‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 85 sur 202 · CHAPITRE IIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIT

Si Victor Hugo admire sincèrement certains écrivains anglais, s’il partage, — au point de se réclamer constamment d’un auteur auquel il ne ressemble véritablement que de très loin, — l’anglomanie littéraire de la plupart de ses contemporains, il n’en est pas moins vrai que pour l’Angleterre envisagée comme une puissance politique et comme le pays d’origine de certaines coutumes sociales, il n’a, à cette époque, que du mépris et de la haine. Cette anglophobie est suffisamment expliquée par les conflits d'intérêts qui se produisent de temps en temps entre l'Angleterre de l’arrogant Palmerston et la France du pacifique, mais astucieux roi Louis-Philippe, et qui irritent d'autant plus Victor Hugo que son ardent bonapartisme s’accommode difficilement de l'indifférence du Roi-Citoyen pour la gloire militaire.

Après la Révolution de Juillet il y eut en France une recrudescence particulièrement violente d’enthousiasme bonapartiste. Des insurrections analogues en Belgique, Pologne, Espagne, Italie, ete., inspirèrent aux plus fougueux parmi les libéraux le rêve de revivre l’épopée napoléonienne en faveur des principes révolutionnaires. Edgar Quinet exprimait leur pensée lorsqu'il écrivait, en octobre 1831, « c’est mentir à la mission de la France, à son instinct de propagande civilisatrice que de renfermer dans ses frontières les conséquences de sa révolution ! ». «On voyait déjà la nation sortant par toutes ses frontières,

1. L'Allemagne et la Révolution, cit. Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet, Paris, 1892, t. 1, p. 50.

envahissant les pays voisins, au chant de la Marseillaise, et aussitôt, comme par enchantement, « l’Europe-peuple » tendant les mains à son libérateur pour devenir son «camarade de combat ‘… ».

La scène parisienne fut envahie par une foule de pièces napoléoniennes ?.

Le gouvernement anglais, sous la direction de Wellington, avait, le premier de tous les gouvernements européens, reconnu officiellement la monarchie de Juillet : mais l’on savait bien en France, que ç’avait été par force, de peur de mécontenter un peuple réduit au désespoir par le chômage

et la misère et profondément enthousiasmé par la Révolution française ‘, et que les véritables sentiments de Wellington à l’égard de la France révolutionnaire n'étaient point amicaux *. On savait aussi que si le ministère whig de lord Grey, qui avait remplacé celui de Wellington, en novembre 1830, était moins hostile à la réforme, il ne tenait pas moins à l’inviolabilité des traités de 1815, et s’alarmait vivement des projets d'intervention française en Belgique, en Espagne”, ete. « Qu'on ne s’y trompe pas, dit en 1832 le National, l'organe des républicains, la France de 1830 n’inspire pas aux gouvernements d'Europe d’autres senti-

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