I. — ANGINE DIPHTHÉRIQUE SIMPLE
( Amygdalo-pharyngite diphthérique) .
50. Je range dans cette division toutes les angines dans lesquelles la diphthérile s’est localisée à l’isthme du gosier (aux amygdales, à la luette, au voile du palais et h ses piliers) et au pharynx , et dans lesquelles les symptômes locaux constituent la principale lésion.
51. Dans cette affection, les symptômes généraux n’occupent, ainsi que dans l’angine gutturale ordinaire, qu’un rang secondaire dans l’ordre des phénomènes morbides, et l’angine parcourt ses différentes périodes sans que la diphthérite atteigne les canaux de la respiration.
52. L’angine diphthérique simple, telle que je l’ai observée, ne m'a point paru différer de l’amygdalo-pharyngite pelliculaire , qui a précédé ou accompagné l’affection des voies aériennes dans l’angine diphthérique croupale, comme nous le verrons tout à l’heure.
53. Dans les deux angines, l’état local et général, l’intensité plus ou moins grande delà réaction générale et de l’inflammation pelliculaire des amygdales et du pharynx, la nature et l’étendue des pseudo-membranes ne fournissaient, au début de la maladie, aucun signe diagnostique qui permît d’établir une distinction réelle entre ces deux affections. Ainsi j’ai vu bon nombre d’angines où les amygdales fortement rougies et tuméfiées se couvrirent complètement de concrétions couenneuses, et dans lesquelles l’engorgement ganglionnaire cervical, ainsi que la lièvre, atteignirent un assez haut degré, sans que la diphthérite dépassât l’entrée delà glotte; tandis que dans d’autres cas les mêmes symptômes précédèrent l’invasion du larynx. D’autres fois, l’angine semblait extrêmement bénigne ; la réaction fébrile, la tuméfaction des tonsillcs et des ganglions lymphatiques étaient insignifiantes ; c’était avec peine que l’on découvrait sur les amygdales des taches pelliculaires de peu d’étendue, et néanmoins on voyait éclater tout-ù-coup les accidents les plus formidables du croup, qui mettaient en grand dangerlesjours du malade. La fétidité de l’haleine se faisait remarquer fréquemment dans l’angine diphthérique simple; mais ce même phénomène s’étant montré communément aussi dans l’angine diphthérique croupale, cette fétidité ne peut être considérée comme signe caractéristique ni de l’une ni de l’autre de ces affections.
Il me semble donc hors de doute que ces deux phlegmasies des fosses gutturales ne sont qu’une seule et même maladie, et que cette affection, réunie avec la lésion du conduit aérien , constitue l’angine diphtérique croupale.
U, — ANGINE DIPHTHÉRIQUE GROUPALE.
( Pharyngo-laryngite diphthérique ; pharyngo-trachéo-bronchile diphthérique) .
54. Cette classe renferme toutes les tonsillo-pliaryngites pelliculaires qui coïncident avec la diphthérite du conduit aérien. Cette angine m’apparut en général telle qu’elle a été décrite avec tant de talent par MM. Brétonneau, Trousseau , Barthez et Rilliet et autres. Je m’abstiendrai donc d’en essayer la description , renvoyant du reste le lecteur aux observations de la dernière partie de mon mémoire.
55. Ainsi que je l’ai énoncé plus haut, cette maladie se caractérise par l’apparition et le développement du même mal en deux lieux différents, aux fosses gutturales et aux voies aériennes. Cette coincidence eut lieu, dans l’épidémie que j’ai observée, de trois manières différentes. Habituellement, la lésion diphlhéritique des canaux respiratoires se manifesta dans le cours de la lésion pharyngienne ; quelquefois elle débutait simultanément avec la lésion pharyngienne; d’autres fois elle la précédait, mais très rarement cependant.
56. Dans le premier cas, et avant l’apparition des phénomènes du croup, la tonsillo-pharyngite couenneuse n’offrait aucune différence de l’angine diphthérique simple, et lorsque les symptômes pathognomoniques de l’affection croupale se déclaraient, celle-ci ne différait nullement du croup, qui se manifestait indépendamment d’une diphthérite pharyngienne. — Lorsque les deux affections débutaient simultanément , les symptômes locaux de la tonsillo-pharyngite pelliculaire ne se distinguaient en rien de ceux qui se présentaient dans l’angine diphthérique simple. Enfin, dans les cas où les cavités gutturales furent affectées consécutivement à une affection croupale, les phénomènes locaux , la rougeur, le gonflement des amygdales , la dysphagie et l’exsudation plastique, ainsi que l’engorgement ganglionnaire , furent très peu prononcés.