Cf. CoiiiM, loc. cit., p. 23G seq
Bretons ne pouvaient oublier que le Saxon était l'ennemi traditionnel, et même devenu chrétien, ils le considéraient comme ennemi
Mais d'où venaient ces divergences ? Cette question a soulevé parmi les récents historiens et les théologiens des discussions non moins vives que celles qui divisaient autrefois Romains et Celtes.
Pour Augustin Thierry, pour Michelet, et dans un autre camp, pour Pusey et les anglicans^, l'Eglise celtique est une sorte d'Eglise autonome, acéphale, schismatique, qui vit en dehors de la juridiction de Rome, garde jalousement des usages qu'elle tient de ses origines, son christianisme n'est pas celui de la chrétienté latine. Ce christianisme aurait été porté chez les Celtes par des asiatiques, et il devrait à cette origine aussi bien qu'aux tendances générales de la race celtique, ses caractères principaux.
Voici quelques-uns de ces caractères. Les bardes celtiques auraient enseigné de temps immémorial que l'homme est naturellement bon, et que par ses seules forces il peut s'élever à la plus haute perfec-
i. C'est ce que Ziramer a très l)ien vu quand il reconnaît que ces divergences étaient sans importance et ne furent envenimées (lue par la question de race, loc. cit., p. (iO.
a. Ai'G. TiiiKRiiv, HtsI. de la Conquête de V Auijlelcrre par les Normands, t. I, 1. 1, p. 53 seq. Il faut remar(|uer (|uc dans les dernières éditions, Aug. Thierry a modifié quelques-unes de ces idées. — Michelet, Ilist. de France, 1. 1, p. 121, 264 etc. Usher et la plupart des historiens protestants depuis les centuriateurs de Magdebouri; (Centur. n, c. n, 7, 9), Pusey, dans son Irenicon, les liturgistes anglicans eux-mêmes, Forbes, l'aimer, Maskell, etc., restent fidèles à cette théorie. Cf. notre appendice sur la liturgie.
L'ÉGLISE BRETONNE AU VIP SIÈCLE
tion morale. C'est la formule même du pélagianisme, et Pelage aurait trouvé son système tout fait au milieu de ses compatriotes bretons. L'Eglise celtique est pélagienne, elle nie l'influence, la nécessité de la grâce et par suite le péché originel ; « le pélagianisme est l'hérésie celtique », dit Michelet ^
L'esprit d'indépendance et d'isolement, qui est un des caractères du Celte, lui aurait fait rejeter la primauté du saint-siège, et même, dans une certaine mesure, la hiérarchie, la distinction des divers degrés de la cléricature. C'est la démocratie dans le sacerdoce.
A l'origine asiatique de son christianisme, l'Eglise celtique devrait l'usage de célébrer la Pàque à un autre jour que les Latins, et les autres différences liturgiques et disciplinaires dont nous avons déjà parlé 2.
Pour commencer par le prétendu pélagianisme des églises celtiques, rien de moins fondé que cette assertion. Cette hérésie comme tant d'autres n'est qu'un incident dans leur histoire, une singularité sortie de l'esprit d'un théologien qui ne veut pas
1. Hist. (la France, t. I. p. 1-21 et-i(>4. Pour être jusle il faut avouer <|ue la iliése ainsi (ormulcc est celle d'Auff. Thierry et de Mirhelet, qui ont singulièrement exagéré et généralisé celle des anglicans.
2. Varin, dans le Mémoire déjà cite, a très bien étudié ces diverses questions. Il démonirc que ces divergences ne portaient que sur des points secondaires ; (|ue ces différences étaient de date relativement récente; qu'en tout cas leur origine asiatique ne peut être démontrée; qu'il faut en chercher la raison dans le caractère national des Celtes; (|ue (iuel([ues-unes de ces prétendues divergences n'étaient que d'anciens usages romains.
suivre les chemins battus et bâtit un système. Il est même assez probable que Pélage . commenous l'avons dit ,'cf. p. 32), ait puisé ses théories à Rome, auprès de l'oriental Rufm. 11 n est pas prouvé d'ailleurs que ce système se soit acclimaté plus aisément dans l'Église celtique ou qu'il y ait été adopté plus aisément'. Le midi des Gaules, par exemple, fut bien plus accessible, et la doctrine des druides n'a rien à voir avec celle de Pélage.
Ce sont les invasions et sa situation politique qui tinrent l'Eglise bretonne à l'écart et lui firent perdre le contact avec les autres églises du continent.
La divergence sur la date de la Pâque constituait une difficulté plus sérieuse. Pâque est, comme on le sait, le pivot de Tannée liturgique ; sa date est variable d'après les années lunaires ; la plupart des grandes fêtes de l'Eglise lui font cortège, et leur place sur le cycle ecclésiastique dépend de la sienne. C'est sur la Pâque, en un mot. que repose tout le calendrier ecclésiastique. Aussi, dès les premiers siècles, nous voyons que les chefs de l'Eglise cherchent une base astronomique sérieuse pour fixer d'une manière scientifique la célébration de cette fête. Mais là gisait précisément la difficulté ; il n'était pas facile, dans l'état des connaissances astronomiques de l'époque, de fixer un cycle lunaire parfaitement exact; on n'y est arriv('' que dans les temps