‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 32 sur 50 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

378. M... E..., âgée de 9 ans, d’un tempérament lymphatique et d’une constitution délicate.

Le 17 octobre 1857. Symptômes typhoïdes intenses , teinte très-jaune de la langue, vomituritions, forte fièvre, pouls à 100, léger mal de gorge. Vomitif de tartre stibié ; vomissements mucoso-bilieux.

2° jour. Amendement de l’état typhoïde et de la fièvre. La malade se trouve si bien qu’elle veut se lever et qu’elle demande à manger. Inspection du gosier : on remarque à peine une légère rougeur des amygdales.

379. Appelé précipitamment dans la nuit, je trouve l’enfant grièvement attaquée, je constate : fièvre à un haut degré, assoupissement profond, forte tuméfaction des ganglions sous-maxillaires et sous-lingaux. Les tonsilles et la luette sont tellement gonflées que le passage de l’air et des boissons semble presque impossible; l’amygdale gauche surtout acquiert le volume d’une noix ; sur le côté indiqué l’intumescence ne se borne pas seulement à la tonsille, elle s’étend aux piliers, au voile, et jusqu’à une certaine hauteur, meme au tissu muqueux et cellulairequi revêt la voûte palatine, en sorte que l’enflure de toutes ces parties différentes se présente comme une seule tumeur saillante et arrondie, de la dimension d’une pièce de cinq francs. Toute la face antérieure de cette tumeur est, d’une seulepièce, couverte d’une plaque pseudo-membraneuse ronde, blanche et luisante. Des concrétions de la même nature tapissent la tonsille, les piliers du côté opposé et la luette. La langue est couverte d’un enduit épais, d’un jaune sale. Il s’écoule du nez une matière séreuse et grisâtre; cette matière , ainsi que l’exhalation par la bouche, répandent une odeur infecte, frappant celui qui s’approche à quelque distance. Des vomissements bilieux surviennent vers minuit, et la malade est prise après d’une soif ardente.

Eau alcalino-muriatique; frictions avec la teinture d’iode iodo-bromurée sur le cou, toutes les heures.

380. Le soir du 3e jour. Un changement notable s’est opéré. L’engorgement ganglionnaire s’est amolli et il a diminué; de meure le volume

dos amygdales et des autres parties tuméfiées s’est amoindri, de sorte que la communication par l’isthme du gosier est plus libre. La fièvre s’est apaisée; le pouls, petit et faible, compte 100 pulsations. Une évacuation alvine très-fétide a lieu. — Application de la teinture toutes les 2 heures ; eau alcalino-muriatique.

4e jour. L’état général s’améliore sensiblement, la fièvre décroît ; pouls comme la veille, mais moins fréquent (95 puis.) ; peau fraîche et sèche. La tuméfaction des ganglions, ainsi que celle des amygdales continue à diminuer, ce qui permet d’explorer l’état du pharynx, dont la muqueuse se montre tapissée d’une couenne épaisse, d’un blanc sale. L’exsudation de l’arrière-bouche paraît plus circonscrite et un peu amollie. Le liquide qui s’écoule des narines, prend une consislanceplus muqueuse. Les urines sont rares.

Le soir, il survient une toux sèche, catarrhale, prenant bientôt un caractère croupal , la respiration devient accélérée et gênée, le timbre de la voix est altéré. — Eau d’Adélaïde ; frictions.

381. 5° jour. La toux est moins rauque et reprend peu à peu son caractère catarrhal, la dyspnée diminue. Le pouls est plus grand et moins faible (à 95), la peau est chaude et humide, la langue humectée et moins couverte.

382. La plaque couenneuse, recouvrant l’amygdale gauche, les piliers, le voile et une partie de la voûte palatine, sur le côté gauche, s’est détachée à sa périphérie. Je l’enlève toute entière h l’aide d’une pince à dissection. Elle est ronde, aux bords un peu irréguliers, du diamètre d’une pièce de cinq francs, de la double épaisseur d’une pièce de cinq francs à l’endroit le plus épais; elle est jaunâtre, ferme, élastique, coriace, offrant, en un mot, toutes les apparences du cuir. Sa face antérieure apparaît lisse et polie, la surface postérieure cependant est poreuse, inégale et ensanglantée à son centre, là où elle était, en dernier lieu, adhérente à la muqueuse. La partie de la muqueuse dénudée sur laquelle le centre de la plaque était attaché , se montre de même inégale et teinte d’un sang vif; çà et là l’on y distingue des points d’un rouge beaucoup plus foncé, et ces points paraissent correspondre aux porcs qui se trouvent sur la face adhérente de la plaque pseudo-membraneuse, et dont quelques-uns pénétrent assez profondément dans son épaisseur.— Lavée avec de l’eau fraîche, le centre île la couenne conserve sa couleur rouge. Mise dans de l’esprit de vin , la couenne , en se ratatinant, devient plus dense et dure et perd considérablement en dimension.

Sur le côté droit, les concrétions adhèrent encore assez fortement.

L’odeur fétide des exhalations de la bouche et du nez est beaucoup moins fétide.

Même médication.

383. 6e jour, le matin. L’état général de la malade est satisfaisant^ pouls h 90, toux catarrhale.

Inspection du gosier : la plaque, que j’avais enlevée la veille, est remplacée par une exsudation nouvelle, mais moins étendue, formant une tacheblanche, du diamètre d’une pièce de deuxfrancs, occupant justement la portion de la muqueuse à laquelle le centre de la plaque avait été attaché la veille. Quant aux autres concrétions, elles n’offrent aucun changement notable.

Le soir, recrudescence de la toux et de la fièvre, petitesse, faiblesse et accélération du pouls (100 puis.), somnolence.

Continuation des médicaments.

384. 7e jour, le matin. Diminution de la toux et des symptômes fébriles, pouls à 90, peau halitueuse, langue humide et encore peu couverte d’un enduit blanc-jaunâtre, urines abondantes, constipation.

Résolution complète de l’engorgement ganglionnaire, desquammation de l’épiderme du cou. — En explorant le gosier, je trouve les tonsilles et les autres organes, gonflés auparavant , réduits à leur volume normal. Quelques fragments de la pseudo-membrane nouvellement produite, se sont détachés. Sur l’amygdale droite et sur la luette, l’on ne voit plus que çk et là des taches isolées, d’une forme irrégulière et d’un blanc sale. La paroi postérieure du pharynx est encore entièrement tapissée d’une concrétion de la même couleur. L’odeur fétide de la bouche est presque imperceptible, l’écoulement glaireux du nez continue.

Le soir, la fièvre s’accroît un peu et la malade retombe de nouveau dans un état somnolent, pouls à 100.— Cessalion des frictions, continuation de l’eau d’Adélaïde.

385. 8e jour. Mieux très-prononcé. La fièvre est insignifiante, le pouls ralentit (95 puis.), en restant faible et petit ; la toux est grasse et accompagnée d’expectoration.

Sur les tonsilles cl sur le voile du palais on ne remarque plus que quelques taches diphthéritiques, lenticulaires, aux contours inégaux; de même au pharynx, la plus grande partie de l’exsudation a disparu. — L’eau d’Adélaïde est continuée.

380. 10° jour. 11 ne subsiste plus la moindre trace de l’exsudation eouenncuse, la muqueuse réparait dans toute son intégrité, mais présentant une coloration plus vive, plus fraîche et plus pure.

La fièvre est complètement éteinte , une légère toux grasse est suivie d’une rejection copieuse de crachats muqueux. La langue est nette et humide, l’appétit se réveille, les évacuations alvines ont repris leurs caractères normaux, et les urines sont rendues abondamment. Dès ce moment la convalescence s’établit, et il ne reste aucun vestige de cette grave affection, si ce n’est que quelque faiblesse et une toux insignifiante’ qui cesse totalement en peu de jours.

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