas, je discontinuai pour un moment l’usage de ce remède et j’eus recours avec succès à la médication vomitive , pour imprimer une secousse générale et vigoureuse à l’économie, pour donner une nouvelle impulsion h la fonction sécrétoire de la muqueuse des organes respiratoires, et enfin pour favoriser le décollement et l’expulsion des fausses membranes et des matières contenues dans la cavité pulmonaire. Pour amener le vomissement, j’ai préféré le tartre stibié à l’ipécacuanha , lorsque le sujet était assez fort et qu’il n’y avait pas de diarrhée. Dans les cas où cette substance ne produisit pas d’effet , j’eus
recours à une solution aqueuse de sulfate de cuivre, qui agissait constamment avec une grande promptitude.
261. D’autres fois, il arriva le contraire de ce que je viens de rapporter: la sécrétion de mucosités dans les canaux aérifères devint si surabondante, que les malades, dont les forces étaient déjà prostrées, furent menacés de suffocation. Dans ces cas, je me vis obligé d’administrer également un vomitif, pour faciliter l’expulsion du mucus et des couennes amassés dans le conduit trachéal et bronchique. Le sulfate de cuivre me rendit alors les plus grands services.
262. On n’a pas oublié que la trachéotomie ne fut pratiquée qu’une seule fois. Les parents du petit malade ayant trop tardé à donner leur consentement, l’opération ne fut pratiquée que lorsque l’asphyxie était trop avancée, de sorte qu’il resta trop peu de temps pour avoir de nouveau recours à la médication interne qui avait été employée avant l’ouverture de la trachée.
263. Lorsque la maladie est arrivée à une période très-avancée, et que les fausses membranes ont acquis déjà un haut degré de fermeté, d’épaisseur et d’adhérence à la muqueuse, aucun moyen interne n’est capable d’opérer leur décollement et leur expulsion assez promptement pour arrêter à temps les progrès de l’asphyxie et son accomplissement. C’est assurément dans ces cas où l’emploi de moyens chirurgicaux devient indispensable pour conjurer le danger imminent. C’est alors qu’il faudrait essayer de détacher et d’extraire les concrétions croupales par l’écouvillement du tube laryngo-trachéal , à l’aide d’une éponge fixée sur un fil de fer ou de laiton et imbibée d’eau salée, d’eau alcalino-muriatique ou de l’eau d’Adélaïde. Pour pratiquer cette opération, on se servirait le plus avantageusement de la canule de Chaussier, améliorée par M. Loiseau, en suivant, pour l’introduction de ce dernier instrument, les procédés que ce médecin emploie ordinairement , lorsqu’il opère la cautérisation du tube aérien dans le croup. Si cette manœuvre échoue et si l'asphyxie fait des progrès rapides, il ne reste alors d’autre voie de salut que la trachéotomie. Cette opération, il est vrai, n’attaque point, comme dit Royer -Collard, la maladie, mais seulement un de ses effets, et quand même elle en détruirait l’effet, le mal n’en subsisterait pas moins. C’est aussi par cette raison que je propose l’ouverture artificielle de la trachée-artère dans les conditions indiquées , seulement comme moyen auxiliaire et comme le moyen le plus apte à empêcher l’accomplissement de l’asphyxie et à nous donner le temps nécessaire pour employer les médicaments qui, en vertu de leurs propriétés spéciales, n’attaquent pas seulement les effets de la maladie, mais le mal même qui les a produits.
C’est pourquoi, après avoir ouvert un passage suffisant à l’air, on devra recourir de nouveau à la même médication qui a été employée avant l’opération, et je ne doute pas que dans les cas précisés on ne parvienne à sauver, par la combinaison de ces deux méthodes de traitement, bien des malades qui succomberaient si l’on se bornait, à l’emploi unique de l’une ou de l’autre de ces méthodes.