Relation d'un soldat, déjà citée
M. de Murait dit que
« c'étaient de véritables squelettes... La pénurie parmi eux était si grande, sous ce rapport, que, par exemple, cent dragons qui habitaient ensemble dans une caserne au bord de la mer, n'avaient, pour eux tous, que trois habillements complets, qui étaient pendus à l'entrée de la grotte et que revêtaient ceux-là seulement qui étaient commandés pour aller à la distribution des vivres. Les pauvres diables se blottissaient tous nus dans la grotte, autour d'un foyer fumeux, étroitement pressés les uns contre les autres, entourés de malades et même de morts, dont les miasmes remplissaient la caverne. Couverts de vermine, ils offraient un spectacle qui éveillait l'horreur. »
Il y avait un endroit réservé aux rafales :
« On nommait ainsi des malheureux, au nombre de deux cents, rongés par des dartres et la gale. On les avait relégués dans une vaste grotte joignant la mer et la cambuse, afin de cacher Jeur nudité absolue et d'éviter leur contact avec les autres prisonniers, qui les fuyaient comme des pestiférés *. »
Leur demeure est décrite par un officier de marine 2 dont le vaisseau fut envoyé à Cabrera pour rapatrier les captifs :
« Figurez-vous une grotte dont l'entrée est de trois pieds envirqn de diamètre, assez profonde, située à mi-côte d'un gros rocher, uue lampe sépulcrale au milieu; dans l'enfoncement, quatre-vingts hommes environ, nus comme la main, couleur de suie, n'ayant plus que les os et la peau, et, pour se reposer, un lit de pierre. Voila la demeure des galeux et de ceux qui sont privés de tout vêtement. Quand nous sommes entrés, nous étions prêts à nous trouver mal d'horreur. Il fallait voir ces ombres nous regarder d'un air sombre et nous faisant remarquer qu'ils n'avaient pas même d'herbe pour se coucher. Mais, aussitôt que nous leur eûmes annoncé leur prochain départ pour la France, les larmes, les cris de joie succédèrent bientôt à cet état de stupidité. Il y en a une grande partie, à ce que l'on pense, qui ne pourra supporter la traversée, et pour lesquels le moment de la délivrance sera, sans doute, le dernier... »
Toutes sortes de maladies, suite des privations endurées par les soldats, exercèrent leurs ravages :