‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 189 sur 202 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

qui caractérise si bien la plupart des actions humaines, il ne comprit pas, sous Louis-Philippe, que l’Angleterre pût songer à ses intérêts lorsque les principes favorisaient si manifestement les intérêts de la France ; et, sous Napoléon III, que l'Angleterre prisât toujours l’amitié de la France, quoique celle-ci fût hostile aux exilés, et qu’elle manquât ainsi l’occasion de former une éclatante antithèse par rapport à la France réactionnaire et persécutrice.

Socialiste, et ne croyant pas à la bourgeoisie ‘, il représente l’Angleterre comme un pays sombre et moyenâgeux où il n’y à que deux classes : les trop riches et les trop pauvres.

Il est significatif aussi, que Hugo ne sut jamais l’anglais? ; qu’il fréquenta peu, paraît-il, les Anglais qui étaient venus, très nombreux, s'installer à Paris, sous Louis-Philippe, et dont le dandysme vulgaire répugnait à son âme cérémonieuse à l’espagnole ; et enfin que, pendant son exil, il se tint à l'écart, autant que possible, de la partie la plus anglaise de la population guernesiaise.

Notons aussi le parallèle que Victor Hugo établit trop souvent entre l’Angleterre et l'Espagne, non seulement d’une façon directe, comme dans la Conclusion du Rhin, et dans l’Homme qui rit, mais aussi, d’une façon indirectée, par l'importance qu’il attache, dans ses peintures de la vie anglaise, à l'étiquette et à la tradition.

Il n’est donc pas sans importance ,bien que les désastres de 1870 suffisent, sans doute, pour expliquer le fait, que dans les écrits de Victor Hugo après l'exil, à l'exception du roman de Quatre-vingt-treise, où l'hostilité de la patrie de Pitt contre la république française naissante est vive-

4. « On à voulu, à tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion contentée du peuple Le bourgeois, c'est l’homme qui a maintenant le temps de s'asseoir. Une chaise n'est pas une caste. » Les Misérables, éd, Flammarion, s. d., t. LL, p.1i.

2. V. sa Correspondance. Lettre du 21 nov. 1868, à M. François Morand, juge à Boulogne-sur-Mer.

ment dénoncée’, l’Angleterre soit reléguée à l’arrièreplan : politiquement, — « désormais, il n’y à plus de pos- Sible pour l’Europe que deux avenirs : devenir Allemagne ou France, je veux dire être un empire ou être une république * » ; et socialement, — « Paris est l'immense essayeur. Ce que Paris dit est dit pour le monde ; ce que Paris fait est fait pour le monde. Aucune autre ville, aucun autre groupe d’hommes n’a ce privilège. L’income-tax réussit en Angleterre ; que Paris l’adopte, la preuve sera faite. La liberté des banques, qui implique le droit de papiermonnaie, est en plein exercice dans les îles de la Manche ; - que Paris le pratique, le progrès sera admis ».

Si l'Angleterre est admise dans la compagnie des quatre grandes nations (la Grèce, l'Italie, l'Espagne, la France), qui incarnent « tout l’effort de l’antique genre humain vers le travail, qui est le progrès, et vers l’unité, qui est la vie », c’est uniquement en vertu de la « situation responsable » qu’elle occupe, par ses colonisations en Afrique, au bord de la Méditerranée, et cette concession n’atteint nullement la conviction de Victor Hugo que « la destinée des hommes est au Sud ‘ ».

1. Cf. « Pitt était d’ailleurs un malfaiteur d'Etat; dans la politique il y à la trahison de même que dans la panoplie il y a le poignard. Pitt poignardait notre pays et trahissait le sien ; c’est trahir son pays que de le déshonorer: l'Angleterre, sous lui et par lui, faisait la guerre punique. Elle espionnait, fraudait, mentait Braconnière et laussaire, rien ne lui répugnait ; elle descendait jusqu'aux minuties de la haine... » Quatre-vingi-lreize, éd. ne varielur. Charpentier et Fasquelle, sans date, t. El, pp. 83-4.

2. Actes et Paroles, t. IL. Leltre uu Congrès de la Paix, 20 sept. 1872.

3. Ibid. Lettre à MM. Meurice et Vacquerie, le 28 avril 1871.

4. Jbid., &. IT. Discours sur l'Afrique à un banquet commémoratif de l'abolition de l'esclavage, le 18 mai 1879.

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