CHAPITRE IV
l'église bretonne au vii'= siècle et la question
DES rites celtiques. »
l.Les chrétientés celles en Angleterre au VI' et au Vil" siècle. — 2. Les rites celtiques : question de la Pâquc, la tonsure, liturgie celtique. — 3. Premières discussions au temps d Augustin. Destinées de l Église celtique.
1. — Les chrétientés celtes en Angleterre au VP et au VII siècle
Avant de suivre les successeurs de saint Augustin dans l'œuvre de la conversion de l'Angleterre, il est nécessaire d'étudier la nature et la raison de ces divergences qui firent d'abord des Celtes chrétiens les
BIBLIOGRAPHIE. — ÀLFdRDAs, alias Gkiffittii (Midi.), Fides retjia Britannica (amjlosaxonica, nmjliœna) sive annales Ecclcsix Britaanicx... ubi polissimum Brilannorum... cul/iolica, romana 'cl orlliodoxa fides pcr quinque prima siecula... c regum et augustorum factis cl alionim sanclorum rébus c virlutc gcstis, asscritur, Leodii, KiUS, 4 vol. fol. — Watf.iiwoutii (Will.;, England and Home, or thc histonj of the religions connection belween England and tlic holy Sec from the year 17'.) to... Ij.ii, Hereford-Kondon, I8."ii. — Dofl- LixGFii, Origines du Clirislianisme, t. Il, ch. mv. — Usukr (James), dans le t. IV de ses œuvres (T/fc wliote works, W, 330 sq.). — Vaiiin. Mémoire sur les causes dedissidenceenire V Église brclunne et l'Eglise romaine relativement à la célébration de la féte de l'dquc dans : Mémoires de C Académie des Inscripl. et Belles-Lettres, l" série, t. V.
antagonistes des moines romains, jusqu'au moment où, l'union s'étant faite, ils devinrent les plus ardents ouvriers de la conversion.
Les polémiques qui se sont élevées sur ce sujet ne nous permettent pas, malheureusement, de nous en tenir à un simple exposé historique, mais si nous sommes obligé de prendre part à la discussion, nous espérons ne pas nous départir de l'impartialité nécessaire à l'historien et de n'apporter d'autre préoccupation dans cette étude que celle de la vérité.
Nous avons vu (ch. ii, p. 36 sq.) que les Celtes chrétiens d'Angleterre avaient reculé pied à pied devant ces tribus angles et saxonnes qui comme une marée montante les repoussaient dans les contrées de l'ouest, le pays de Galles surtout et la Cornouailles. Acculés dans ces régions montagneuses, resserrés entre la mer d'une part et de l'autre les Saxons, ils envoyaient à Rome cette supplique, restée célèbre sous le titre de gémissement des Bretons : « Les barbares nous repoussent vers la mer, et la mer vers les barbares ; il ne nous reste que le choix entre les
■1838, p. 88 à iiS (le meilleur traité sur cette question, selon nous). — MoNT.VLEMr.ERT, Les moines d'Occident (1878), t. HI, p. 398 et sq., et appendice, p. 489 sq. Cf. aussi la bibliographie des deux chapitres précédents et les notes du présent chapitre. — Gorini, De l'Eglise celtique dans les iles Britanniques, dans son ouvrage Défense de l'Église contre les erreurs historiques, etc., W éd., Paris, 186C, t. I, p. 222 à 347. — DiciiEsxE, Eglises séparées, Paris, 1896. Sur la question pascale spécialement, cf. Biiixo Kniscu, Studicn z. christl. mittel. Chronologie. Der Si luhr. Ostcrcyclus, u. seine Quellen, Leipzig, 1880. — Mabili.on, De Scotorum dissidio per benedictinos sublato ubi de tonsura laicorum clericorum et monachorum, Prxfationes ad Acla SS. 0. S. B., p. 04 sq.
L ÉGLISE BRETONNE AU VII'' SIÈCLE
deux genres do mort, ou le fer ou les flots ' ». Ces malheureuses populations toujours exposées au danger des incursions de leurs ennemis, vivant dans l'insécurité et la misère, avaient cependant conservé précieusement, jalousement, leur religion, comme un dernier trésor que leurs ennemis ne leur arracheraient pas, mais qu'ils ne voulaient k aucun prix partager avec eux. Ils avaient tout perdu, dit un de leurs vieux poètes, hormis leur nom, leur langage et leur Dieu ^.
Par un sentiment peu chrétien, mais qu'explique et qu'excuse trop l'excès de leurs infortunes, ils se réjouissaient de voir que leurs ennemis saxons, vainqueurs sur tous les autres points, et trop favorisés par la fortune, étaient du moins déshérités au point de vue religieux, et croupissaient encore dans les ténèbres du paganisme. Les Celtes auraient donc leur revanche de l'autre côté de la tombe, c'était leur dernière consolation. On prévoit donc déjà de quel œil ils accueilleront les missionnaires romains venus pour porter à leurs ennemis la lumière de l'Evangile et en faire des frères dans le Christ.
Une autre conséquence de l'invasion avait été de couper à peu près complètement les communications entre ces chrétientés bretonnes et le reste du monde chrétien. Les relations avec la Gaule, et par suite avec Rome, étaient suspendues. Ils n'avaient plus
i. Gii.DAs, Hist., V.h éd. Stevenson.
•2. Cf. T.VLiÉsiN, Archacoloyy of Wales, vol. I, p. 95.