CHAPITRE IX
ALFRED LE GHAND (871-901).
1. L'invasion danoise et les monaslèrcs. — 2. Le règne d'Alfred Le Grand, 871-001.
1. — Les invasions danoises. — Retour offensif de la barbarie.
Il n entrc pas dans notre plan de faire l'histoire politique de l Angleterre. Ce serait du reste s'engager dans un dédale de révolutions, de com-
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pétitions, d'intrigues et de violences entre tous ces royaumes qui se disputent l'hégémonie.
L'Heptarchie avait pu vivre tant que les Saxons étaient tenus en respect, unis par la crainte de retours offensifs de la part des populations bretonnes qu'ils avaient soumises, et par des intérêts de clocher. Mais ce n'était pas une institution politique viable.
Ces petits états juxtaposés se jalousaient, et devaient finir par se faire la guerre. On peut juger de ces divisions par une page de Lingard qui donne un raccourci saisissant do l'histoire de la Northumbrie au vii^' siècle.
« Durant le viii*^ siècle, la Northumbrie avait
Records of Sl Edmund (Bury St Edmund, 4890). — J. B. M.vckixlay,
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donné d'odieux exemples de trahison et de meurtres; aucun autre peuple peut-être n'en fournirait d'aussi révoltants, capables d'entrer en parallèle. Dans une période de cent ans, quatorze rois avaient pris le sceptre, et sur ce nombre à peine pourrait-on en compter un seul qui soit mort en possession paisible de la royauté. Sept avaient été tués et six détrônés par leurs sujets rebelles. Après Eardulf, on vit les mêmes crimes, la même anarchie, jusqu'à ce que les Danois eussent complètement détruit la dynastie northumbrienne par le massacre d'Ella et d'Osbrith, en 867 ^ »
Un moment on put avoir l'illusion que l'unité était faite; ce fut sous le règne d'Egbert, le plus illustre de ces petits rois.
Roi de Wessex, il fut d'abord exilé en Gaule. C'était sous le règne de Charlemagne. Il put étudier de près la politique du grand empereur, s'éprendre de ses talents d'organisateur et d'administrateur. Il semble en fait s'inspirer de sa politique.
Revenu en Angleterre en 803, il parvint à réunir sous sa main toute l'heptarchie et à fonder en Angleterre l'unité monarchique. L'heptarchie si profondément divisée jusqu'alors se fondit en une nation plus compacte. Les noms mêmes des sept royaumes disparurent peu à peu, et le nom général d'Angleterre prévalut. Egbert fut un des grands ouvriers de l'unité nationale.
1. LiNG.vnD, Hisl. d'Angleterre, 1. 1, ch. iir, 1. 1, p. S6, 3« éd. française, Paris, s. d.
L'ANGLETERRE CIlllÉTIENNE. 13
Mais ce ne fut qu'une prospérité et une union éphémère. Ses fils et ses petits-fils se divisent et se combattent ^
A sa mort en 837, ce n'était plus un danger intérieur qui menaçait l'avenir de l'Angleterre, c'était le péril des invasions danoises. Egbert, en mourant, pouvait voir comme Charlemagne paraître à l'horizon de son royaume ces hardis pirates qui, pendant un siècle, vont le ravager, détruire ses richesses, terroriser et affamer les populations, saccager les monastères et les églises, replonger le pays dans la barbarie, et menacer d'un même danger l'Eglise et la civilisation.
Les grands bras de mer, qui s'avancent jusqu'au milieu des terres dans ce pays et le découpent profondément et qui sont aujourd'hui une des causes de sa prospérité maritime, servirent de route aux envahisseurs.
C'étaient les barbares danois, norvégiens ou normands, dont Taine décrit en ces termes l'entrée en scène : « Ceux qui étaient restés en Danemark avec leurs frères de Norvège, païens fanatiques et acharnés contre les chrétiens. . . Leurs rois de mer qui n'avaient jamais dormi sous les poutres enfumées d'un toit, qui n'avaient jamais vidé la corne de bière auprès d uu foyer habité, se riaient des vents et des orages et chantaient : « Le souffle de la tempête aide nos rameurs ; « le mugissement du ciel, les coups de la foudre ne
i. Ethelwulf, Etiielbald, Ellielbeit, Ellielrcd.
« nous nuisent pas ; l'ouragan est à notre service ^ . »
Frères des Anglo-Saxons par l'origine, ils avaient gardé les passions violentes et les énergies sauvages que trois siècles de vie sédentaire et de civilisation avaient amorties dans ceux-ci.
Un des étonnements de l'histoire, c'est de voir comment, pas plus en Gaule qu'en Angleterre, ou en Irlande, on ne parvint à s'organiser pour repousser sérieusement ces invasions. L'absence complète de marine en est probablement la raison. Montés sur leurs barques légères, marins admirables, forbans audacieux, ils paraissaientà l'improviste surunpoint, pillaient les églises et les monastères et disparaissaient sans qu'on eût même songé à les poursuivre.
La plupart des grands monastères dont nous avons fait l'histoire furent dévastés par eux. Les disciples de saint Benoît ou de saint Colomban, dressés à la prière, à l'étude, à la copie des manuscrits, à l'agriculture, aux œuvres de paix dans la cité monastique qui par plus d'un point ressemble à la cité antique, étaient peu faits pour la lutte sanglante, et semblaient des victimes destinées au sacrifice.
Plusieurs fois par la Tamise les Danois remontèrent jusqu'à Cantorbéry ou à Londres.
L'invasion de 870, celle qu'on appelle la grande invasion, fut surtout redoutable.
A l'approche des barbares dont on connaissait la cruauté aussi bien que la perversité, on raconte que