Benoît Biscop, le moine voyageur et érudit
Dans celte période de l'histoire ecclésiastique d'Angleterre au vu" siècle si féconde en saints et en grands hommes d'église , Benoît Biscop
nous l'ournit un autre type, celui du moine érudit, du voyageur et du curieux, ami des lettres et des arts, soucieux de recueillir les traditions du passé et de les faire revivre, passionné pour les manuscrits et les objets d'art, organisateur habile, en même temps qu'un maître de la vie spirituelle, l'un de ces hommes à l'existence modeste dont la postérité oublie trop vite le nom, mais qui fut plus utile à son siècle et à l'Angleterre que ne l'eût été un grand conquérant. Né vers 628, il appartenait probablement à une famille saxonne de race royale ; il fut lui-même thane d'Oswy, roi de Northumbrie. A vingt-cinq ans il renonçait au monde et nous avons vu qu'il accompagnait Wilfrid dans son voyage de Rome en 653. 11 fît en 6G5 un second voyage à Rome, mais s'arrêta en route à Lérins où il resta plusieurs mois, pour étudier la discipline et la vie. Ainsi le monachisme saxon se rattachait par de nouveaux liens à la Gaule et à Rome. A Rome, il fut adjoint comme compagnon au vieux moine Théodore que le pape Vilalien nommait archevêque de Cantorbéry.
11 visita Rome une troisième fois, mais celte fois surtout en érudit, pour acheter dos livres. Il s'en revint chargé de savantes dépouilles en Northumbrie, oii le roi Egfrid lui donna de vastes propriétés pour construire un monastère. Ce domaine, situé vers l'embouchure de la Wear au nord, devint le monastère de saint Pierre de Wearmouth (bouche de la Wear) , l'un des plus célèbres de cette période,
un foyer de science et de civilisation que les Anglais devraient vénérer comme les Italiens le Mont Cassin, ou les Allemands, Fulda. Désireux comme Wilfrid de doter son pays d'une architecture nouvelle, il avait amené des ouvriers pris en Gaule, e" fit imiter les procédés de construction usités à Rome. 11 vint dans cette ville une quatrième fois pour compléter la décoration de son église; il en rapporta un trésor do livres, de reliques, d'objets précieux. Soucieux de mettre son monastère au premier rang, il ramenait aussi de Rome un chantre pour instruire ses moines dans la musique et les cérémonies romaines.
Le roi Egfrid fut si frappé de l'œuvre accomplie à Wearmouth qu'il chargea Benoît de construire une abbaye sœur sur l'autre rive de la rivière à Yarrow, 682. Ce pèlerin infatigable, dès qu'il eut envoyé une petite colonie dans la nouvelle fondation, repartit pour Rome, afin de procurer au nouveau monastère livres et peintures. Ce fut son dernier pèlerinage ; il fallut la paralysie pour l'attacher à son monastère. 11 y mourut le 12 janvier 690.
Il avait dans ses voyages visité dix-sept monastères différents, et avait choisi comme règle celle de saint Benoît qu'il fit adopter par ses moines.
Il est supérieur comme promoteur de la culture à Wilfrid, avec lequel il eut du reste quelques différends. Il avait beaucoup plus de sympathie pour Théodore dont il fut l'ami, et dont il partageait les vues. L'Angleterre, dit l'historien Stubbs, n a ja-
mais assez reconnu ce qu'elle lui doit \ car la civilisation et la science du viii° siècle furent conservées dans ce monastère de Yarrow qu'il avait fondé, où fut élevé Bède ; de Yarrow et de Wearmoutli sortit l'école d'York, où étudia Alcuin qui communiqua à son tour les traditions de culture à l'école carolingienne.
11 avait créé pour l'Angleterre le type du monastère, foyer de science et d'art, un peu différent du monastère d'Iona et des autres monastères celtes d'Angleterre qui étaient surtout des centres de vie spirituelle et des écoles de missionnaires.
I. Dana la vie de Benoit Biscop, Dict. of Christ. Diography, p. 309.