Ep, L XI, cp. 'M; BÈDE, H. E., I
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des saints dont les reliques y seront placées, on leur laisse construire, comme par le passé, des cabanes de feuillage autour de ces mêmes églises, qu'ils s'y rassemblent, qu'ils y amènent leurs animaux, qui alors seront tués par eux, non plus comme offrandes au diable, mais pour des banquets chrétiens, au nom et en I honneur de Dieu, à qui ils rendront grâces après s'être rassasiés. C'est en réservant à ces hommes quelque chose pour la joie extérieure, que vous les conduirez plus aisément à goûter les joies intérieures'. »
Puis saint Grégoire donnait des règles très sages à l'évêque. Il devait vivre en communauté avec ses prêtres, comme avaient fait les grands évêques du iv^ siècle, un Augustin, un Eusèbe de Verceil, comme faisait à Rome saint Grégoire lui-même.
Au sujet de la liturgie, Augustin avait demandé s'il devait suivre le rite romain pur, ou adopter les usages des Gaules. Les décisions de saint Grégoire sont si larges et si libérales, que l'on en a contesté l'authenticité. Ce passage vaut aussi la peine d'être cité : « Votre fraternité, dit le pape, connaît la coutume de l Eglise de Rome, où elle se souvient d'avoir été élevée. Mais je veux que parmi les usages de Rome ou des Gaules, onde toute autre Eglise, vous choisissiez avec soin ce qui semblera le plus digne du Tout-Puissant; et vous en ferez la coutume de l'Église des Anglais, encore toute neuve dans la foi.
1. Ep. I. Gi. BÈDE, //. I. 'Xi. Irad. d'Ai(;. Tmi.nisY. loc. cit., t. I. p. 7(i. 77.
Car il ne faut pas aimer les institutions à cause des lieux, mais les lieux à cause des institutions. Donc, dans toutes les Eglises, prenez ce qu'il y a de pieux, de religieux, de raisonnable, et faites-en comme un bouquet qui soit la coutume des Anglais »
Cette note avait été remise à une seconde escouade de missionnaires que Grégoire envoyait au secours d'Augustin et qu'il chargeait de présents divers, vases et ornements sacrés, reliques, livres de chœur et manuscrits, parmi lesquels deux évangéliaires, conservés encore, croit-on, l'un dans la bibliothèque de Corpus Christi de Cambridge, l'autre dans la Bodléienne à Oxford. Cette mission, qui devait suivre à travers les Gaules le même chemin à peu près que la première, avait à distribuer sur sa route des lettres du pape aux évéques de Marseille, d'Arles, de Toulon, de Gap, de Vienne, de Lyon, de Châlons, de Metz, d'Angers, de Paris, de Rouen. 11 y avait aussi des lettres pour Brunehaut et pour le roi Clotaire, et une pour le roi de Kent. Ethelbert
Ces délégués, à la tête desquels se trouvaient Mel-
1. Cette lettre fait partie des responsiones ou réponses aux cas de conscience posés par Augustin. Les objections contre l'authenticité de ce document n'ont pas de valeur. CL Hartmann', Monumenta Germ. hislor., Epist. S. Gregorii, t. II, p. 331 ; Jaffé, Regesta, 1885, I, p. G99; Grisar, Civilta catlol., 189-2, t. II, p. 4G. Voir aussi notre appendice sur la Liturgie anglo-saxonne, p. 2!tl.
•2. Ces lettres font partie du 1. XI dans la correspondance, du n° 54 au n " 02.
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litus, Laurentius et Paulinus qui devaient devenir évoques en Angleterre, étaient aussi chargés de remettre à Augustin le pallium qui était l'insigne de la juridiction étendue que le pape lui donnait ' ; ils portaient aussi un plan de constitution pour la nouvelle Eglise d'Angleterre. D'après ce projet qui ne fut jamais complètement appliqué et qui du reste décelait dans son auteur une certaine ignorance des conditions de l'Angleterre à cette époque, Augustin devait ordonner douze évêques pour l'Angleterre du sud, avec la ville de Londres pour métropole. Dès que la cité d'York aurait reçu le christianisme, Augustin devait y instituer un évêquc qui aurait aussi le pallium, et deviendrait le métropolitain de douze évêchés nouveaux pour le nord et l'est de l'Angleterre.
Cet archevêque d'York relèverait, comme celui de Londres, directement de Rome. Et entre les deux archevêques, la primatie d'Angleterre devait appartenir à celui qui aurait été ordonné le premier -.
Ces desseins étaient sages. Ils indiquaient chez le pape le désir de maintenir une sorte d'équilibre d'autorité entre le nord et le midi de l'Angleterre, à contrebalancer les deux influences l'une par l'autre, et à prévenir le danger d'un schisme, par un pouvoir trop considérable donné à un évêque si loin du centre de l'autorité romaine. L'événement devait montrer bientôt combien prudentes étaient ces dispositions.
1. Sur le PaHi «m, voir l'appendice à ce volume sur la liturgie, p. .'il 3. ■2. BÉDE, II. E., I, 29.
Ces desseins du pape Grégoire ne furent cependant pas exécutés. Quand le Wessex, dont Londres était la capitale, eut été converti, Mellilus en fut nommé évêque. Pour des raisons que nous ne connaissons pas, Augustin resta à Cantorbéry qui a gardé jusqu'à la fin le titre de métropole. Quanta l'église d'York elle devint plus tard métropole, mais pour n'avoir pas suivi la règle donnée par le pape, il y eut entre les deux sièges des conflits sans cesse renaissants et qui troublèrent profondément la paix religieuse.
Dans cette œuvre de la conversion des païens anglo-saxons, saint Grégoire rencontra un sérieux obstacle du côté où il s'attendait le moins à le trouver. Ne connaissant pas plus que son missionnaire la situation respective des Bretons et des Anglo- Saxons, il avait compté sur le concours des premiers pour l'aider dans son oeuvre. INIais la haine qui s'amassait depuis deux siècles dans le cœur des Bretons contre leurs vainqueurs, ne pouvait disparaître en un jour. Leur demander d'ouvrir le ciel à leurs ennemis séculaires, c'était exiger un sacrifice héroïque; ils refusèrent. De là l'origine de discussions longues et pénibles entre l'Eglise bretonne et la nouvelle Eglise romaine qui venait de se fonder chez les Anglo-Saxons. Elles durèrent près de deux siècles. Il y eut des conférences, des essais de conciliation qui n'aboutirent pas. C'est la question que nous avons maintenant à étudier.