‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 40 sur 50 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

436. F.... M...., âgée de 25 ans, bien constituée, d’un tempérament lymphatique.

-17 décembre 1857. La malade est prise d’une toux sèche, avec fièvre et mal de tête. La langue est couverte d’un enduit épais et jaune; l’appétit est nul. — Purgatif de sulfate de magnésie ; tisane d’althæa.

Le même état persiste pendant les trois jours suivants.

21 décembre. Céphalalgie intense; toux sèche; teinte de la langue d’un jaune sale ; fièvre, pouls petit et accéléré. Tuméfaction modérée des ganglions sous-maxillaires et sous-lingaux et des amygdales ; rougeur de celles-ci et du pharynx ; dysphagie.

437. La gencive de l’arcade dentaire supérieure est vivement rougie , gonflée et douloureuse; de même, la gencive de l’arcade inférieure est tuméfiée , et son bord sinueux est , dans toute sa circonférence, tapissée d’un enduit couenneux, uni, blanc et luisant. La partie inférieure de la gencive, sur laquelle l’exsudation ne s’est pas étendue, est d’un rouge brillant. A l’aide d’un manche de cuiller, je l’enlève facilement en plusieurs endroits, en forme de lamelles membraniformes assez fermes ; au-dessous de celles-ci la muqueuse reparaît intacte , humide et d’une rougeur luisante.

Les joues et les lèvres sont également gonflées et douloureuses , et on voit apparaître des concrétions lenticulaires blanches sur les commissures labiales. Les exhalations par la bouche sont d’une odeur insupportable ; une sérosité salivaire s’écoule par les commissures des lèvres, et une humeur aqueuse par les narines.

Badigeonnage du cou avec la teinture d’iode iodo-bromurée ; eau d’Adélaïde n° IL

438. 68jour. Les ganglions lymphatiques ainsi que les amygdales commencent à désenfler; la dysphagie continue pourtant.

La muqueuse tonsillaire et uvulaire présentent une teinte rouge-pâle et sale, parsemée de points d’une couleur plus obscure. La pointe de la ‘angue offre le même aspect ; tout le reste de sa surface est couvert d’un enduit blanc-jaunâtre, épais, lisse et poli, offrant l’aspect d’un vernis.

L’enduit pelliculaire sur la gencive de l’arcade inférieure commence à se détacher en petits fragments membraniformes, qui semblent être décollés et soulevés par l’humeur sécrétée en excès par la muqueuse gengivalc sous-jacente.

439. Des concrétions nombreuses et confluentes ont pris naissance sur

la tunique muqueuse de la joue droite, au niveau de l’arcade dentaire inférieure , et au point de contact de l’exsudation couenneuse. — La muqueuse environnante se montre très-rouge, et toute la joue droite, ainsi que la lèvre inférieure , sont fortement enflées et douloureuses. Le flux salivaire augmente.— Face rougie, front brûlant , céphalalgie vive, nausées, malaise général , lassitude; pouls petit et accéléré (100 puis.).

440. Quelques lambeaux couenneux enlevés de la muqueuse gengivalc, à l’aide d’un scalpel, sont plongés dans de l’eau chaude. Non-seulement ils résistent à l’action dissolvante du liquide, mais ils augmentent plutôt de consistance et de ténacité. Leurs bords irréguliers et floconneux flottent librement dans l’eau.

Eau d’Adélaïde ; frictions.

441. 7e jour. Amygdales en état normal ; paroi postérieure du pharynx couverte d’une couche de mucus blanc; déglutition sans difficulté.

Sur la muqueuse buccale de la joue droite , dont le gonflement a augmenté, l’exsudation couenneuse est plus étendue. L’enduit diphtheritique de la gencive affectée s’est détaché jusqu’aux interstices des dents.

Les gencives semblent un peu ramollies et présentent une coloration très-pâle. L’enduit de la langue s’est aminci ; les plaques sur les commissures labiales ont disparu, des concrétions pseudo-membraneuses blancjaunâtres apparaissent sur la pituitaire des narines, dont l’écoulement devient glaireux.

442. Le ptyalisme diminue. Par contre, il s’établit une expectoration abondante de matières albumineuses, demi-transparentes, vitreuses» épaisses et tenaces.

Les exhalations de la bouche continuent d’être extrêmement fétides; la céphalalgie est de la même intensité que la veille, la face rougie, mais la fièvre est de peu d’importance, et le pouls est tombé à 90.

Même traitement.

443. 8° jour. Amendement des symptômes généraux; pouls à 80; * garderobes liquides et brunâtres ; urines rares et rouges.

L’enduit de la langue s’amincit de plus en plus; la gencive de l’arcade inférieure est dégagée des concrétions, mais toute la surface des dents est couverte d’une boue blanchâtre.

L’exsudation plastique sur la joue droite a diminué , elle est plus circonscrite ; cependant de nouvelles fausses membranes se sont formées au-dessus des premières, aux endroits où les dents ont causé des impressions profondes sur la muqueuse buccale par leur contact.

La lèvre inférieure est désenflée. La fétidité de l'iialeine s’amoindrit ; les matières expectorées deviennent plus liquides et plus transparentes.

Traitement sans changement.

444. 9° jour. Pendant la dernière nuit, la malade était agitée et prise de nouveau de céphalalgie et de fièvre. Dans la matinée, fièvre presque nulle, pouls à 75. La tuméfaction de la joue droite est presque dissipée, et l’on ne remarque plus que quelques taches jaun es, sur sa paroi intérieure; la muqueuse qui la tapisse, a pâli et sécrète en abondance un mucus pur et limpide. L’enduit pultacé des dents est enlevé en partie par les mucosités et la salive, qui sont excrétées copieusement et qui affluent de toutes parts dans la cavité buccale.

On aperçoit maintenant par places des pellicules minces, blanchâtres et légèrement adhérentes sur la gencive de l’arcade supérieure, dont le bord onduleux très-gonflé dépasse , en forme d’un bourrelet , le collet des dents, et qui a été épargnée jusqu’ici de l’exsudation diphthéritique. — L’odeur fétide de la bouche est à peine perceptible; l’expectoration diminue.

Cessation des frictions et de l’eau d’Adélaïde.

445. 10® jour. La céphalalgie et la fièvre, reparues la nuit passée, ont disparu dans la matinée. Les gencives prennent une teinte rouge-violette; les dents se nettoient de plus en plus. — La salivation, la sécrétion de la muqueuse buccale, l’expectoration et l’écoulement nasal diminuent sensiblement.

446. 11e jour. Les concrétions sur la paroi intérieure de la joue droite se détachent en forme de lambeaux membraneux jaunes et très-minces. La langue se nettoie du côté de sa pointe et de ses bords; son enduit, plus épais au milieu , s’amincit graduellement vers ces parties. — La fétidité de l’iialeine cesse de se faire sentir. Plus de fièvre ni de céphalalgie; pouls normal.

447. 12° jour. Les pellicules sur la gencive de l’arcade supérieure ont disparu. Les dents de la mâchoire inférieure sont encore un peu recouvertes d’une boue blanc-jaunâtre ; mais une nouvelle exsudation concrète, d’un jaune clair, unique, large, épaisse, ferme et irrégulièrement configurée, a lieu sur la muqueuse buccale de la joue droite, qui est de nouveau enflée et douloureuse. Au milieu de la langue, une partie de la couche couenneuse, de la largeur d’un doigt, est tombée, et la muqueuse dénudée se présente intacte, nette et d’un rouge ronce ; simultanément la fétidité de l’halcine reparaît.

L’eau d’Adélaïde est reprise.

448. 13° jour, Augmentation de la sécrétion salivaire; urines copieuses; transpiration cutanée. — La nouvelle couenne sur la muqueuse buccale, s'étant détachée d’une seule pièce , est expulsée. Tandis que l’enduit de la langue s’est latéralement rapetissé d’une manière notable, une nouvelle production couenneusealieu à l’endroit où la veille l’enduit avait éprouvé une perte dans sa continuité.

L’eau d’Adélaïde est continuée.

16e jour. La malade se porte parfaitement bien, son appétit revient. La fétidité de l’haleine cesse complètement. La langue est encore un peu jaune au milieu. Une couche pultacée, mince et jaune, revêt encore les dents de la mâchoire inférieure, et la muqueuse buccale présente une coloration légèrement violette et pointillée.

Eau d’Adélaïde.

47e jour. La malade entre en convalescence.

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