HISTORIQUE
En 1889, Le Dentu, dans son « Traité des affections des reins », pense qu’on peut rencontrer l’angiome dans le rein comme dans les autres organes : le foie, la parotide, la glande sous-maxillaire. Virchow a décrit ces angiomes du rein en rapport avec de semblables tumeurs du foie, il pense toutefois que la fréquence en est bien moins grande.
Pour Le Dentu, ces tumeurs n’ont pas de symptômes, ne déterminent pas d’hémorragie et sont de simples trouvailles d’autopsie.
Dans son Traité de Chirurgie, en 1895, Albarran leur consacre quelques lignes : les angiomes sont si rares qu'on n'en a pas encore publié de cas opérés. Virchow décrit les angiomes sanguins caverneux comme des tumeurs presque toujours sous-capsulaires ; on peut encore les voir dans la zone limitante. Leur structure est analogue à celle des angiomes du foie.
Dans leur Traité des tumeurs du rein, Albarran et Imbert n’en font pas mention ; cependant dans la thèse d’'Héresco (thèse de Paris, 1905), inspirée par Albarran, on trouve l'observation d’un sarcome angiomateux : hématuries de 14 mois, tumeur souscapsulaire, de la grosseur d’une petite noisette, qui paraît relever plus de l’angiome que du sarcome. On
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peut donc penser qu’en l’absence d'examen anatomopathologique et microscopique très poussé, on ait pu classer l’angiome parmi les tumeurs malignes ou du moins Je confondre avec elles.
Lecène donne des angiomes, la description de Morris : tumeurs de faible volume ou de dimension d'une bille : les parties atteintes sont plutôt rétractées que saillantes ; histologiquement capillaires dilatés avec parfois de véritables lacunes tapissées d’endothélium et remplies de sang. Ce sont des trouvailles d’autopsie dont l'intérêt est purement anatomo-pathologique.
En 1910, Legueu, dans son Traité chirurgical d’urologie, déclare qu'exceptionnellement, comme dans un cas de Whitney (Boston med. and Surg. jour., 1908), on trouve des varicosités développées sur une papille du rein. Pilcher a vu des faits analogues, ils seraient au nombre de sept en tout et «ces varices rénales seraient impossibles à diagnostiquer ; ainsi, ajoute-t-il, s'opère le démembrement des hématuries essentielles commencé par Albarran, en 1898, et poursuivi par nous-mêmes dans un rapport au Congrès d’urologie ». À partir de cette époque, les urologistes commencent à observer les angiomes. L'attention du monde chirurgical est attirée par Fenwick et Lutz, qui publient une série de cas avec hématuries graves intermittentes, où la cause de l’hémorragie fut attribuée à ug angiome de la papille ; quelques cas étaient convaincants, d’autres non.
En 1909, H. Cabot, cas semblables ; en 1910, Mac Gowan rapporte quatre cas et s'étend assez longuement sur la cure chirurgicale. Il est le premier à em-
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ployer l'opération conservatrice dans l’angiome et à la préconiser. Ce n’est qu’en 1928, que la première étude d'ensemble est faite : Starr Judd et Simon passent en revue onze cas qui seraient pour eux tous les cas publiés : ils omettent les quatre cas de Mac Gowan et celui de Cabot, mais publient une belle observation personnelle qu'ils font suivre d’une symptomatologie, d’un traitement réduit et d’une discussion générale un peu plus longue.
L'année suivante, H. Gile publie une observation personnelle, puis Mackey, en 1930, passant en revue les cas antérieurs, les classe suivant leur localisation dans le rein : zone corticale, médullaire, bassinet. La même année, Bailey réunit aussi quelques observations. En 1932, Mackenzie et Hawthorne présentent deux cas typiques d’angiomes, après avoir réuni 29 cas ; puis, en 1934, paraît la publication de MM. Gayet, Gabrielle et Martin, la plus complète sur le sujet depuis qu'il a attiré l’attention des urologistes.
Ils apportent une très intéressante observation que nous avons consignée à la fin de ce travail, en font une courte étude clinique et une description anatomopathologique très poussée, la plus précise qui ait été faite jusqu'à ce jour.
En 1935, 1936, 1937, d'autres publications sont faites par Swann, Trialy, Horner, Chesterman, Dolakopoulos et Marion, à l’occasion de cas personnels.
ETIOLOGIE
L’angiome est une lésion congénitale, qui peut manifester sa présence, à diverses époques de l’existence, on n'en a pas décrit chez l’enfant. Les malades dont on a rapporté les cas, avaient entre 19 et 66 ans. L'âge d'apparition des symptômes est en relation avec la situation de l’angiome dans le tissu rénal. L’angiome situé immédiatement sous la muqueuse, au sommet de la papille, manifeste très tôt sa présence, tandis que les angiomes intra-médullaires ou souscapsulaires ne donnent de troubles que tardivement, ce sont ces derniers que l’on a décrits chez les malades âgés.
Le côté atteint est plus fréquemment le côté gauche ; il y a là plus qu’un phénomène dû au hasard, car la disposition des veines rénales du côté gauche prédispose à la stase de ce côté et facilite certainement la dilatation de vaisseaux préalablement fragiles.
L’angiome n’a aucune tendance à l'extension ni à l’ulcération des tissus de voisinage.
Il ne s'accompagne d’aucune réaction inflammatoire, la plupart du temps ; il ne donne jamais de métastase. De plus, la coexistence d’angiomes d’autres organes, tels que le foie, la vessie, la peau, de caractères anatomo-pathologiques identiques et la
coexistence aussi d’autres malformations congénitales, tels que des uretères bifides (2 cas) donnent à cette lésion le caractère congénital indéniable que l’on admet pour toutes les autres formations angiomateuses.
L'apparition plus ou moins tardive des symptômes est due à une foule de causes : traumatisme, torsion de pédicule et, en général, à tout ce qui peut amener au niveau de cet organe une congestion vasculaire active ou passive.
Il faut donc admettre qu’en plus du caractère congénital certain, il existe un facteur acquis, déterminant le développement de l’angiome et surtout, occasionnant l'apparition de symptômes.
Cébellos a cru pouvoir considérer la présence de l’angiome comme due à l'implantation intra-rénale de quelques cellules de tissu épinéphrétique qui se développeraient insidieusement. Il s’appuie sur la présence de fibres élastiques, conjonctives et musculaires lisses dans la paroi de canaux vasculaires. Il est bien plus simple, en réalité, de considérer l’angiome comme une simple dilatation localisée des vaisseaux sanguins en un point particulièrement riche en capillaires veineux et artériels, d'autant plus que les caractères anatomo-pathologiques qu’il apporte à l'appui de sa théorie sont les mêmes que ceux que l’on rencontre dans tous les angiomes.