‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 111 sur 202 · Voir Ch. Hugo, op. cil., pp · texte numérisé non relu

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8. Acles el Paroles, &. II, p. 210. Mme Victor Hugo était moins enthousiasmée : « Dans ce discours, Pyat attaquait la reine d'Angleterre maladroi-

tement... » (Lettre à Mu Paul Meurice, 16 octobre 1855, cit. G. Simon La Vie d'une Femme, p. 309.)

leva, notamment, l’indignation des J ersiais, déjà assez mal disposés envers les exilés : « Oui, vous avez tout sacrifié: dignité de reine, scrupules dé femme, orgueil d’aristocrate, sentiments d’Anglaise, le rang, la race, le sexe, tout, jusqu’à la pudeur, pour l’amour de cet allié. Cet allié est done bien solide et bien sûr que vous lui immoliez tout ainsi, même l'honneur ? … » Les exilés eurent beau protester qu’il s'agissait d’ «honneur », de « pudeur », dans le sens politique, un grand meeting de protestation, auquel assistèrent plus de deux mille personnes, eut lieu et se termina par les cris : « Balayons-les! Qu'on les pende ! La loi de Lynch’! » A la sortie de ce meeting, une bande d’énviron cent émeutiers, qui avait pour meneurs des dandys jersiais et des officiers de la garnison déguisés en bourgeois, prit la direction de Dorset Street, où était l'imprimerie des proscrits, l’Imprimerie Universelle ?. On avait déjà été averti que les violences des manifestants se porteraient, probablement, contre l’imprimerie, contre la maison de l’administrateur, le colonel Pianciani, et contre la maison de Victor Hugo, Marine Terrace, dont l'isolement était favorable à la réussite d’un attentat nocturne. Le . colonel Pianciani avait adressé au connétable une sommation publique réclamant la protection de la police : aucun journal ne voulant publier sa sommation, il avait dû la faire imprimer par l’Imprimerie Universelle et la faire afficher sur les murs. Quant à Victor Hugo, il avait mis ses manuscrits en sûreté chez un autre proscrit, qui s'était

1. Selon Charles Hugo, les organisateurs de ce meeting, lesquels auraient été des agents secrets de Napoléon III, auraient avancé de deux jours le meeting, afin de profiter du samedi, « jour de marché, où la population peu éclairée de la campagne afflue à la ville et laisse toujours une partie de son gain et de son sang-froid dans les cabarets. » (p. 210). Ils auraient eu la précaution, aussi, d'inviter « tous les mauvais sujets des cabarets borgnes du port, tous les repris de justice obscurs que les condamnations des tribunaux français jettent sur la côte de Jersey, tous les forçats en rupture de ban, tous les filous et tous les escrocs qui grouillent dans la cale du bas commerce de l'île... » (p. 235). Cf. Me Victor Hugo « .. On à entraîné les oisifs au cabaret, on à payé de l'eau-de-vie à la population des rues, on a ameuté... » (Lettre à Mvwe Paul Meurice, 16 octobre 1855, cit. G. Simon. La Vie d'une femme, p. 309.) Mais ailleurs (v. passage cité p. 126) Charles Hugo dit que « l'immense majorité de la population jersiaise » était hostile aux proscrits. En outre, le meeting était présidé par le maire de Saint-Hélier.

2, Ch. Hugo, op. cil., p. 245.

déguisé en ouvrier pour venir les prendre *. Toute la nuit du samedi au dimanche, done, les proscrits se tinrent barricadés dans les trois maisons menacées. Heureusement l'attaque contre l’imprimerie avorta, grâce à la pluie et au courage d’un policeman, et les deux autres maisons ne furent pas inquiétées. « Mais, notons-le bien, dit Charles Hugo, si dans cette sinistre nuit *, le sang ne coula pas... il n’en faut féliciter ni l'immense majorité de la population jersiaise ni les autorités anglaises *. » Le meeting de protestation eut lieu le 13 octobre 1855 Le 15, le colonel Pianciani, administrateur, Ribeyrolles, rédacteur en chef, et Thomas, vendeur de L'Homme, furent explusés de Jersey par ordre du gouvernement anglais. Cette expulsion de trois réfugiés, condamnés sans procès, « pour avoir usé de la presse dans un pays qui disait la presse libre ‘ », émut les proscrits : leur indignation s’exprima dans une Déclaration, rédigée par Victor Hugo, et dans laquelle l'Angleterre était accusée de se prêter aux manœuvres de Napoléon III : « Le coup d’État, disait Hugo, vient de faire son entrée dans les libertés anglaises. Angleterre en est arrivée à ce point, proscrire des pros-

crits. Encore un pas, et l’Angleterre sera une annexe de

l'empire français, et Jersey sera un canton de l’arrondissement de Coutances ”, » Cette Déclaration fut affichée dans les rues de Saïint-Hélier : la police déchira les affiches et dix jours plus tard, les 36 signataires reçurent l’ordre de quitter Jersey. Le 2 novembre, Victor Hugo partait pour Guernesey.

Malgré l'hostilité des journaux ministériels anglais, surtout du Times et du M orning Post ° il y eut partout en

. Hugo (Ch.), op. ci. p. 231 et suiv.

. Ailleurs il parle de « ces espèces de Vêpres jersiaises. » (p. 222.) . Pp. 249-50.

. Vacquerie (A.), op. cit. p. 480.

. Actes et Paroles, t. II.

6. Cf. V. Schoelcher : « J'ai besoin d'exprimer, en même temps le mépris que m'inspirent les lâches insultes adressées aux proscrits par les misérables ruffians qui rédigent le Morning Post et le Times... » (cit. Ch. Hugo. op. cût. p. 265) Le Times demandait même l'extradition des proscrits. V. ibid. p. 237-8. Cf. Victor Hugo : « Cette presse (la presse royaliste-bona partiste

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