F... B..., un garçon de 6 ans, fortement constitué
Le 13 janvier 1858, le soir. Amygdalo-pharyngite; fausse-membrane sur la tonsille gauche ; engorgement ganglionnaire sur le côté correspondant. Toux courte, sèche et rauque; dyspnée; fièvre légère; langue jaune. — Vomitif de tartre stibié ; frictions avec la teinture d’iode iodobromurée sur le cou ; eau d’Adélaïde n° II.
2e jour. Toux un peu moins sèche. — Frictions ; eau d’Adélaïde.
3° jour, le matin. Toux très-rauque, croupale. Le soir, toux humide et catharrale ; rapetissement de la fausse membrane sur la tonsille; diarrhée fétide.
Même prescription.
450. 4e jour. Toux catarrhale et humide ; ramollissement de la concrétion sur l’amygdale; diminution du gonflement ganglionnaire; pouls un peu agité; sueurs chaudes; augmentation de la sécrétion salivaire ; écoulement nasal.
Même traitement.
5« jour. Le malade rejette vers le matin, en toussant, une fausse membrane blanche et tenace, d’un 1/2 centimètre de largeur et de 4 centimètres de longueur, bifurquée ù une de ses extrémités, et ayant occupé évidemment la dernière portion de la trachée et le commencement de deux premières branches bronchiques.
La dyspnée cesse, la toux devient plus catarrhale et plus profonde,
mais parfois elle a encore font son caractère croupal. — Salivation, expectoration muqueuse.
Malheureusement, le malade refuse obstinément à prendre l’eau d’Adélaïde. De même , les frictions sur le cou doivent être discontinuées, parce que la peau est trop irritée et douloureuse. Tout traitement est interrompu depuis le matin jusqu’au soir. Je trouve alors le malade dans l'état suivant :
Toux continuellement sèche et croupale ; oppression ; respiration bruyante; fièvre. Je^découvre de nouvelles concrétions couenneuses, blanches et luisantes , sur la paroi postérieure du pharynx.
6e jour. Le malade s’oppose toujours à reprendre l’eau minérale. L’affection croupale fait des progrès rapides dans le cours de la journée ; la dyspnée s’accroît; l’inspiration devient extrêmement sifflante , et des accès violents de suffocation, survenant fréquemment, mettent en danger la vie de l’enfant.
Le soir, une consultation a lieu avec un de mes confrères, M. le docteur Marbotin , de Valenciennes. En face d’un état si désespéré, la trachéotomie est proposée. Les parents s’y opposent cependant formellement. Pour obtenir un effet vomitif, nous prescrivons ensuite une solution de sulfate de cuivre (quatre grains en deux onces d’eau), ne conservant toutefois aucun espoir que le malade puisse survivre.
Toute la solution est prise sans produire d’effet. A minuit, les accès suffocatoires redoublent et atteignent leur plus haut degré d’intensité; l’asphyxie paraît imminente et, dans ses angoisses mortelles, le patient, la face livide, les jugulaires gonflées, s’agite avec fureur dans son lit.
Dans un des courts intervalles de repos , l’enfant boit avec avidité un verre de bière qui a été accordé à ses instances réitérées, mais, h peine avalée, il la rend avec des mucosités visqueuses, ce qui lui procure quelque soulagement. Comme le malade, pris d’une soif ardente, demande de nouveau et instamment de la bière, je fais mêler ce liquide avec de l’eau d’Adélaïde n° I , sans que l’enfant ne s’en aperçoive. C’est ainsi qu’il avale coup sur coup plusieurs verres de ce mélange et qu'au moins un demi litre d’eau d’Adélaïde est pris en quelques heures.
451. Pendant ce temps il s’établit une assez forte expectoration de mucosités filantes, mêlées h des filaments pseudo-membraneux, les accès de toux et de suffocation décroissent et s’éloignent de plus en plus, et dans la matinée le malade trouve un sommeil calme et réparateur.
452. "«jour. A ma première visite matinale, je trouve l’enfant assis
et jouant dans son lit. Sa respiration est insonore et peu gênée, la toux rare et moins rauque, et l’on entend même à distance distinctement un raie muqueux dans la trachée. — Expectoration fréquente de matières tenaces et jaunes, intimement mêlées à des bandelettes pseudo-membraneuses longues, étroites et un peu ramollies ; écoulement nasal glaireux et copieux ; abondance des urines ; sueurs ; selles fétides, contenant des pellicules diphthéri tiques. — Fièvre insignifiante; pouls égal (100 puis.).
Exploration du gosier : chûte de toutes les fausses membranes.
L’enfant continue à prendre l’eau d Adélaïde, mêlée avec de la bière, ou avec du bouillon de veau.
Après-midi : les matières expectorées sont mêlées avec un peu de sang.
Le soir: sommeil paisible.
453. 8e jour, dans la matinée : Expectoration de crachats jaunes, nonsanguinolents. La respiration redevient difficile, métallique; le malade retombe dans un état d’accablement.
L’usage de l’eau d’Adélaïde est continué.
Le soir, à la suite d’une forte quinte de toux, le patient rejette par le nez tout un paquet de fausses membranes blanchâtres , avec du sang coagulé noir et du mucus épais. L’expectoration augmente. Forte excrétion des urines rouges, chaudes et sédimenteuses ; transpiration cutanée.
Ces phénomènes sont suivis d’un amendement très-notable L’enfant dort tranquillement pendant deux heures, la respiration est insonore et s’effectue sans difficulté; la toux, quoique souvent encore de caractère croupal, devient plus rare, plus humide, plus catarrhale.
Même prescription.
1 0° jour. L’amélioration fait des progrès.
IL jour. Toux tantôt croupale, tantôt catarrhale , faible et profonde (pectorale), accompagnée de rejection de crachats jaunes, mêlés avec des débris membraneux longs , étroits, ramollis et blanc-jaunâtres , et parfois avec des filaments de sang. Des masses semblables sont expulsées par les narines.
Eau d’Adélaïde n° III.
Le 12" jour le malade est convalescent.