Wagré
2. Louis Pujol, enseigne de vaisseau. Voir deux de ses lettres publiées par la Revue rétrospective (1890, premier semestre).
« On releva des morts partout, dans les baraques, dans le- lieux écartés, et jusque dans le milieu du camp. La mortalité faisait de tels progrès, que notre aumônier crut devoir en donner avis à la junte, qui mit à notre disposition quelques tentes... Ces tentes, adossées à des rochers, et sous chacune desquelles on jetait quatre ou cinq malades, lurent décorées du nom d'hôpital. >>
Trois jours après, elles étaient emportées par un ouragan. Leurs habitants furent
« roulés dans le sable et dans la fange au pied de la colline, ceux-ci morts, ceux-là expirants... On veuait de découvrir, presque enfoui dans les débris de l'alluvion, un jeune soldat dont le scorbut avait détruit la moitié de la face. Chacun exprimait sa surprise de ce qu'il était vivant; on regrettait que cette épouvantable nuit n'eût pas été pour lui la dernière. 11 n'y avait pas un lambeau de chemise à arracher pour Je soulagement de ce soldat, et pourtant il vécut encore, en ce pitoyable état, plus de deux mois, présentant quelquefois, daus l'ensemble des symptômes de sa maladie, une diminution d'intensité qui, probablement, aurait abouti à la guérison, si bous eussions été placés dans des conditions moins défavorables. Longtemps avant qu'il mourût, son profil, dont les os mis à nu 'étaient presque blancs, n'était plus que celui d'une tête de mort...
Dès que les tentes furent relevées, on y réintégra les malades. Durant la première quinzaine, il mourait de douze à quinze individus par jour 1 ... »
Ce chiffre et ceux que nous avons donnés plus haut, expliquent comment, sur les dix-neuf mille hommes dont se composaient les trois divisions du général Dupont, et dont le nombre, réduit à 15000 lorsqu'ils arrivèrent à Cadix, ne s'élevait plus qu'à 9000 quand ils furent transportés à Cabrera, il n'en revint que trois mille en France.
Sans avoir assumé la responsabilité directe de ces cruautés, les Anglais n'en sont pas moins coupables. L'ardeur naturelle de leur tempérament, un fanatisme surexcité par l'envahissement du sol national, peuvent, sinon excuser, du moins expliquer la conduite des Espagnols à l'égard des
1. Ducor. — Dans les dix premiers jours de l'arrivée à Cabrera, 3 officiers et 87 sous-officiers et soldats avaient déjà péri (Relation d'un officier).
JOO CARRERA.
captifs de Baylen , tandis qu'aucune raison ne milite en faveur des Anglais.'
A Baylen, comme à Naples, comme en Egypte, si les soldats ne paraissent point sur le champ de bataille, les grands chefs sont là pour diriger les Conseils de nos ennemis. Et leur influence pousse à la violation ou au désaveu de ces capitulations que les belligérants avaient respectées jusqu'alors. Que des atrocités révoltantes achèvent ensuite de souiller le manque à la foi jurée, et les vaisseaux anglais viendront aider ceux qui les commettent, après avoir pris soin de leur en laisser tout l'odieux devant l'Histoire.
Le lecteur appréciera.
farix. — Imp. R. Capiouomt et <*.'•, rue des Poitevins. 6.
Neuvième année