‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 37 sur 118 · Les ouvriers celtes, 633 à · texte numérisé non relu

Les ouvriers celtes, 633 à

C'est à cette heure critique dans l'histoire de la conversion de l'Angleterre que les Celtes chrétiens, sortant de l'isolement rancunier dans lequel ils s'étaient cantonnés, entrent en scène, et ils apporteront dans cette œuvre un zèle , une ferveur , un dévouement, une habileté même, qui feront presque oublier l'œuvre de leurs aînés.

Pendant une période d'une vingtaine d'années environ, le christianisme va conquérir les royaumes de l'heptarchie qui ne l'avaient pas encore reçu, sauf la seule exception du royaume de Sussex, reconquérir ceux qui, après l'avoir reçu, l'avaient

i. BÉD., H, 20.

L'ŒUVRE DE LA CONVERSION

rejeté. Si bien que vers le milieu du vu'' siècle, l'Angleterre pourra être considérée comme à peu près chrétienne.

Pendant qu'Edwin régnait sur la Northumbrie, son neveu Oswald avait été obligé, par suite de rivalités de famille, de s'exiler chez les Scots d'Irlande qui étaient catholiques. 11 embrassa leur foi et y fut baptisé (Bède, 111, 1).

Après la mort d'Edwin, Oswald put revenir en Northumbrie ' ; il parvint après une longue lutte à repousser le farouche chef breton Ceadwallon qui, à la suite de Penda, s'était jeté sur ce pays et qui fut tué. 11 reconquit même assez d'influence pour recevoir le titre de Bretwalda qui lui donnait le premier rang parmi les chefs angles ou saxons. Oswald était un chrétien convaincu. Quand il voulut travailler à répandre le christianisme parmi ses sujets, il s'adressa aux moines irlandais de la grande abbaye d'iona qui l'avaient converti luimême, et qui cette fois ne refusèrent pas leur concours; un courant d'émigration monastique s'établit entre la grande abbaye celtique et la Northumbrie.

Parmi ces missionnaires était Aidan, qui fut nommé évêque (635) et s'établit dans l'île de Lindisfarne, toute voisine de Bamborough, sorte de forteresse et de place retranchée où s'était campé Oswald. Lindisfarne devint, pour un temps, jusqu'à

i. Nous ne parlons pas de Osric et Eanfiid qui ne firent que passer.

ce qu York eut repris sa place, la capitale religieuse de la Northumbrie.

Le roi traita en ami le nouvel évêque et se fit son collaborateur. Aidan était un Celte qui ignorait l'anglo-saxon; Oswald fut son professeur, et parfois il traduisait à son peuple ses sermons. Souvent aussi le roi l'invitait à sa table, et la plus grande intimité régnait entre eux.

Sous cette double impulsion, le christianisme fit de rapides progrès en Northumbrie. Nous verrons aussi, tout à I heurc, que c'est par l'influence d'Oswald qu'un autre royaume, le Wessex, reçut la foi.

Oswald l'ut tué en 643, en combattant contre le roi païen de Mercie, Penda, qui vengeait ainsi son allié, Ceadwallon. Il n'avait que 38 ans; l'Eglise le vénère comme un saint, et les Saxons durant tout le moyen âge honorèrent glorieusement sa mémoire.

Sa mort et les ravages qui suivirent n'arrêtèrent pas les progrès du christianisme en Northumbrie. Oswin, son fils et son successeur, encouragea les travaux d'Aidan qui continua le cours de ses prédications. Sa vie d'austérité, de désintéressement, de charité édifiait le peuple plus encore que sa parole '. A côté des églises et des monastères qu'il fondait,

i. On a même pu dire, non sans quelque exagération : ■ ce n'est pas Augustin, mais Aidan qui a été le vrai apôtre de l'Angleterre ». J. B. LiGUTFOOT, Leaders in Ihe Northern Church, I.ondon, 1890, p. 9.

L'ŒUVRE DE LA CONVERSION

il élevait des écoles pour l'éducation des jeunes gens.

Aidan avait gardé les usages de sa race, notamment pour la célébration de la pâque. En suivant son grand apôtre, la Northumbrie adopta avec lui ces usages qu'elle dut abandonner plus tard sous l'influence d'autres missionnaires. Aidan, qui mourut en 651, laissa la mémoire d'un des plus grands saints et d'un des fondateurs du christianisme en Angleterre

Le Wessex, qui était après la Northumbrie le royaume le plus puissant de l'Heptarchie, n'avait pas encore reçu de missionnaires. C'est à Oswald, nous l avons dit, qu'il dut la foi. Le jeune roi de Northumbrie demanda, en elfet, en mariage la fille de Cynegils, roi païen de cette province. Par cette alliance le christianisme entra dans ce royaume ; Cynegils se convertit en 634 avec une partie de sa nation.

Peu après ce fut le tour de l'Estanglie, qui était retombée dans le paganisme. Sigebert, frère de l'ancien roi, avait été exilé en Gaules ; il en fut rappelé et rétablit le christianisme avec un évêque bourguignon, Félix, qu'il avait ramené avec lui. En même temps, des relations étroites s'établirent avec la Northumbrie, et les moines celtes vinrent en Estanglie prêcher l'évangile.

Un péril menaçait toutes ces chrétientés naissantes, c'était Penda, le roi de Mercie, le descen-

I . Bèdc a écrit sa vie ; cf. Boix., Acla .SS., aug., t. VI, p. 688 sq. Cf. A. ('.. FuYF.B, Aidan, Ihe aposlle of Ihe Nortii, London, ISSi.

dant d'Odin, le représentant du vieux culte national, toujours prêt à la lutte. Il envahit l'Estanglie. Le roi Sigebert, après s'être fait l'auxiliaire des missionnaires, était entré lui-même dans un monastère. Ses sujets le forcèrent d'en sortir. Mais il trouva la mort dans la bataille et Penda resta vainqueur, 635. Quelques années plus tard, une seconde fois Penda envahit le pays, détruisit et tua le successeur de Sigebert, Anna, qui lui aussi s'était montré favorable au christianisme.

On a vu plus haut comment Oswald fut défait et tué par lui, et la Northumbrie ravagée, comme elle l'avait été après la mort d'Ed^Yin.

Aux maux de l'invasion se joignirent dans ce malheureux pays les querelles intestines. Le nord et le sud, sous le nom de Bernicie et de Deirie, obéissaient à des tendances hostiles depuis de longues années ; ils entrèrent de nouveau en lutte.

Malgré lous ces malheurs , le christianisme subsista et prit môme des accroissements inconnus jusqu'alors. De nouveaux monastères se fondèrent. Les noms d'Hartlepool et de Whitby sont célèbres dans l'histoire monastique. Hilda, la grande abbesse de Whitby, gouvernait en même temps un monastère d'hommes et un monastère de femmes, comme le cas se présentait quelquefois à cette époque, chez les Celtes.

Le royaume d'Essex qui, l'un des premiers, avait reçu l'évangile, ne s'était pas montré fidèle, et Mellitus, premier évêque romain de Londres, avait

L'ŒUVRE DE LA CONVERSION

été chassé. Les habitants montraient du reste une déplorable facilité à changer de religion. En 653, un roi d'Essex fut converti sous Tinfluence d'un roi de Northumbrie. La population revint à ses dieux I en 664, puis enfin retourna au christianisme.

Le royaume de Mercie restait la dernière forteresse du paganisme chez les Anglo-Saxons. Ce fut encore sous l'influence de la Northumbrie et par un mariage que le christianisme vint s'installer au foyer même du terrible Penda. Son fils Peada demanda la main d'une fille d'Oswy, roi de Northumbrie, et consentit à embrasser la foi chrétienne. 11 fut baptisé en G53 et reçut dans son royaume des missionnaires de Lindisfarne.

Ce qui est de nature à étonner c'est que Penda se montra plein de tolérance pour ses sujets qui embrassèrent la foi nouvelle.

Cette alliance et cette conversion qui semblaient devoir assurer la paix entre la Northumbrie et la Mercie, n'empêchèrent pas le vieux roi Penda, alors octogénaire, d'entreprendre une nouvelle campagne contre Oswy. Mais cette l'ois la victoire se déclara contre lui, et ce vieux bandit qui avait si souvent tenté la fortune des armes, fut enfin trahi par elle. Il trouva la mort dans la mêlée, 655.

Ainsi à celte date, tous les royaumes de l'Heptarchie, sauf celui de Sussex, étaient convertis. Ce dernier devait recevoir la foi en 681-685 par les soins de saint \Yilfrid, l'un des hommes les plus remarquables de la période suivante.

Page 1