Les rites celtiques
Quand ces Bretons se trouvèrent en présence des moines romains, ce fut une surprise pour les uns et pour les autres. On ne se reconnut pas, on ne parlait plus la môme langue. Sur plusieurs points de discipline ou de liturgie on se trouvait en désaccord. Les moines celtiques portaient les cheveux tondus d'une étrange façon qui dut prêter à rire aux moines romains; ils se rasaient d'une oreille à l'autre sur le devant de la tête ; on croyait qu'ils avaient emprunté cette tonsure aux druides. Ce n'était là qu'un détail de costume. Ce qui était plus grave, c'était la question de la Pâque qui avait failli, dès le II" siècle, jeter une partie de l'Eglise dans le schisme et qui renaissait ici avec une acuité singulière. De temps immémorial Rome et toutes les Eglises quj
L'ÉGLISE BRETONNE AU VIP SIÈCLE. 75
relevaient d'elle célébraient la Pâquc au dimanche qui suit le quatorze de la lune de mars. Les Bretons restaient attachés à un système que les moines romains croyaient nouveau, mais qui en réalité était beaucoup plus ancien que le leur. Leur liturgie, sur plus d'un point, s'écartait aussi de la liturgie romaine
Enfin leur hiérarchie, par suite des ravages accumulés par les Saxons, présentait quelque chose d'anormal -. En somme, il n'y avait rien là qui fût de nature à effrayer ou à faire prévoir un schisme. Si d'une part les Bretons s'étaient montrés un peu plus accommodants, et si de l'autre Augustin et ses moines s'étaient inspirés davantage des idées larges et sages que saint Grégoire leur exposait dans ses lettres, peut-être serait-on arrivé à une entente pour le plus grand bien de l'un et l'autre parti. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi et, pendant plus d'un demi-siècle, l'esprit de discorde divisa l'Église celtique et la nouvelle Église romaine.
Au fond ce n'était pas une question de rites, ou de doctrine, mais bien une antipathie de race. Les
1. Varin réduit à six points les différences entre les Celles et les Romains : la forme de la tonsure; des rites particuliers pour la messe et pour le baptême; le coniput pascal; le refus d'évangéliser les Saxons; enfin le célibat. Quelques auteurs, sur ce dernier point, ont prétendu que les prêtres celtes considéraient que le mariage leur était permis. Mais c'est une erreur; les désordres ou les scandales, que (iildas reproche auv Bretons, ne prouvent rien contre la règle; sur ce point voir Varin, Ioc. cit., p. 98 seq. et 105, et CoiiiN'i, p. 272 seq.