‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 108 sur 202 · Actes el Paroles, &. Il · texte numérisé non relu

Actes el Paroles, &. Il

3. Dans les récits qu'ont laissés de cet événement Victor Hugo et son fils Charles, il y a un parti-pris évident de rejeter tout le blâme de l'expulsion de 1855 sur Napoléon JII.

4. L’expulsion de 1855 fut le grand événement de l'exil de Victor Hugo. Lorsque, en 1875, celui-ci décrira Ce, que c'est que l'exil (Actes et Paroles, t. 1l, préface), c'est le souvenir de cet événement qui remplira son récit et qui interviendra toutes les fois qu'il aura à parler de « l'hospitalité anglaise » : voir surtout op. cit.. pp. 20-21. 22-3, 35-6. Charles Hugo consacrera le tiers de son livre (Les Hommes de l'Exil, Paris, 1875, pp. 174-504), à « ces espèces de Vêpres jersiaises ». L'épilogue des Miettes de l’hisloire, par Vacquerie (Paris 1863, pp. 383-491 : Trois ans à Jersey), n’est qu'un long exposé des causes qui amenèrent l’expulsion.

5. « Je lisais l'autre jour un journal anglais. Ce journal se vantait d'avoir toujours été fidèle à Bonaparte, ét de l'avoir salué grand homme dès le

Londres avait exercée sur les proscrits de Jersey ', probablement parce que toutes les publications de la proscription passaient par les presses républicaines de Saint-Helier à devint plus stricte. En même temps, les discours des proscrits s’envenimaient à cause de la déception naturelle qu’ils éprouvaient à voir l’Angleterre, « cette noble et libre Angleterre », qu’ils n'avaient cessé jusqu'alors d’opposer à la France, esclave du coup d’État, s’allier avec le scélérat du Deux-décembre. Dans un discours prononcé le 27 septembre 1854, sur la tombe de Félix Bony, Hugo flétrissait cette « espèce d’Anglo-France. Napoléon bras-dessus bras-dessous avec Hudson Low », « cette apparente intimité entre Fontenoy et Waterloo », qu'avait fait naître la guerre de Crimée. Cette alliance, disait-il, est mauvaise parce qu’il y à défiance des deux côtés ; et « on n’a pas tort ; nous disons à ceux-ci qu’il y à toujours du côté d’un marchand l’affaire commerciale, et nous disons à ceux-là qu’il y toujours du côté d’un traître la trahison». Dansun autre discours, prononcé le 29 novembre 1854, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution polonaise, Hugo affirmait de nouveau que lalliance de «M. Bonaparte» était «une catastrophe » pour l’Angleterre. C’était M. Bonaparte qui avait déclenché cette guerre désastreuse de Crimée ‘. C’était encore lui, qui, ayant naturellement peur des révolutions, empêchait l'Angleterre de frapper le Czar au cœur, c’est-à-dire de soulever la Pologne : « C’est donc à M. Bonaparte et à sa peur personnelle des révolutions que l’An-

coup d'Etat. et il démontrait qu'en cela il avait eu plus de clairvoyance que les autres journaux. On ne se figure pas la platitude de la presse anglaise devant Bonaparte. » Victor Hugo. Le Journal de l'Exil (0. Uzanne), p- 48. Cf. Schoelcher : « Toute la presse anglaise a répété unanimement pendant 18 mois : Louis-Napoléon Bonaparte est un assassin. Le Morning Post et le Times prennent aujourd'hui M. L. N. B.-sous leur protection ! », cité par Charles Hugo, op. cit., p. 265.

4. V. Calman (A. R.) Ledru-Rollin après 1848 et les proscrits français en Anglelerre. Paris, 1921, p. 31.

2. L'Imprimerie universelle, Don Street, Saint-Helier. Cf. C. Hugo, D: 179’ 3. Actes el Paroles, vol. IL, p. 154.

4. Voulant être sacré par le Pape, il lui avait fait donner par le Sultan, la clef du Saint Sépulcre ; les réclamations du pape grec, appuyées par la Russie, avaient rendu la guerre inévitable,

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gleterre sacrifie ses armées, ses flottes, ses finances, son avenir, l’Inde, l'Orient, tous ses intérêts... Sans l'alliance de M. Bonaparte, l'Angleterre aurait aujourd’hui un succès en Pologne, au lieu d’un échec, d’un désastre peut-être, en Crimée‘. »

Les paroles de Victor Hugo provoquèrent une interpellation de sir Robert Peel à la Chambre des Communes, le 13 décembre 1854. « Cet individu, dit Peel, à une sorte de querelle personnelle avec le distingué personnage que le peuple français s’est choisi pour son souverain, et il à dit au peuple de Jersey que notre alliance avec l’empereur des Français était une dégradation morale pour l’Angleterre. En quoi tout cela regarde-t-il M. Victor Hugo ? Si de misérables niaiseries de ce genre doivent encore être dites au peuple anglais par des étrangers qui ont trouvé asile dans ce pays, je croirai devoir demander au secrétaire d'État à l'Intérieur s’il n’y aurait pas moyen possible pour y mettre un terme ‘. » La réponse de Victor Hugo à ce « familier des Tuileries * » fut un Avertissement à Louis Bonaparte, publié dans les journaux anglais le 22 décembre 1854, dans lequel il accusait celui-ci de vouloir le faire chasser d'Angleterre comme il l'avait fait chasser de Belgique ‘.

A la fin de la guerre de Crimée, l'Empereur rendit visite à la reine Victoria à Londres. La rage de Victor Hugo est au paroxysme : « la terre de Thomas Morus, de Hampden, de Bradshaw, de Shakespeare, de Milton, de Newton, de Watt, de Byron... cette Angleterre qui n’a point de bat sur le cou, s’écrie-t-il,.. n’a pas besoin d’un échantillon de la boue du boulevard Montmartre, Napoléon III à fait plus de mal à l’Angleterre en un an d’alliance qu’en quinze ans de guerre Napoléon Ier. » Il fit afficher cette

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