‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 93 sur 118 · Démoralisation générale · texte numérisé non relu

Démoralisation générale

La démoralisation générale et les abus pouvaient faire croire que les maux de l'invasion étaient un châtiment des péchés du peuple et des clercs. C'est l'idée qui revient le plus souvent dans les décrets promulgués par les witenagemots qui composent une législation à la fois civile et ecclésiastique. Un des désordres les plus graves est signalé par Wulfstan dans son adresse au peuple anglais, Lupi sermo ad A/iglos. Des Saxons s'emparaient par violence de leurs compatriotes et les vendaient comme esclaves aux Danois. Bristol était le port principal où s'opérait cet odieux trafic de chair humaine. L'Église protestait par ses canons contre ce commerce, mais ce ne fut que de longues années plus tard, sous Guillaume le Conquérant, que Wulfstan, le saint évêque de Worcester, put le faire cesser. Ces vicissitudes inspirent à un historien anglais contemporain cetteréflexion, queles Saxons n'avaient pas su former une forte et vigoureuse nation et que la conquête normande, qui va s'établir en Angleterre

INVASIONS DANOISES

dans cinquante ans, donnera à ce peuple les éléments d'unité qui lui manquent jusqu'ici '.

L'avènement d'Ethelred coïncidait presque, nous Tavons dit, avec la mort de Dunstan. Avec ce grand réformateur, les jours glorieux de l'Eglise d'Angleterre sont finis ; mais le flambeau avant de s'éteindre donnera encore, par intervalles, quelques lueurs. Il est à remarquer tout d'abord que les invasions danoises du siècle n'eurent pas d'ordinaire pour les églises et les monastères les conséquences désastreuses de celles du ix--. Les monastères étaient maintenant moins nombreux, leurs richesses n'attiraient plus autant la convoitise des pillards. Peut-être aussi cette différence est-elle due à cette circonstance que le christianisme avait fait des progrès dans les pays Scandinaves, et que quelques-uns des chefs des pirates avaient été baptisés. D'une façon générale, les invasions danoises du siècle, sauf exception, n'eurent pas le caractère de sauvagerie des razzias du ix''.

De ce côté donc l'Eglise eut moins à souffrir.

On ne saurait en tout cas, comme quelques historiens l'ont fait, rendre responsable de la situation politique l'influence des moines et du clergé. Sauf une exception mentionnée ci-dessus, évêques et moines se montrèrent aussi prêts à la résistance contre les Danois, que les ealdormen ou que les seigneurs. La flotte réunie en 992 était sous le

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