‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 83 sur 118 · r.uNK, llist. delà UlUr. anglaixe, t. I, p · texte numérisé non relu

r.uNK, llist. delà UlUr. anglaixe, t. I, p

l'abbesse du monastère de Collingliam, Ebba et toutes ses filles, se coupèrent la lèvre supérieure et le nez pour échapper aux outrages de ces brutes. Ils se contentèrent de brûler ces vierg es héroïques dans leur cloître.

Les grands monastères de Lindisfarne, de Yarrow, de Wearmouth, de Streneshal furent ravagés.

Dans celui de Croyland, l'abbé Théodore, qui le gouvernait depuis soixante-deux ans. renvoya les moines les plus robustes avec les reliques et les objets les plus précieux; ils allèrent se cacher dans les marais ; l'abbé ne retint avec lui que les plus jeunes ou les vieillards qui s'enfermèrent au chœur, chantant des psaumes. Les pillards arrivèrent vers la fin de la messe. Oketul leur chef se jette sur l'abbé qui officiait et le tue sur les degrés de l'autel, ainsi que ses ministres. A cette vue, enfants et vieillards s'enfuient. On se lança à leur poursuite, et on les tortura pour leur faire avouer en quel endroit ils avaient caché les objets précieux du monastère. Ils furent tous tués, excepté un enfant qui inspira de la pitié à un chef danois. Furieux de ne rien trouver, les pirates saccagèrent le monastère et y mirent le feu.

Dès qu'ils se furent retirés, les moines qui s'étaient cachés dans les marais revinrent, et retrouvèrent les corps de leur abbé et des autres martyrs.

A Peterborough, un autre chef Scandinave tue de sa main tous les moines au nombre de quatre-vingtquatre. A Medeshamstedt, les moines avaient résolu de se défendre.. Les pirates ne pénétrèrent dans les

murs qu'après deux assauts. Les moines qu'ils trouvèrent furent tués, la bibliothèque brûlée ainsi que les chartes de l'archive; tout fut ravagé et, en se retirant, les barbares mirent le feu au cloître.

Tel fut le sort de la plupart de ces monastères qui pendant la période précédente s'étaient développés avec tant d'éclat.

C'est aussi dans cette invasion que le jeune et pieux roi d'Estanglie, devenu le martyr saint Edmond, fut pris, torturé, puis décapité, 20 novembre 870. Sa vie a été écrite par Abbon de Fleury ; il n'avait guère que trente ans et en avait régné près de seize, quand les Danois de Mercie envahirent l'Estanglie et lui livrèrent bataille. 11 l'ut défait; la chronique saxonne et Asser semblent dire qu'il fut tué sur le champ de bataille, mais on ne saurait rejeter la version accréditée qui nous représente le jeune roi, prisonnier des Danois, placé entre l'alternative de l'apostasie et du martyre et acceptant courageusement la mort. Il fut attaché à un arbre, comme saint Sébastien, servit de but aux flèches des barbares, et fut enfin décapité. La bataille avait eu lieu près de Thetford ; à quelque dix milles au sud de cette place fut élevée plus tard la magnifique abbaye de Bury-Saint- Edmond, qui devint un grand centre de pèlerinage, tandis que le roi-martyr prenait une des premières places dans la piété populaire des Anglo-Saxons * .

l.Miss Arnold Foslcr ne compte [)as moins de cinquante a soixante églises, parmi les anciennes, encore dédiées à sa mémoire. Sludies in church dcdications, t. II, p. M'.

C'était la barbarie qui reprenait le dessus et menaçait la société constituée par les Anglo-Saxons, d'une destruction à brève échéance.

Une des conséquences de cette dernière invasion fut l'établissement des barbares du nord en Estanglie, et dans une partie de la Nortliumbrie et de la Mercie. L'année suivante (871), ils chassaient le roi de Wessex, Alfred, et s'emparaient aussi de son royaume. On pouvait se demander si ces flots nouveaux de barbares n'allaient pas submerger les Anglo-Saxons, comme ceux-ci avaient submergé les Celtes qui eux-mêmes avaient subjugué les aborigènes. Ainsi dans ce pays les races se superposaient comme sur la croûte terrestre les différentes couches géologiques. Mais leurs desseins allaient être arrêtés par ce jeune roi fugitif, dont nous venons d'écrire le nom, et qui sauvera son pays de la barbarie.

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