‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 6 sur 40 · DÉCLARATION PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION PRÉLIMINAIRE

Si l'on se déclare franchement et nettement, à Toulon et à Marseille, et que l'étendard royal soit arboré, les vaisseaux qui sont en rade désarmés, et le port et les forts provisoirement mis à ma disposition pour assurer rentrée et la sortie de la rade, le peuple de Provence peut compter sur tous les secours et toute l'assistance que la flotte de S. M. Britannique qui est sous mes ordres, pourra leur procurer, et qu'il ne sera touché à aucune portion de propriété, ni à Aucun individu; mais tout sera protégé, n'ayant d'autre vue que de

1. Les textes anglais que nous citons ci -dessous sont empruntés, ainsi qu'un certain nombre des détails qui suivent, au livre de M. Z. Pons : Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Toulon en 1793. Paris, 1825.

rendre lu paix à une grande nation sous les conditions les plus justes, les plus honorables et les plus honnêtes : ce qui doit être la base du traité.

Dés que la paix sera faite (car je la crois 1res prochaine), le port, ainsi que tous les vaisseaux de la rade et les forts de Toulon seront rendus à la France, avec les munitions de toute espèce, conformément à l'inventaire qui en sera fail.

Donné à bord du vaisseau de Sa Majesté Britannique La Victoire, à Toulon, le 23 août 1793.

Signé à l'original, Hood.

Pour copie conforme à l'original déposé aux archives du comité général des sections de Toulon :

Signé; Reboll, président, Bertrand, vice-président, Barat, secrétaire, et Romain.

ici, maintenant, le texte de la proclamation qui suivit :

Proclamation

très honorable Samuel Uood, vice-amiral, cx-commandant en chef '.'escadre de Sa Majesté Britannique dans la Méditerranée, etc. ■ habitants des villes et provinces du sud de la France. dant quatre ans, vous avez été enveloppés dans une révolution us a plongés dans l'anarchie, et vous a rendus la proie de jes chefs factieux. Après avoir détruit votre gouvernement, aux pieds les lois, assassiné les hommes vertueux et autorisé imes, ils se son! efforcés de propager, dans toute l'Europe, yslème destructif de tout ordre social ; ils vous ont conslamprésenlé l'idée de la liberté, tandis qu'ils vous l'ont enlevée ; ît ils ont prêché le respect des personnes et des propriétés, et it ils les ont violées. Ils vous ont amusés par l'idée de la souveé du peuple, qu'ils n'ont cessé d'usurper. Ils ont déclamé : les abus de la royauté, afln d'établir leur tyrannie sur les

d'un trône teint du sang de votre légitime souverain. içais ! Vous gémissez sous le poids des maux et des besoins de espèce ; votre commerce et votre industrie sont anéantis, votre illure languit, et le manque de subsistances vous menace horrible famine.

à le tableau fidèle de votre malheureuse condition.

situation si effrayante a sensiblement affligé les puissances Ses; elles ne voient d'autres remèdes à tous vos maux que le

rétablissement de la monarchie française ; et ce sont ces raisons, et Jes actes d'hostilité commis par le pouvoir exécutif de France, qui nous ont armés et unis avec les autres puissances. Après une mûre réflexion sur les objets principaux, je viens vous offrir les forces qui m'ont été confiées par mon souverain, afin d'épargner une plus grande effusion de sang, d'écraser plus promptement les factieux, de rétablir en France un gouvernement régulier, et de maintenir la paix et la tranquillité dans l'Europe.

Décidez-vous donc définitivement et avec précision; ayez confiance en la générosité d'une nation franche et loyale. C'est en son nom que je viens d'en donner un témoignage, non équivoque, aux habitants de Marseille, bien disposés, en accordant aux commissaires envoyés à bord de la flotte qui est sous mon commandement, un passeport pour leur procurer la quantité de grains dont cette grande ville a le plus urgent besoin.

Expliquez-vous, et je vole à votre secours pour briser les chaînes qui vous accablent et pour être l'instrument d'un bonheur durable, qui succédera aux quatre années de misère et d'anarchie dont votre infortuné pays a été la victime.

Douné à bord du vaisseau de Sa Majesté Britannique La Victoire, près Toulon, le 23 août 1703.

Signé à l'original, Hood.

Pour copie conforme à l'original déposé aux archives du comité général des sections de Toulon :

Signé: Reboul, président; Bertrand, vice-président ; Bar at, secrétaire, et Romain.

La phrase où l'amiral Hood offre d'employer les forces dont il dispose à « épargner une plus grande effusion de sang, écraser plus promptement les factieux, rétablir plus promptement en France un gouvernement régulier et maintenir ainsi la paix et la tranquillité dans l'Europe » est à retenir, ainsi que son appel à la « confiance et à la générosité d'une nation franche et loyale ». On n'oubliera pas non plus, qu'en échange de l'occupation du port et des forts et du désarmement des vaisseaux, il doit faire respecter les propriétés et les individus, et restituer, après la paix, tout ce qui aura été livré.

Nous ne nous attarderons point à décrire les combats auxquels le Comité général des sections de Toulon fut en proie :

la crainte de la vengeance des Conventionnels, celle de la famine et les promesses des Anglais l'emportèrent sur toute autre considération, et Louis XVII fut proclamé.

On avait compté sans l'opposition de la flotte : celle-ci était commandée par le contre-amiral Trogoff, partisan de l'ancien régime, et, en second, par le contre-amiral Saint- Julien qui, républicain ou non, n'entendait point livrer le port aux Anglais. La plupart des officiers et les équipages ne leur étaient pas moins défavorables, ainsi qu'on en peut juger par le passage suivant du mémoire d'un enseigne de vaisseau :

« A cinq heures environ (le 2i août), ft nous vint à bord une députation du Commerce <le Bordeaux*, avec une adresse très énergique pour instruire les équipages de la noire trahison des Touloûnais et ses complices, et pour nous encourager à nous y opposer de toutes nos forces, afin qu'il ne fût pas aussi lâchement livré un de nos premiers arsenaux et une grande partie des forces navales de la République à l'ennemy.

« Je montai moi-même sur le banc de quart et je la lus à haute voix à tout l'équipage, qui fut saisi de suite de la plus grande indignation. S'accompagna (sic) la députation à l'escalier et, en débor : dant, tout l'équipage la salua de plusieurs cris de Vive la nation! Vive la République! J'aidai ensuite l'équipage de mes lumières, pour raffermir davantage dans sa résolution... »

Trogoff n'ayant point paru, depuis plusieurs jours, à bord de son vaisseau, Saint-Julien arbore le pavillon de commandement sur le sien, et fait préparer la résistance. Malheureusement son énergie fut de courte durée. Il s'établit, entre lui et le Comité général des sections, des négociations qui donnèrent aux meneurs le temps de diviser les matelots; de nombreuses désertions commencèrent à se produire. Alors Trogoff se rendit à bord de la frégate la Perle, y fit hisser son pavillon et donna le signal de ralliement dans la petite rade, ce qui, après un moment d'hésitation, fut exécuté 2 .

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