st. = 2j.oOo francs
D'après les évaluations, l'argent ayant, au siècle, une valeur vingt fois supérieure à la valeur actuelle, ce serait une somme de 8.5-20.000 livres drainée en moins de 23 ans!
INVASIONS DANOISES
Ces atroces représailles n'arrêtèrent du reste pas leurs déprédations. Ils vinrent même peu d'années après à Cantorbéry, qui jusqu'alors n'avait jamais été souillée par leur présence. Le siège ne dura que quelques semaines, grâce, dit-on, à la trahison de l'abbé de Saint- Augustin. L'archevêque Elphège fut fait prisonnier avec un évêque, une abbesse, et un grand nombre de citoyens. Le butin réuni dans la ville fut énorme. On fixa pour l'archevêque une rançon si élevée, que celui-ci défendit lui-même aux fidèles de chercher à réunir cette somme. Sa captivité fut très dure. Ce vénérable vieillard eut à subir des injures de toute sorte dans le camp des Danois.
Finalement à Greenwich,le samedi après Pâques, ces sauvages, au milieu de l'ivresse d'une de leurs fêtes, se firent amener leur prisonnier, lui jetèrent à la tête les os de leur banquet, les crânes des bœufs qu'ils avaient tués, enfin l'un d'eux lui ouvrit la tête avec sa hache d'armes. Le jour suivant, ils laissèrent emporter son corps qui fut déposé dans la cathédrale de Saint-Paul à Londres ; plus tard, il fut rendu solennellement à son église de Cantorbéry.
A partir de 1013, les Danois, qui semblaient considérer l'Angleterre et ses habitants comme une sorte de pays à razzias, une terre taillable et corvéable à merci, montrèrent l'intention de s'y établir d'une façon définitive et de s'y créer une seconde patrie.
Le chef danois Sweyn ou Suénon, qui avait déjà ravagé l'Angleterre avec Olaf, quelques années auparavant, fit, avec son fds Canut ou Knut, une seconde campagne qui devait le rendre maître de presque toute l'Angleterre. Ils abordèrent comme toujours par un des grands estuaires, l'Humber, soumirent la Northumbrie, Lindsey. jusqu'à Watling- Street qui était la frontière des pays occupés par les Danois avant Alfred le Grand. Laissant à Canut la garde de sa flotte, Suénon vint jusqu'à Oxford, soumit Winchester, échoua une première fois devant Londi'es, marcha vers l'ouest jusqu'à Bath, dont il s'empara ainsi que du pays environnant, revint sur Londres qui, cette fois, capitula et le reconnut comme roi. 11 ne restait à Ethelred, qui n'avait su ni prévenir cette invasion, ni lui opposer une résistance sérieuse, qu'à se retirer devant ses sujets aussi fatigués de son impéritie que de sa tyrannie.
11 envoya sa femme et ses deux fils en Normandie, dont le duc était son beau-frère. Lui-même erra un moment sur la Tamise, puis dans l'île de Wight, et, enfin, se réfugia en Normandie. La révolution paraissait accomplie ; Suénon, le roi de Danemark par héritage, était devenu roi d'Angleterre par conquête, tandis que le roi des Saxons, battu et déconsidéré, était en fuite. Le conquérant ne profita pas longtemps du fruit de sa victoire. Le 3 février 1014, il tombait frappé d'une mort qui parut aux contemporains un châtiment du ciel. Ce roi pa'ien, qui avait méprisé le martyr saint Edmond et
INVASIONS DANOISES
menacé de saccager et de brûler le monastère bâti en son honneur, tomba de cheval, la veille même du jour où il allait exécuter sa menace, comme percé d'un trait par une main invisible.
Le witan. composé des clercs et des laïques, jugea nécessaire de rappeler le roi légitime, après lui avoir demandé de régner avec plus de justice. Ainsi s'affirme le caractère saxon, assez hardi pour résister à la tyrannie et rejeter ses chefs quand ils ne gouvernent pas avec équité, mais ne s'obstinant pas en politique, et prêt aux compromis qui lui garantissent la sécurité et la paix. Ëthelred revint , et, réunissant une armée, il repoussa l'ennemi et lui causa des pertes sérieuses. Canut qui, sans doute, ne s'attendait pas à ce retour offensif, n'eut que le temps de rembarquer et de fuir avec sa flotte. Il se vengea sur les malheureux otages à qui il fit couper les mains et le nez avant de les renvoyer. Nous le verrons bientôt prendre une revanche plus sérieuse et plus digne d'un capitaine. Ëthelred mourait en 1016, laissant son royaume affaibli, plus divisé que jamais, menacé par Canut et les Danois qui entendaient bien reconquérir les domaines de Suénon. Quelle que soit sa responsabilité dans les événements que nous venons de raconter, il faut bien admettre qu'elle doit être partagée en partie par ses sujets qui ne surent ni combattre vigoureusement, ni s'unir contre l'ennemi commun. On déplore de rencontrer dans cette histoire de singulières faiblesses ; plus
d'un Saxon fit cause commune avec les Danois, même parmi les Ealdormen. L'égoïsme remplace le patriotisme; c'est un sauve-qui-peut général; pas de chef pour coordonner les efforts de ce peuple, l'unité nationale semble sur le point de se dissoudre.