OBSERVATION XIII
361. A... H..., âgéede7 ans, d’un tempérament lymphatique et d’une complexion délicate.
Le 24 septembre 1857. Céphalalgie, vomissement.
2,! jour. Symptômes typhoïdes. Amygdalite, plaque diphthéritique sur la tonsille gauche, tuméfaction légère des ganglions sous-maxillaires.
Frictions avec la teinture d’iode iodo-bromurée, eau alcalino-muriatique.
3« jour. La phlegmasic tonsillaire augmente. L’on aperçoit également des exsudations couenneuses sur l’amygdale droite , au bord du voile du palais, de la luette et des piliers antérieurs; la plus importante est celle qui occupe la tonsille gauche, et c’est aussi sur ce côté que l’engorgement ganglionnaire se montre le plus prononcé.
Redoublement de la fièvre vers le soir, teinte jaune de la langue, deux selles fétides dans la journée.
Même prescription.
4e jour. Etat adynamique, petitesse, faiblesse et fréquence du pouls (100 puis.). Les deux tonsilles et la luette, sont entièrement recouvertes d une exsudation gris-blanchâtre, luisante et très-adhérente.
L’amygdale gauche acquiert la grosseur et la forme d’une noisette , sa pointe est fortement tournée en avant. Les exhalations de la bouche sont d’une odeur insupportable, le nez commence à couler, selles diarrhéiques fétides, excrétion abondante des urines jaunes et troubles.
Frictions, eau d’Adélaïde.
362. 6e jour. L’engorgement ganglionnaire diminue et l’exsudation couenneuse paraît plus circonscrite.
Prescription comme la veille.
6e jour. L’état général s’améliore sensiblement, la fièvre décroît, mais le pouls conserve sa faiblesse et sa fréquence; les urines sont copieuses, jaunes et claires, la peau est humide. La tuméfaction ganglionnaire a considérablement diminué , les concrétions se rapetissent , l’odeur de la bouche devient moins repoussante , l’écoulement nasal augmente.
Même traitement.
7° jour. Plus dégonflement des amygdales et de la luette; la dimension de l’exsudation plastique s’amoindrit de plus en plus'; les parties de la muqueuse, desquelles l’exsudation, en se rapetissant, s’est retirée, reparaissent intactes , mais leur rougeur est un peu plus vive que dans l’état normal.
363. Vers l’après-midi, la fièvre s’accroît un peu , la face rougit , les yeux s’injectent et les paupières s’enflent.
Cessation des frictions et de l’eau d’Adélaïde.
364. 8“ jour. Le malade rejette par la bouche une fausse-membrane épaisse, tenace, jaune-blanchâtre. La fièvre est insignifiante, mais le pouls reste toujours petit, faible et accéléré (410 puis.). La rougeur de la face, l’injection des yeux et le gonflement des paupières ont disparu. La langue est nette cl l’appétit se fait sentir.
Les frictions et l’eau d’Adélaïde sont prescrites de nouveau.
9= jour, le matin. Expulsion d’un second lambeau membraneux, strié de sang. Les concrétions sur la luette et les amygdales continuent à se rapetisser, la fétidité de l’haleine ne se fait plus sentir, l’écoulement nasal est insignifiant et inodore. La fièvre a cessé, mais le pouls est encore plus accéléré qu’auparavant (420 puis.), la peau est humide, les selles sont
normales. On remarque que l’enfant tousse de temps en temps, mais légèrement.
L’eau d’Adélaïde est discontinuée et remplacée par une tisane mucilagineuse.
Le soir, réapparition de la fièvre, malaise, toux forte et sèche.
365. 10e jour, le matin. Toux et suffocation croupales, enrouement. — Vomitif de tartre slibié, vomissements faciles. — Eau d’Adélaïde coupée avec une tisane adoucissante.
L’après-midi, un troisième fragment membraneux est expulsé par la bouche. Le soir, la toux croupale diminue et devient un peu humide ; pouls à 130, peau humectée.
366. Le 11° jour, dans la matinée. A la suite d’un accès de toux , une concrétion membraniforme jaunâtre, longue et étroite, terminée en pointe, est expectorée. La toux, plus humide, moins rauque et moins croupale, est accompagnée d’une expectoration de mucosités visqueuses. Les tonsilles, la luette, le voile du palais et les piliers sont totalement dégagés de productions pelliculaires, et la muqueuse dénudée reparaît dans toute son intégrité, d’une rougeur fraîche et pure ; la muqueuse pharyngée seulement, autant qu’elle est visible, se montre encore revêtue d’un tissu épais, blanc, luisant, floconneux, un peu détaché et flottant.
11 existe peu de fièvre, et le pouls ne compte que 100 pulsations, la langue est nette et humide. Une évacuation alvine qui a lieu, n’a rien d’anormal.
Dans la soirée pourtant, la fièvre s’accroît un peu, le pouls devient irrégulier, intermittent et très-accéléré (130 puis.) — Continuation de la médication.
367. 12* jour, le matin. La malade n’accuse aucun malaise, l’appétit revient, la fièvre est presque nulle, le pouls cependant conserve sa faiblesse, sa petitesse et fréquence (125 puis.). — Deux fragments membraneux sont de nouveau éjectés par des accès d’une toux qui a maintenant complètement perdu son caractère croupal et qui est suivie d’une expectoration d’un mucus tenace et blanc-jaunâtre. La respiration s’opère sans embarras.
L’exsudation qui tapissait entièrement et d’une seule pièce la paroi postérieure du pharynx, se montre, par l’élimination d’un fragment, verticalement divisée en deux lamelles égales qui, en haut, vers les fosses nasales, encore unies et adhérentes à la muqueuse, mais décollées presque dans tout le reste de leur longueur, flottent librement , comme deux rideaux blancs, dans la cavité du pharynx. En s'écartant latéralement
l’une de l’autre, elles laissent entrevoir une partie de la muqueuse pharyngée.
Le soir, fièvre très-modérée, un peu de malaise, pouls intermittent, extrêmement faible et très-fréquent (135 puis.). Le pouls n’est pas en rapport avec le peu d’intensité de la fièvre et avec l’état local de la malade.
Même prescription.
368. 13e jour. La malade, quoique faible, se sent fort à son aise. — Fièvre insignifiante, pouls égal (100 puis.), température de peau normale, légère transpiration, urines rares. Toux humide et facile avec expectoration de matières mucoso - puriformes , jaunes, tenaces et mêlées de sang rouge; expulsion de deux bandelettes membranifôrmes, longues, étroites et jaunâtres. Les deux lamelles diphthéritiques qui se trouvent étalées sur les parties latérales de la paroi postérieure du pharynx , apparaissent plus étroites et presque transparentes comme de la gaze. L'écoulement nasal est très-insignifiant. La face est oedématiée.
On cesse les frictions et l’eau d’Adélaïde ; on permet h la malade de prendre de temps en temps un peu de lait coupé.
369. Le 14e, 15e et 16e jour, on remarque peu de changement. La fièvre est presque imperceptible, le pouls reste égal, mais faible et accéléré (100 puis.) ; la respiration s’effectue sans gêne, et l’enfant tousse rarement et légèrement , en expectorant sans difficulté de petits crachats muqueux et jaunâtres. Comme son appétit augmente, on lui donne des panades légères. Pour boisson on lui prescrit une infusion de queues de cerises. L’excrétion urinaire devient plus forte au 16e jour, et l’oedème facial commence à se dissiper. Le môme jour, une évacuation alvine a lieu, qui ne présente rien de particulier.
Les forces tardant à revenir, je fais prendre, au 17» jour, quelques cuillerées à café de sirop de quinquina.
Le soir du jour indiqué, le pouls s’élève à 115 pulsations dans la minute. — L’usage du sirop est suspendu immédiatement.
370. 18* jour. La fièvre est h peine appréciable, ainsi que les derniers jours, et néanmoins le pouls monte à 130 pulsations dans la minute.
19e jour. Apyrcxie complète, pouls h 130. On n’aperçoit aucun dérangement dans la fonction respiratoire, la toux s’est amoindrie de telle sorte qu’on entend la malade tousser à peine trois ou quatre fois dans la journée, li ne reste plus de trace de l’exsudation coucnneuse au pharynx, le suintement nasal s’est tari , l’infiltration oedémateuse du visage a totalement disparu, ta langue est nette, l’appétit toujours bon. — Bouillon de poule.
Le 20" et 21* jour, la fréquence du pouI?va en diminuant (120 puis.); selles normales.
371. Le 22* jour, dans l’après-midi , la malade accuse , sans aucune cause appréciable, des frissons et des douleurs dans la région épigastrique (a); accablement, perte de l’appcfit, teinte jaune de la langue, pouls à 130. — Administration de lavements lénitifs , sans résultat.
Dans la matinée du 23e jour, pour obtenir un effet purgatif modéré, je prescris une émulsion édulcorée de semences de ricin. Après en avoir pris deux tiers sans répugnance, l’enfant est saisie de vomissements, elle rejette des mucosités et des matières bilieuses , mêlées d’une grande quantité de pellicules diphthéritiques , très-minces et jaunâtres. Cessation des douleurs. — Point de selles. — Lavements.
372. Le 24" jour, vers le matin, après une nuit plus calme, les douleurs se renouvellent avec plus de violence. Elles sont accompagnées de vomissements bilieux et sanguinolents, ainsi que de plusieurs selles diarrhéiques d’une excessive fétidité, renfermant un grand nombre de pellicules très-petites et noires.
Lepigaslrc est extrêmement gonllé et douloureux au toucher; la tumeur, qui se forme dans cette région , est arrondie, circonscrite et tendue ; elle atteint la grosseur d’un poing. Ce phénomène est suivi d’une forte oppression , d’une respiration courte , suspirieuse et anxieuse , et d’une grande prostration des forces. Les mains et les pieds se refroidissent , la figure pâlit, les traits expriment une grande anxiété, et le pouls devient imperceptible. La langue est couverte d’un enduit épais et jaune, les urines, excrétées en grande quantité, sont rouges et chaudes.
Application de six sangsues sur la région épigastrique, écoulement assez abondant d’un sang épais et noir. — Cataplasmes et lavements émollients.
Le soir, diminution et amollissement de la tumeur, sédation des douleurs épigastriques et amendement des accidents consécutifs , pouls concentré et faible, à 130.
373. Le lendemain , la tumeur dans l’épigastre se montre abaissée d’une manière appréciable et beaucoup moins sensible à la pression , les douleurs ont moins d’intensité et apparaissent dans des intervalles plus longs , les troubles du côté de la respiration et de la circulation s’amoindrissent au même degré, mais les mains et les pieds restent encore assez froids.— Le ventre est un peu gonflé, tendu et douloureux, des hoquets et des nausées fréquentes tourmentent la malade.
(a) Dans le cas observé par M. I.ouis, dans lequel la diphlhérite pharyngieune s'est propagée d une part aux voies aériennes et d'autre part ô l'œsophage et à l'estomac, la malade accusa de même une douleur à l’épisgaslre et le ventre se montra fort sensible ù la pression. ( Mémoires cités , p. 22G ot 227).
Une évacuation alvine n’ayant pas encore été obtenue, les lavements lénitifs, additionnés d’huile de ricin, sont continués. En outre, je prescris des frictions avec de l’huile de jusquiame et des cataplasmes émollients sur le ventre.
374. 26e jour. La patiente est plus agitée et plus oppressée qu’hier, le pouls devient irrégulier et si faible,- que ses pulsations ne sont plus à compter. Pendant que l’épigastre se montre presqu’entièrement désenflé, le gonflement et la tension du ventre augmentent. Bientôt la malade est prise de coliques sourdes et périodiques, surtout au niveau de l’ombilie, elle ressent de fréquents besoins d’aller à la selle , sans pouvoir les satisfaire.
La faiblesse devient extrême. Quatre sangsues sont appliquées sur l’abdomen, la susdite émulsion de semences de ricin est reprise. Elle produit quelques selles liquides, bilieuses et fétides, contenant de nouveau des pellicules diphthéritiques nombreuses, de couleur grisâtre. Après chaque déjection, la malade se sent soulagée, quoiqu’elle n’en rende que de très petites quantités.
375. 27e jour. Tandis que la région épigastrique et ombilicale du ventre sont encore peu tuméfiées, la région hypogastrique se montre maintenant considérablement gonflée, tendue et sensible à la pression. La malade éprouve une douleur sourde et continue dans le bassin , ainsi que de temps en temps du ténesme anal, suivi d’expulsion de petites quantités de matières liquides , jaunes et sanguinolentes , mêlées à de petites concrétions pseudo-membraneuses d’une couleur grisâtre. Elle accuse en même temps un besoin fréquent d’uriner (ténesme vésical) et elle rend avec beaucoup de peine quelques cuillerées d’un liquide rouge, chaud et floconneux. Il existe toujours une grande faiblesse, de l’abattement, avec petitesse et fréquence du pouls; anorexie.
Le même état se maintient pendant trois jours, en s’amendant toutefois peu à peu. — Emulsion ci-dessus indiquée, lavements, cataplasmes, frictions sédatives.
376. 30e jour. Cessation du ténesme anal et vésical. Le gonflement hypogastrique a presque disparu.
Durant la semaine suivante, l’abdomen reste encore un peu tuméfié, tendu et sensible au toucher ; les selles qui ne sont plus ni sanguinolentes, ni fétides, mais souvent précédées de tiraillements, deviennent plus stercorales et renferment parfois encore des concrétions pelliculaires. La langue se nettoie, l’appétit renaît , et les fonctions intestinales commencent h reprendre lentement leur cours normal , mais l’estomac ne supporte
que des aliments liquides et doux eu très petites portions. L’état adynamique et le pouls s’améliorent très-tardivement.
377. Au commencement de celte dernière semaine, l’on remarque une infiltration séreuse des mains et des pieds; elle se dissipe en quelques jours.
La malade n’entre franchement en convalescence qu’à la fin de la septième semaine.