‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 2 sur 50 · NOTICE TOPOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE TOPOGRAPHIQUE

Comme presque tous les faits qui ont été la base de mes observations appartiennent à la commune d’Anzin , je crois devoir commencer cette première partie de mon travail par quelques détails topographiques sur cette commune, afin que le lecteur puisse apprécier la part des influences locales dans cette épidémie.

1. Anzin est situé sur une colline qui domine la ville de Valenciennes, à 2 kilomètres Nord-Ouest, et dont il est séparé par la vallée et la rivière de l’Escaut. Latitude : 50° 21” 29’ ; longitude : 1° 11” 12’ Est. — Élévation du terrain d' Anzin au-dessus du niveau de la mer : 63 degrés.

2. Les nombreux sondages entrepris pour la découverte de la houille, dont l’exploitation est une source considérable de richesse pour le pays, nous ont mis à même de connaître le sol et le sous-sol sur lesquels est assise la commune d’Anzin. Le sol qui recouvre le terrain houillersecompose, suivant M. Stoccart (a), des couches suivantes :

1, Terre végétale; 2, tuf; 3, marne ou calcaire crayeux ; 4, grès; S, bonne pierre ; 6, silex ; 7-12, couches alternatives d’argile et de calcaire crayeux ; 13 et 14, glaise et glaise rouge; 15, poudingue (tourlia).

Le sous-sol est traversé par plusieurs galeries souterraines sur une longueur de 3,800 mètres , et les fosses d’extraction de houille y descendent à plus de 1,500 pieds de profondeur.

3. Autour de ces sources inépuisables de combustible minéral, se sont groupés des hauts-fourneaux, des forges, des laminoirs, des fonderies, des ateliers de construction , des clouteries, des verreries, des fabriques de chaux , des raffineries de sucre , des brasseries , des distilleries , et quantité d’autres établissements industriels , tellement que le village d’Anzin n’est pas seulement le point central d’une vaste exploitation

irt) Coupe du lorrains faiic sur lo lorriloiro d' Anzin et recueillie par M. Sloccait. V. Topocjraphin historique et, médicale de Valenciennes , par A. Sliôvonart. — Valonciennes , 1 846.

houillère , mais encore un des centres les plus importants de l’industrie française.

De cet état de choses il résulte que la plus grande partie de la population de ce village, de près de G, 000 âmes, appartient à la classe ouvrière.

4. Le climat de l’arrondissement de Valenciennes, comme celui de presque tout le département du Nord, est en général froid. Le thermomètre y descend en moyenne à 8 degrés centigrades de froid , et s’y élève à 17 degrés de chaleur. Les variations de température, les changements de temps y sont fréquents et souvent brusques.

G. Une des conséquences les plus- immédiates du peu d’élévation du sol au-dessus du niveau de la mer, et de l’accumulation des eaux en grande quantité dans l’arrondissement de Valenciennes, comme dans la plus grande partie du département , est que l'atmosphère y est extrêmement humide. L’hiver, qui y dure ordinairement six mois, est souvent brumeux et pluvieux ; la neige y est peu abondante. Les orages y sont assez fréquents. La moyenne annuelle du nombre de jours de pluie est d’environ 160. Les vents dominants sont : Ouest, Sud-Ouest, Nord- Ouest.

6. De ces données météorologiques, nous devons conclure que l’arrondissement de Valenciennes n’est, pas dans les meilleures conditions de salubrité.

Il en est à peu près de même de la commune d’Anzin , dont nous nous occupons spécialement et qui en fait partie. Cette commune, il est vrai, semble être quelque peu favorisée, sous ce rapport, par l’élévation de son territoire, par ses rues généralement larges et droites, et parla facilité qui en résulte pour la circulation et le renouvellement de l’air. Mais malheureusement ces avantages sont fortement contrebalancés par les effets nuisibles, résultant d’émanations multipliées , de gaz méphitiques , de vapeurs épaisses qui s’échappent jour et nuit de ces nombreux établissements industriels dont le sol d’Anzin est couvert.

Les maladies que j’ai le plus souvent rencontrées dans la commune d’Anzin, pendant un espace de sept ans, sont notamment: des affections catarrhales, rhumatismales, arthritiques, gastro-bilieuses; des diarrhées, des fièvres typhoïdes, des fièvres intermittentes, des névroses, principalement des gastralgies, névralgies, pléthore veineuse, apoplexie, paralysie, hydropisic , phthisie pulmonaire, chlorose, leucorrhée, scrofules cl rhachitis.

DÉVELOPPEMENT ET MARCHE DE L’ÉPIDÉMIE (a).

7. Ce fui au commencement de 1855 que j’eus pour la première fois à traiter l’angine couenneuse à Ànzin. Deux enfants de bateliers naviguant sur l’Escaut , alors en station sur la partie de cette rivière qui borde Anzin , avaient été atteints de ce mal qui se présentait sous sa forme la plus pernicieuse, sous la forme « maligne. » Dans ces deux cas, la tuméfaction des amygdales et des parties latérales et antérieures du cou avait pris un tel développement, qu’elle déterminait l’occlusion complète de l’isthme du gosier, et l’interception du passage de l’air par ce détroit. J’eus recours aux moyens usités contre ce mal , mais sans le moindre résultat ; les enfants périrent le troisième jour de la maladie. ( Voy . obs. I et II).

8 Du 10 février au 18 avril delà même année, il se présentait à mon observation trois nouveaux cas d’angine diphthérique et un croup laryngé primitif ; dans ces trois angines la diphthérite s’étendait une seule- fois au larynx. Comme les moyens qu’on oppose ordinairement à ces affections avaient complètement échoué dans les deux premiers cas d’angine que j’ens à traiter en janvier, je crus devoir abandonner les anciennes méthodes, et je commençai à employer le traitement qui m’a si bien réussi dans le cours de l’épidémie et qu’on trouvera exposé dans la troisième partie de ce travail. Les quatre malades qui ont été soumis à ce traitement furent sauvés.

9. Je n’eus aucun autre cas d’angine dans les huit derniers mois de. 1855 et ne vis reparaître la maladie qu’en I85G. dans les mois de mai et Juin , lesquels me donnèrent trois angines, dont deux de forme maligne ; mais la nouvelle méthode triompha de ces angines également avec un plein succès.

10. Dès cette époque, c est-à-dire durant les troisième et quatrième trimestres de cette année, la maladie prit un caractère évidemment épidémique.Elle sévissait sur notre population concurremment avec la rougeole et quelques autres affections morbides; ainsi j’ai souvent rencontré des

(a) Toutes les données relatives à la description do cette (inidamtn n„> cw-i^i. ,x

ijun jis virus u indiquer.

affections bilieuses en juillet, août et sept vibre, et des affections catarrhales en novembre et décembre.

Dans ces deux trimestres, j’ai eu 12 observations à enregistrer. Chez 7 individus, la diphthérite se borna au pharynx , aux fosses nasales et à la muqueuse labiale ; chez 3 autres, elle descendit aux voies aériennes ; chez les deux derniersjcnfin , elle se développa primitivement au larynx, en y restant limitée. Quatre de ces anginesi offrent un intérêt particulier par leur complication avec la rougeole ; deux d’entre elles sont surtout remarquables par leur coïncidence avec cet exanthème, parles symptômes d’une intoxication diphlhéritique générale, et par le caractère de malignité que revêtait l’état général. (Voij. obs. VII et IX).

Malgré la gravité de ces 12 angines , je ne perdis qu’un seul enfant, chez lequel les canaux aériens furent envahis jusqu’aux dernières ramifications bronchiques.

Premier trimestre de 1857.

11. La rougeole et les affections catarrhales continuèrent à régner en janvier et février 1857, ainsi que l’épidémie qui me donna 11 affections diphthéritiques, dont une seule eut une issue fatale. Dans ce dernier cas, des concrétions pelliculaires sordides , tapissant d’abord la paroi postérieure du pharynx , s’étendirent aux tonsilles et aux fosses nasales, jusqu’aux orifices des narines ; des concrétions lardacées se montrèrent aux commissures labiales; l’isthme du gosier fut obstrué par des mucosités sales, visqueuses et excessivement abondantes, de telle sorte quelles occasionnèrent même des accès de suffocation. La rougeole vint compliquer cette angine couenneuse, l’état général prit un caractère typhoïde et maligne, tellement, que l’enfant (un garçon de5 ans) mourutle7e jour, dans le délire, le coma et autres accidents cérébraux, sans que néanmoins l’on pût remarquer le moindre signe d’une lésion croupale.

12. Un cas très intéressant se présenta au milieu de janvier ; il s’agissait d’un jeune garçon de 12 ans qui, pendant les 16 premiers jours de sa maladie, ne me laissa voir que les symptômes d’une fièvre typhoïde grave. Le 17° jour, lorsque les symptômes de cette fièvre semblaient s’amoindrir, apparut une pharyngo-tonsillite légère, avec gonflement des ganglions sous- maxillaires et sous-lingaux ; bientôt la muqueuse nasale, le pourtour des narines, ainsi que les commissures labiales excoriées, se couvrirent d’exsudations pelliculaires lardacées ; au 19e jour, les phénomènes angineux et diphthéritiques s’améliorèrent et le malade entra en convalescence le 23e jour de la maladie. (Kny. obs. X.)

13. L’éruption morbillcuse coïncida dans ce trimestre encore une fois avec une angine couenneuse. N'oublions pas d’ajouter que, ni dans ce cas, ni dans aucun autre, les fausses membranes ne descendirent dans les canaux aériens.

14. Au mois de mars, l’épidémie sembla faire une trêve, cai je ne vis aucune affection diplithéritique.

Deuxième trimestre de 1857.

15. Dans la première quinzaine d'avril, je n’eus à traiter que deux épidémiques. Le premier fut une petite fille de 3 ans, auprès de laquelle je fus appelé le 8. Le même jour, où des concrétions apparurent aux amygdales, le croup se déclara ; néanmoins l’enfant fut sauvée. Il en fut de même d’un garçon de 8 mois, chez lequel, cependant, les fausses membranes ne dépassèrent pas le pharynx.

16. Une troisième angine se présenta sur la fin de ce mois; celle-ci ne fut pas sans intérêt. Un garçon de 5 ans offrit pendant 8 jours tous les symptômes caractéristiques de l’angine épidémique, sauf l’exsudation diplithéritique , et ce n’est que le 9° jour, lorsque tous ces symptômes avaient disparu et que je croyais déjà toucher à la guérison , que le pourtour des orifices des narines prit un aspect lardacé. Le lendemain, les tonsilles et la luette se rougirent de nouveau, et les muqueuses nasale et pharyngienne se couvrirent d’un enduit couenneux. L’état général s’aggrava subitement le 11e jour, de fausses membranes apparurent au bord des amygdales tuméfiées, et les voies respiratoires furent envahies. Néanmoins, le malade entra en pleine convalescence le 15e jour.

17. Dans les deux mois qui suivirent , 22 malades atteints du mal épidémique me furent confiés, dont 18 en mai et 4 en juin . Chez presque tous le mal attaqua d’emblée l’isthme du gosier ou le pharynx ; chez aucun d’eux il n’envahit ni primitivement ni consécutivement les voies aériennes.

18. Quatre fois la diphthérite se développa primitivement sur la muqueuse nasale ; et chaque fois il se manifestait simultanément des symptômes d’angine simple, avec engorgement ganglionnaire. Mais dans un de ces cas seulement se montrèrent , après les fausses membranes nasales, des pseudo-membranes au pharynx ; dans les 3 autres, aucune manifestation diplithéritique n’eut lieu , ni sur le pharynx ni sur les amygdales.

19. Je dois signaler ici un phénomène qui se reproduisit assez souvent dans ce trimestre et dont j’ai déjà fait mention plus haut (1 1). C’est la

sécrétion , sur la muqueuse du pharynx et de l'isthme du gosier, d’une matière sale et visqueuse d’une telle abondance et ténacité, qu’elle occasionnait une véritable occlusion de l’ouverture œsophagienne de la bouche et qu’elle formait souvent un obstacle sérieux au passage de l’air par ce détroit.

20. Un autre fait notable, qui eut lieu au commencement de mai , ce fut l’apparition d’une coqueluche dans le cours d’une angine couenneuse, qui avait été précédée d’une varicelle. (Voij. ubs. XII.)

21. Je dois ajouter ici que, quoique nous n’ayons eu encore que très peu de rougeole dans ce trimestre, cette maladie est venue compliquer deux fois l’angine diphthérique dans ma sphère d’observation ; une fois au commencement de juin, et une deuxième fois à la fin du même mois.

22. Deux fois aussi, dans l’angine pelliculaire, des plaques diphthéritiques lenticulaires se montrèrent sur la muqueuse linguale.

23. Pendant ce trimestre, la mortalité, dans ma clientèle, a été de 2 décès sur 25 malades atteints de l’épidémie. Chez les deux enfants que je perdis, l’angine avait revêtu la forme maligne ; chez l’un d’eux , qui avait à peine un au , j’ai vu survenir des accès de trismus dans une période déjà avancée de la maladie; l’autre, âgé de 19 mois, très scrofuleux et atteint d’impetigo larvalis , expira dans des convulsions toniques générales.

24. La constitution médicale des mois d'avril et de mai a été essentiellement catarrhale; en juin , des affections bilieuses furent assez fréquentes. Quelques fièvres typhoïdes légères ont été aussi observées durant ce trimestre.

Troisième trimestre de 1857.

25. Dans les deux premiers mois de ce trimestre, je n’ai eu que trois malades atteints de diphthérite pharyngienne, savoir : un en juillet et deux en août. Au nombre de ces derniers était un jeune garçon rhachitiquc, chez lequel la maladie, en se propageant au larynx et aux bronches, se termina par la mort.

26. Mais en revanche , les affections diphlhéritiques devinrent plus fréquentes en septembre , et j’ai pu en enregistrer neuf, qui toutes eurent une solution heureuse. Ce mois fut aussi marqué par l’apparition de quelques fièvres typhoïdes, ce qui fut cause sans doute que la plupart des angines pseudo-membraneuses, dans ce mois, débutèrent par des accidens typhoïdes. Il est même à remarquer que chez deux malades, des symptômes cérébraux, le délire et le coma , se manifestèrent le premier jour de la maladie.

27. La dernière angine que j’ai traitée en septembre , est digne de toute l’attention des praticiens. Elle est des plus remarquables par la généralité et l’étendue extraordinaire de la phlegmasie diphthérique, et des plus rares dans l’histoire de cette maladie.

La diphthérite , débutant sur l’isthme du gosier et au pharynx, se propagea d’une part aux voies aériennes, depuis le larynx jusqu’aux bronches, d’autre part au tube digestif , depuis l’œsophage jusqu’au rectum ; il est même probable que la muqueuse de la vessie urinaire participa à l’affection générale; et toutefois, malgré l’énorme extension et la gravité du mal , la malade , une fille de 7 ans, se rétablit. (Voy obs. XIII.)

Ainsi, des 12 malades de ce trimestre, un seul succomba.

28. C’est sur la fin de 1857 que l’épidémie commença à prendre plus d’extension. Le nombre des malades s’accrut de mois en mois et la maladie devint de jour en jour plus grave et plus pernicieuse. Dans le dernier trimestre de cette année, j’ai donné mes soins à 46 individus atteints de diphthérite , savoir : 8 en octobre , 15 en novembre et 23 en décembre. De ces 46 malades, 11 succombèrent.

29. Outre le mal de gorge épidémique , l’on vit dominer dans ces derniers mois de l’année les affections typhoïdes et catarrhales. Aussi beaucoup d’affections diphthéritiques débutèrent-elles, comme en septembre , par des accidents typhoïdes, tandis que d’autres étaient précédées ou accompagnées de catarrhes des voies respiratoires. De plus , la maladie montra dans ce trimestre une grande tendance à envahir le canal aérien , de telle sorte que la diphthérite croupale ne se manifesta pas moins de 25 fois dans ce court espace de temps.

30. De ces 25 croups, sept furent primitifs et restèrent confinés aux voies aériennes ; trois débutèrent par le larynx et s’étendirent, en ascendant, sur le pharynx ou sur les tonsilles (■ voy . obs. XVIII et XX); neuf furent consécutifs h 1 angine couenncuse , et deux se développèrent simultanément avec la diphthérite nasale.

Dans ces deux derniers cas, quoique une pharyngo— tonsillite avec tumétaction des ganglions sous-lingaux fût constatée , aucune trace d’exsudation ne put être découverte, ni au pharynx ni aux amygdales, et ce n’est qu’au 5» jour de la maladie , lorsque les concrétions nasales et les symptômes du croup étaient disparus, qu’une pellicule mince et étroite apparut sur une des tonsilles, et qu’un engorgement des ganglions sous-maxillaires se manifesta au côté correspondant.

31. D autre part, à la fin de décembre, une angine couenneuse se

déclara chez une pelite fille de 3 ans et demi, à la suite d’une coqueluche. Le larynx , la trachée et les bronches lurent rapidement envahies et l’enfant succomba. Mes soins n’avaient été réclamés que le 4° jour de la maladie.

La sœur de cette enfant, ne comptant que 18 mois d’âge, fut également atteinte à cette époque de croup laryngé , pendant le cours d’une coqueluche. Quoique les ganglions sous-maxillaires se montrassent engorgés *et que les tonsilles ainsi que le pharynx présentassent des symptômes phlegmasiques , on ne découvrit point de fausses membranes sur ces derniers organes ; le 3e jour, la coqueluche , qui avait complètement cessé au début du croup, reparut , et la toux croupale se convertit en toux convulsive, laquelle suivit alors sa marche ordinaire.

32. Dans le même mois, il se présenta un cas de diph thérite ascendante fort curieux et remarquable sous plusieurs rapports. Chez une fille de 10 ans , il se montrait pendant 13 jours les phénomènes d’une fièvre typhoïde grave , lorsqu’au 14e jour le vrai caractère de la maladie se manifesta inopinément par l’apparition de concrétions diphlhéritiques au pharynx , aux tonsilles, sur la langue et aux commissures labiales, ainsi que par le développement des ganglions sous-maxillaires, par l’écoulement nasal, la fétidité de l’haleine, et enfin par la dyspnée, l’enrouement de la voix et la raucité de la toux ( voy . obs. XXI).

33. J’eus également dans ce trimestre plusieurs cas de diphthérite gingivale, buccale et linguale, primitive ou consécutive à d’autres affections pseudo-membraneuses.

Je reviendrai dans une autre partie de ce travail sur ces observations intéressantes; cependant, je ne dois pas tout-h-fait laisser passer ici sous silence un fait qui s’est reproduit h plusieurs reprises dans ce trimestre et qui, si je ne me trompe, n’a encore été signalé par aucun auteur. Je veux parler d’une diphthérite linguale, de forme singulière, où toute la surface de la langue se couvrit d’une couche couenneuse, épaisse, fortement adhérente, unie, lisse et brillante, offrant toutes les apparences d’un vernis (voy. obs. XIX, XXI et XXII).

34. Cette exsudation couenneuse sur la langue, dont je viens de parler, s’offrit h moi deux fois en octobre et me parut constituer deux faits rares et curieux. L’affection diphthéritique n’envahit pas seulement les muqueuses nasale , pharyngienne et linguale , mais elle gagna même les voies aériennes.

35. Dans le meme mois et chez un garçon de 1 1 mois, une diphthérite tonsillairc se propagea successivement sur la luette, le voile et la voûte

du palais, ainsi que sur la langue, sur la muqueuse buccale, et enfin sur les gençives et les lèvres (voy. obs. XV).

36. En novembre , un cas d’angine maligne proprement dite (voy. obs. XVI ) ; co dans le même mois une diphthérite vulvaire se montra chez une jeune fille atteinte de croup.— En décembre , au commencement d’une angine couenneuse, je rencontrai, chez un jeune garçon de 7 ans et demi , du délire avec d’autres symptômes céphaliques , et chez un autre enfant de 3 ans, des convulsions avec perte de connaissance.

Premier trimestre de 1838.

37. Dans le premier mois de ce trimestre , l’épidémie atteignit le summum de sa violence et de sa gravité. Le nombre des malades, auxquels j’ai eu à donner les soins de l’art, s’élève à 36, dont 6 ne purent être arrachés à la mort. A cette époque, la grippe sévissait avec intensité et compliquait souvent les affections diphthéritiques, en augmentant ainsi leur gravité.

38. Toute proportion gardée , le nombre de diphthérites croupales dépassa dans ce mois celui des trois derniers mois de l’année précédente. Il fut de 19, dont 10 des croups primitifs et simples , un croup primitif avec angine couenneuse consécutive, deux croups consécutifs à l’angine pelliculaire, et de même un croup consécutif à l’angine pseudo-membraneuse, précédée de la grippe ; 3 autres, apparaissant simultanément avec l’angine diphthérique ; un croup, précédé de coqueluche, et enfin un croup se développant pendant le cours d’une coqueluche et d’une rougeole. Les deux derniers cas offrent un intérêt tout particulier (voy. obs. XXIV et XXV).

39. Le nombre des adultes atteints fut aussi plus considérable dans ce mois que dans les précédentes périodes de l’épidémie, et le mal chez eux prit généralement la forme croupale. Parmi les adultes , il y eut une femme enceinte qui, au milieu d o janvier, fut prise d’angine couenneuse, et enfin un homme de 48 ans , chez lequel , pendant le cours d’une dyssenleric, compliquée d’amygdalite, des concrétions diphthéritiques se développèrent sur les muqueuses des joues , du voile du palais, de la voûte palatine et enfin sur les gencives (voy. obs. XXVII.)

40. Cependant, l’épidémie parut entrer dans sa période de décroissance durant les deux derniers mois de ce trimestre. Je n’eus à traiter que 13 cas, qui tous se terminèrent heureusement. De ces 13 affections, 7 toutefois furent croupales , savoir : 1 croup primitif ; 2 croups préudés d angine couenneuse, dont l’un offrit cela de particulier, que le

larynx ne fut envahi qu’au 14° jour de l’angine el qu’une diplitliérite cutanée d’une assez grande étendue se fit remarquer, témoignant ainsi d’une intoxication générale de l’économie (voy. obs. XXIX). Dans le 4° cas, le croup coïncida avec la rougeole, et dans les 3 autres, qui sont extrêmement remarquables, il y avait complication de croup avec la rougeole et la coqueluche.

4 L À la fin de mars , je fis chez une fille de 16 ans une observation intéressante d’une gingivite diphthérique , survenant au 14® jour d’une affection typhoïde (voy. obs. XXX).

42. Dans le deuxième trimestre et pendant les premiers mois ( juillet et août) du troisième trimestre de 1868, j’ai encore donné des soins à 22 malades , dont 5 succombèrent. La forme croupale s’étant présentée 12 fois, se produisit 9 fois primitivement, 2 fois à la suite de l’angine couenneuse, enfin une fois comme croup primitif, en se compliquant de rougeole.

43. A la fin d'avril, chez un jeune homme de 16 ans , j’ai encore une fois rencontré une diphthérite gingivale, apparaissant dans le cours d’une affection typhoïde. Dans les 9 autres observations, la diphthérite se montra sous la forme de l’angine pseudo-membraneuse , limitée au pharynx.

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