‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 19 sur 202 · Paris, Tardieu, 1823-4, t. I · texte numérisé non relu

Paris, Tardieu, 1823-4, t. I

3, Maigron (L.), op. cil., p. 109.

4, Une note de Victor Hugo renvoie aux Martyrs de Chateaubriand, Ch. Nodier avait dit, dans son article sur Han d'Islande (La Quotidienne. 12 mai 4823) : « Sir Walter Scott qui a, pour ainsi dire, créé ce genre de roman poétique où revivent, de temps à autre, quelques-unes des inspirations de l'épopée. » Victor Hugo dira en 1834 (Lift. et Phil. mélées, p. 248) : « … comme une transition de la littérature actuelle aux romans grandioses, aux grandes épopées en vers ou en prose que notre ère poétique... »

dans les romans de Scott nous surprend aussi un peu: il met Quentin Durward au rang des meilleures productions de Scott parce « qu’il est difficile de voir... des effets moraux mieux enchaînés aux effets dramatiques »; « l’auteur a voulu montrer, ce nous semble, combien la loyauté, même dans un être obscur, jeune et pauvre, arrive plus sûrement à son but que la perfidie, fût-elle aidée de toutes les ressources du pouvoir, de la richesse et de lPexpérience. » Mais rien ne prouve mieux la grande place tenue par Scott à cette époque dans les affections littéraires de Victor Hugo, altéré d’héroisme et de poésie.

Ce n’est pas seulement comme poète que Hugo admire lesromans de Scott: ses penchants pour le drame y trouvent aussi leur satisfaction. Il fait observer que le grand mérite de Scott est d’avoir substitué au roman narratif ou épistolaire le roman dramatique, « dans lequel action imaginaire se déroule en tableaux vrais et variés, comme se déroulent les événements réels de la vie ; qui ne connaisse d'autre division que celle des différentes scènes à développer ; qui enfin, soit un long drame, où les descriptions suppléeraient aux décorations et aux costumes, où les personnages pourraient se peindre par eux-mêmes et représenter, par leurs chocs divers et multipliés, toutes les formes de l’idée unique de l'ouvrage * ».

À vrai dire, toutes les qualités que Hugo ne trouvera, en 1827, que dans les drames de Shakespeare, se trouvent pour lui en 1823, dans les romans de Scott, celle-là, surtout, qui consiste dans le mélange du sublime et du grotesque : «… l’auteur ne doit-il pas, s’exclame-t-il, (et c’est évidemment Scott qui l’inspire ici, car nous l’avons vu qui s’enthousiasmait déjà dans le Conservateur Littéraire sur ce trait des romans de Scott?) chercher... un mode d'exécution qui rende son roman semblable à la vie, l’imitation pareille au modèle ? Et la vie n'est-elle pas un

4. Cf. passage des Lettres à la Fiañcée, 16 février 4822, cité ici p. 10.

®, V. surtout ici p. 6. Charles Nodier aussi reeonnaissait ce trait comme éminemment scottien : Scott, disait-il dans son article sur les Puritains d'Ecosse (Journal des Débats, 28 nov. 1847), sait « contraster ses couleurs assez brusquement, fondre en un petit espace les teintes lugubres de Cleveland et les teintes burlesques d'Hudibras... » (cit. Larat. op. cil., p.156).

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drame bizarre où se mêlent le bon et le mauvais, le beau et le laid, le haut et le bas, loi dont le pouvoir n’expire que hors de là création ? »

En 1825, Victor Hugo remanie intégralement le Bug- Jargal terne et incolore de 1818, «rectifi(ant) ce que le récit du capitaine d’Auverney présentait d’incomplet sous le rapport de la couleur locale, et d’incertain relativement à la vérité historique ‘ », ramène au premier plan la révolte des esclaves de Saint-Domingue, en 1791, se renseigne sur l'histoire de cette révolte, et sur les coutumes des nègres, en général, et s’ingénie à présenter ses renseignements à la manière dramatique de Scott. Il nous fait ainsi assister tour à tour aux délibérations de l’assemblée de Saint- Domingue, aux sorcelleries du nain Habibrah devant l’armée des insurgés, à l’interrogatoire que Biassou, le chef des nègres, fait subir aux captifs blancs ; il ajoute un grand nombre de notes curieuses sur les coutumes des sauvages ; en un mob, il tire admirablement parti du üépouillement systématique auquel i] a soumis les Mémoires pour servir à l’histoire de la Révolution de Saint-Domingue de P. Lacroix -. Parmi les personnages nouveaux il s’en trouve qui rappellent certains caractères de Scott, notainment le nain Habibrah, qui joue dans le roman un rôle de tout premier plan. Enfin, les insurgés noirs, comme les mineurs de Han d'Islande, ressemblent beaucoup aux puritains de Scott. L’intrigue d'amour est beaucoup moins importante que dans Han d'Islande ; les divers épisodes se juxtaposent, sans être reliés étroitement entre eux, et l’on pourrait dire que l’unique but de l’auteur est de « retracer d’une manière dramatique” » certains événements historiques et certaines coutumes pittoresques.

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